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Vie privée, vie publique, l'empathie est partout

La notion d'empathie a envahi nos vies, comme en témoigne la campagne présidentielle où les candidats sont très sollicités.

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Vie privée, vie publique, l'empathie est partout Crédit Image : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP | Crédit Média : RTLNET | Date :
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Adeline François
Adeline François
Journaliste RTL

Savez -vous quelle a été en 2016 la définition la plus recherchée pour un mot sur Google ? Empathie. Une requête qui n’a rien d’étonnant quand on voit à quel point le terme est devenu le mot-clef de toute prise de parole publique. C'est le magazine Stylist qui en fait sa une cette semaine. "Mets-toi à sa place", ce serait ça la définition de l'empathie. Et elle est partout. Au Danemark et au Canada, les élèves suivent des cours d'empathie, à Paris l'université Pierre et Marie Curie propose aussi des cours d'empathie pour les étudiants en médecine.

La notion a aussi envahi l'espace virtuel, les ONG proposent dans des films sur internet de se mettre à la place d'un réfugié, les associations de malade à la place d'un patient pour susciter des dons. Partout sur les réseaux sociaux des images nous appellent à l'empathie. Souvenons-nous de la photo du petit Aylan, on a vu ce qu'il en était advenu, de cette empathie...

Aux États-Unis, un livre intitulé Contre l'empathie fait sensation ces dernières semaines. Son auteur y dénonce la fâcheuse tendance de la culture occidentale à survaloriser les émotions. "Si vous suivez une psychothérapie, vous ne voudriez pas que votre thérapeute s’effondre quand vous êtes triste", résume l’auteur, qui reproche à l’empathie de vous placer vous, au centre du débat.

Et puis, nous demandant de nous focaliser sur la souffrance de certains, nous minimisons de fait celle des autres. "C’est la limite de ce genre de procédé : pour qui suis-je empathique ?" Et ça, il n'y a pas de définition sur Google...

Le tabou de la violence faite aux enfants

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Mettons-nous maintenant à la place des enfants. "Attention, les méchants sont de retour", titre le magazine Doolittle qui, dans son nouveau numéro, s'intéresse à la littérature jeunesse avec ce constat : les rayons des livres pour enfants sont envahis par de nouveaux méchants. Les auteurs ont réinventé la figure : les loups qui ont mauvaise haleine, des monstres pathétiques, des ogres qui deviennent gentils, des sorcières avec une culotte trouée. La tendance est paraît-il à la désacralisation, mais le but ultime reste de permettre à l'enfant de soigner sa peur.

Mais les méchants n'existent pas que dans les livres, la presse revient largement ce matin sur le plan que va présenter le gouvernement en faveur de l'enfance maltraitée.  "Briser la loi du silence", titre en une Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui rappelle que depuis le début de l'année au moins 7 enfants sont morts en France sous les coups de leurs parents. Le tabou des tabous, ces violences qu'on ne veut pas voir parce que ce sont ceux chargés de les protéger et de les aimer qui en usent.

Et puis parce qu'il faut du courage pour s'ingérer dans une intimité qui n'est pas la sienne, quand on entend un enfant pleurer chez un voisin, "et si je me trompais ?" Le plan dévoilé ce matin vise à se poser plutôt la question : "Et si je ne me trompais pas ?" Pour inciter les gens à signaler des soupçons de violence au 119, le numéro de SOS enfance en danger.

Hamon face aux nouveaux frondeurs

L'empathie en politique à présent. Un élu empathique, c'est celui qui arrive à comprendre le ras-le-bol de ses administrés, en particulier le ras-le-bol fiscal. "Impôts locaux : les grandes villes optent pour la pause", titrent ce matin Les Échos qui révèlent que les 40 plus grandes villes de France, de Saint-Denis à Nantes ou Bordeaux et Mulhouse, viennent de voter des taux stables pour leur taxe d'habitation et foncière après 10 ans de hausse. Un expert explique qu'en fait cette stabilisation est classique lors de la troisième année d'un mandat municipal.

Quelques pages plus loin, Les Échos nous parlent aussi de l'empathie de Marine Le Pen avec les agriculteurs hier. "La candidate du Front national a franchi une étape supplémentaire dans l'europhobie en promettant de franciser les aides aux agriculteurs", écrit Jean-Francis Pécresse, qui affirme que le destin de la France, deuxième puissance agricole exportatrice de l'Europe, est plus que jamais dans ce marché commun de 500 millions de consommateurs. "Laisser penser le contraire, faire croire que l'on peut sacrifier la PAC sur l'autel du populisme, c'est mentir à la terre", dit-il.

L'empathie aussi ce matin de François Hollande dans ce dessin de kak en une de L'Opinion. Benoît Hamon vient se plaindre auprès du président : "Certains camarades refusent de me soutenir", dit le candidat socialiste. Réponse du président : "Oui Benoît, ça s'appelle des frondeurs". "Les nouveaux frondeurs", titre Le Figaro. "Tout indique, écrit le journal, que Manuel Valls et ses amis préparent leur ralliement à Macron."

Les candidats face aux selfies

Macron en une de L'Express cette semaine. Oui mais pas Emmanuel, "Brigitte Macron, femme d'influence, son rôle secret dans la campagne". Mais ce qu'il faut lire dans L'Express, c'est cette enquête sur les candidats victimes du harcèlement de rue à cause des selfies. "La question peut paraître futile en pleine campagne, c'est beaucoup plus qu'un sujet mineur", dit le directeur de campagne de Benoît Hamon. Tout le monde veut son selfie avec un candidat, comme les deux clients de ce resto où était attablé Jean-Luc Mélenchon, ils ont fondu sur lui pour avoir leur selfie. Au deuxième cliché, le candidat de la France insoumise a explosé. "Qui supporte d'être traité comme un objet ? J'ai attendu d'avoir 60 ans pour découvrir ce que ça fait d'être une belle fille, je me tape tous les relous de la rue."

Pour autant, il faut sourire sur la photo, celui qui refuserait les demandes écoperait d'une image de froideur, alors chacun se prête plus ou moins de bon cœur au marathon zygomatique. Benoît Hamon, lui, a dû poser avec une jeune fille dans un TGV. "C'est mon anniversaire, on fait un selfie, pour faire rire mes copines ?" C'est même devenu un baromètre de popularité. "Je fais un million de selfies", se vantait Marine Le Pen sur le plateau de France 2 le mois dernier.

Emmanuel Macron a demandé à son équipe de campagne de prévoir des minutes cachées dans son agenda pour faire des selfies. Une sémiologue appelle ça le "selphigraphe", le selfie qui sert d'autographe. Les gens raffolent des selfies avec les candidats, car il implique une proximité corporelle qui ramène le politique à sa dimension humaine. Une autre définition de l'empathie.

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