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Des femmes de ménage payées à la tâche, une pratique qui se démocratise

ÉDITO - Les femmes de ménage de l'hôtel Ibis Paris XVIIe, en grève depuis deux ans, ont remporté la bataille pour leurs salaires.

Les femmes de ménage de l'hôtel Ibis Paris XVIIe étaient en grève depuis deux ans.
Les femmes de ménage de l'hôtel Ibis Paris XVIIe étaient en grève depuis deux ans.
Crédit : AFP
Des femmes de ménage payées à la tâche, une pratique qui se démocratise
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François Lenglet - édité par Maeliss Innocenti

L’un des plus longs conflits sociaux de ces dernières années a pris fin mardi. Il s’agissait des femmes de ménage de l’hôtel Ibis Paris XVIIe, l’un des plus grand de cette chaine qui appartient au groupe français Accor. Voilà deux ans qu’elles étaient en grève, une grève il est vrai longuement interrompue par la crise sanitaire, tout comme l’activité des hôtels. Elles ont obtenu un accord salarial qui leur garantit plusieurs centaines d’euros d’augmentation par mois – le salaire de départ était très faible – avec une prime repas.
 
Elles voulaient également être intégrées au groupe Accor, comme salariées. Cette revendication n’a pas été gagnante. Elles restent donc salariées du sous-traitant d’Accor, qui s'appelle STN, mais avec des qualifications améliorées. Et elles obtiennent surtout des cadences moins dures : elles devront faire trois chambres par heure contre trois et demi auparavant. C’est ce dernier point qui avait cristallisé le conflit à cause de la fatigue physique que ce rythme imposait.
 
Cela veut-il dire qu’on peut aujourd’hui être payé à la tâche ? C’est tout à fait légal et pas incompatible avec la mensualisation du salaire, selon le code du Travail. C’était la norme au début du XXe siècle, dans l’industrie, l’agriculture et les services, norme qui a peu à peu été remplacée par l’essor du salariat, autrement dit une rémunération forfaitaire à l’heure, plus ou moins indépendante de la production individuelle.

Livreurs, chauffeurs... des travailleurs payés à la course

Cela se pratique chez certains sous-traitants de grandes entreprises, dans le secteur du nettoyage et de la désinfection. Mais aussi, et surtout, c’est la nouveauté, avec les plateformes, c’est-à-dire les prestataires de services sur Internet. Les livreurs à domicile, ceux d’Amazon, ou ceux qu’on voit opérer dans nos centres villes, qui portent les repas dans les habitations, sont payés à la course, c’est-à-dire à la tâche. Les chauffeurs Uber, dans bon nombre de pays, ne sont pas plus salariés. Ce sont des indépendants qui sont rémunérés en fonction des courses qu’ils effectuent. Toujours sur Internet, de nouvelles plateformes se développent, qui offrent des micro-salaires pour des micro-travaux.
 
Amazon a un site de ce genre, qui s’appelle curieusement le Mechanical Turk, le Turc Mécanique. Ça n’est d’ailleurs pas le seul. On y propose du travail pour le compte d'autres sites Internet ou d’entreprises classiques. Par exemple : reformater des dizaines de milliers de photos, détourer des tombereaux d’images, harmoniser la présentation d’innombrables notices et textes. Pour quelques dixièmes de centimes d’euros l’unité. 

Ce n'est pas la fin du salariat

L’employeur fait appel à une main d’œuvre disponible à toute heure – ça fonctionne dans le monde entier – et innombrable, ce qui permet des délais très courts, sans avoir à se soucier de recruter ni de salarier. Quant aux employés, prolétaires modernes, ils ont avec ces plateformes de micro-tâches dix, vingt, trente, cinquante employeurs différents.
 
Faut-il croire, au vu de ces nouvelles pratiques, que le salariat va disparaître ? Ça n’est pas du tout la tendance de long terme. Dans les années 1970, en France, le travail indépendant représentait 25% des actifs, et ça n’est plus que 12% aujourd’hui. Et la proportion baisse partout dans le monde, sauf au Royaume-Uni. Mais c’est vrai que sur les toutes dernières années, on voit le nombre de non salarié remonter un peu, justement à cause de l’essor des plateformes sur Internet et des activités de service.

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