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André disparaît après 130 ans : pourquoi la célèbre enseigne de chaussures, ex-numéro 1 en France, baisse le rideau

Le chausseur français disparaît après trois redressements judiciaires en cinq ans. Ancienne référence populaire en France, l'enseigne de 130 ans n'a pas résisté au déclin des centres-villes, au virage tardif du e-commerce, à la fast fashion, à la seconde main et au choc du Covid.

Une boutique André fermée, en juin 2023.

Crédit : Julie SEBADELHA / AFP

La fin des chaussures André

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La fin des chaussures André

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Martial You

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André vient d'être placé en liquidation judiciaire. Sa disparition a quelque chose de symbolique. L'enseigne de chaussures, longtemps familière des Français, s'est éteinte après trois redressements judiciaires en cinq ans. Une fin brutale pour une enseigne vieille de 130 ans, qui a longtemps occupé une place centrale dans le paysage commercial français.

L'histoire commence en 1896, quand Albert Levy rachète la Manufacture Nancéenne de Chaussures. La marque devient André en 1904, après le rachat de plusieurs boutiques parisiennes qui portent déjà ce nom, alors très en vogue. Quelques décennies plus tard, l'enseigne s'impose. En 1936, André est le numéro un de la chaussure en France.


Pendant les "Trente Glorieuses", André accompagne l'émergence des classes moyennes qui s'installent en ville. Le groupe grandit, rachète plusieurs entreprises comme Creeks, Minelli, Caroll, Liberto ou Kookaï, et lance aussi la Halle aux Chaussures et la Halle aux vêtements. En 1983, André compte jusqu'à 500 magasins. C'est l'apogée.

Des centres-villes affaiblis et un virage numérique trop tardif

Mais cette réussite ne dure pas. En 2001, le groupe change de nom et devient Vivarte. C'est là que commence le décrochage. La chute ne tient pas à un seul accident, mais à une succession d'erreurs stratégiques et de transformations mal anticipées.

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Premier problème : l'enseigne André s'est largement développée dans les centres des petites villes moyennes françaises. Or ce sont précisément ces zones commerciales qui se fragilisent depuis des décennies. Les rideaux baissent, la fréquentation recule, et le commerce de proximité souffre. Selon le Haut-Commissariat au Plan, entre 2014 et 2021, le nombre de boutiques de chaussures a chuté de 26,4%.

À cela s'ajoute le retard pris sur le e-commerce. En 2018, c'est Spartoo, acteur de la vente en ligne, qui reprend l'entreprise. Mais le virage est négocié trop tard. Entre-temps, l'image d'André a vieilli. Le marché a changé, les habitudes d'achat aussi, et la concurrence s'est intensifiée.

Fast fashion, seconde main et choc du Covid

La marque a aussi subi la montée en puissance de la fast fashion. Zara ou H&M vendent désormais des chaussures. Dans le même temps, des plateformes comme Shein ou Temu accentuent la pression sur les prix et sur les volumes. Le secteur de l'habillement et de la chaussure doit aussi composer avec la progression de la seconde main : eBay existe depuis 2000, Leboncoin depuis 2006, et Vinted, lancé en 2013, représente aujourd'hui 10 % du marché de l'habillement.

Puis vient le Covid, en 2020. Pour André, c'est une année noire : magasins fermés, loyers toujours à payer, ventes en chute de 20% en quelques mois. La trésorerie fond. La marque reste connue, populaire même, mais elle est devenue un tout petit acteur, sans capacité réelle d'investissement pour se relancer.

Au bout du compte, André a été piétinée par des acteurs mondiaux présents sur internet. L'enseigne, elle, est restée figée dans les années 1980.

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