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Espagne : la révolte des Catalans est une révolte de riches

REPLAY - ÉDITO - Le discours sur l'identité de la Catalogne cache aussi une affaire de gros sous : les régions riches en ont assez de payer pour les régions pauvres. Une insurrection qui couve dans toute l'Europe.

François Lenglet
François Lenglet
Crédit : Damien Rigondeaud
Espagne : la révolte des Catalans est une révolte de riches
02:49
François Lenglet & Loïc Farge

Les Catalans ont massivement voté dimanche 27 septembre pour élire leurs représentants régionaux. Ce sont les partis indépendantistes qui l'ont emporté. En nombre de voix, ils n'ont obtenu que 48%, c'est-à-dire moins que la majorité. Mais en nombre de siège, ils disposent désormais du contrôle de la chambre régionale, lorsqu'on additionne les élus des deux partis indépendantistes.
Est-ce à dire que la Catalogne va quitter l'Espagne pour prendre son indépendance ? On n'en est pas encore là, car il s'agissait seulement d'une élection régionale, qui ne portait pas directement sur la question de l'indépendance. Le gouvernement de Madrid refuse d'ailleurs d'organiser un référendum sur la question. Il veut maintenir l'unité de l'Espagne et conserver cette région du nord du pays d'un peu plus de 7 millions d'habitants, essentielle au plan économique parce qu'elle concentre le cinquième des richesses du pays.
C'est la région la plus développée. Elle fournit la plus grosse part des exportations du pays, et possède le PIB par tête le plus élevé d'Espagne, à 27.000 euros.

La Catalogne, une petite Allemagne du Sud

Pourquoi les Catalans veulent-ils quitter l'Espagne ? Il y a des racines historiques et culturelles à cela. Il y a ainsi eu deux déclarations d'indépendance de la région au début du XXème siècle. Le démographe Emmanuel Todd nous dirait que le système familial catalan, c'est-à-dire les traditions d'héritage et les rapports entre parents et enfants, n'a rien à voir avec celui de l'Espagne. Il s'apparente davantage à celui de l'Allemagne. La Catalogne est une petite Allemagne du Sud.

Sa pulsion indépendantiste s'était calmée avec le grand rattrapage de l'Espagne et son entrée dans l'Europe dans les années 1980. Mais la crise l'a réveillée. La crise, et le sentiment d'être dépossédé de la richesse créée en Catalogne, au profit des autres régions espagnoles. La révolte des Catalans est une révolte de riches.

On devrait pouvoir organiser une cohabitation pacifique au sein de l'État espagnol, entre les régions riches et les pauvres. Mais il y a immanquablement des transferts financiers entre les uns et les autres, c'est la justification même de la nation. Ces transferts sont vécus de façon punitive par les riches.

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Regardez l'Italie du Nord, avec la Ligue qui, elle aussi, veut l'indépendance de ce qu'elle appelle la Padanie. Regardez les Flamands en Belgique : la Flandre, c'est aussi la région la plus riche de Belgique. C'était la même chose entre les Tchèques et les Slovaques il y a un quart de siècle.

Les tentations sécessionnistes proviennent toujours des riches

L'affaire catalane nous rappelle que les tentations sécessionnistes proviennent toujours des riches, car il n'y a qu'eux qui ont les moyens de quitter la communauté. C'est la même chose au sein de la zone euro. La vraie menace pour l'union monétaire, ce n'est pas le départ des Grecs, qui ne pèsent rien, mais celui de l'Allemagne, le jour où les contribuables allemands en auront assez de payer pour les autres.

On observe même cette tentation en France au sein d'un État-nation bien constitué et solide, non pas sous une forme régionaliste mais avec l'exil fiscal des contribuables les plus fortunés qui a augmenté de 40% en 2013 par rapport à l'année précédente.

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