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Coronavirus : la levée des brevet "a le gros défaut des idées trop simples", selon Lenglet

ÉDITO - Seuls des pays riches sont aujourd’hui vaccinés contre la Covid. Les coupables sont tout trouvés : les labos pharmaceutiques, accusés de se gaver en vendant trop cher leurs vaccins. Et si on les obligeait à partager leurs brevets ?

Une infirmière prépare une seringue avec une dose du vaccin Pfizer-BioNtech Covid-19, dans un centre de vaccination (illustration)
Une infirmière prépare une seringue avec une dose du vaccin Pfizer-BioNtech Covid-19, dans un centre de vaccination (illustration)
Crédit : FRED TANNEAU / AFP
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C’est une révolution en perspective : les brevets protégeant les vaccins anti-covid pourraient devenir propriété de l’humanité. Ce qui veut dire que les grands labos pharmaceutiques qui ont inventé ces vaccins, et qui les vendent, pourraient perdre toute source de profit là-dessus, au moins le temps de la pandémie.

Les secrets de fabrication, ce qu’on appelle la propriété intellectuelle, seraient largement diffusés, en espérant que cela facilite l’industrialisation massive des doses sur tous les continents. Y compris et surtout dans les zones pauvres, l’Inde, l’Afrique, qui ne sont aujourd’hui pas alimentées en produit.

60 pays avaient déjà proposé cette révolution, mais le vrai basculement vient encore une fois de l’administration Biden, dont le représentant a déclaré hier que les Etats-Unis allaient soutenir cette idée. Contraste absolu avec la période Trump, où Washington l’avait balayée.

Big Pharma craint une grande nationalisation

Qu'en pensent les multinationales de la pharmacie ? Si je vous dis qu’elles ne sont pas enthousiastes, c’est un euphémisme… Leur cours de bourse a dévissé hier. Mais, au-delà de l’impact boursier de court terme, elles ont un argument qu’il faut considérer : l’innovation pharmaceutique doit être rémunérée, faute de quoi il n’y aura plus de recherche.

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Si vous êtes sûr de vous faire piquer les résultats, pourquoi financer de lourds et longs travaux de recherche ? La disparition de la propriété intellectuelle, poussée à l’extrême, ça donne l’Union soviétique. Et ça ne marche pas.

Comme le dit l’historien Niall Ferguson, l’incitation à bien faire était si faible que les Soviétiques étaient même incapables de fabriquer une paire de jeans correcte. Les multinationales redoutent que cette initiative ne soit le premier acte d’une gigantesque nationalisation de la pharmacie, avec tous ses effets pervers. 

Un précédent avec les traitements contre le Sida

Est-ce qu’on doit permettre pour autant à Big Pharma de faire des profits énormes avec les vaccins ? La question se pose, bien sûr. A l’inverse de ce que je viens de vous dire, les défenseurs du partage des brevets rappellent un précédent troublant. 

Il y a 25 ans, quand sont apparus les premiers traitements antiviraux contre le Sida, il a fallu tordre le bras aux industriels pour qu’ils acceptent que des génériques soient fabriqués, en Afrique du Sud par exemple. Et heureusement qu’on l’a fait. Autrement dit, Big Pharma a le comportement normal de toute entreprise, elle veut protéger sa rente. Et sa rente n’est pas forcément compatible avec le bien-être universel. 

D'autres solutions sont possibles

Il y a donc du pour et du contre. Au total, faut-il partager ou pas ? L’argument décisif est d’un autre ordre : il y a très peu de chances qu’une telle décision améliore vraiment la diffusion du vaccin. Parce qu’il y a pénurie d’usines, de matières premières, de compétence pour industrialiser. En particulier pour la technologie nouvelle de l’ARN messager, celle de Pfizer et de Moderna, qui est la plus prometteuse.

Disposer du brevet, ça n’est que l’une des nombreuses et difficiles conditions pour réussir à faire du vaccin. C’est avoir la recette de tante Gertrude sans avoir le tour de main ! Mieux vaut compter sur les labos propriétaires, pour donner des doses, on peut les obliger à faire davantage que ce qu’ils font aujourd’hui, on peut aussi financer à prix coûtant leurs dons, ainsi que les chaînes logistiques. La proposition de partager les brevets a le mérite de procéder d’un sentiment généreux, mais elle a le gros défaut des idées trop simples.

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