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Vendin-Le-Vieil : "Le quotidien n'est que conflits, insultes et menaces", raconte un surveillant

TÉMOIGNAGE - C'est dans la prison de Vendin-Le-Vieil que trois surveillants ont été agressés par un détenu islamiste. Cet événement a été le point de départ du ras-le-bol exprimé, dans tout le pays, par les gardiens de prison. Vincent, surveillant dans cette maison d'arrêt, nous raconte son quotidien.

Le domaine pénitentiaire de Vendin-Le-Vieil
Le domaine pénitentiaire de Vendin-Le-Vieil Crédit : Denis Charlet / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Ils se sentent abandonnés. Les gardiens de la prison de Vendin-Le-Vieil continuent leur mouvement de contestation. C'est dans cette maison d'arrêt du Pas-de-Calais qu'a débuté la fronde des surveillants pénitentiaires. Quelques semaines auparavant, le jeudi 11 janvier, trois gardiens de prison y ont été agressés par un détenu islamiste allemand, Christian Ganczarski. Ce dernier a été mis en examen pour tentatives d'assassinats par un juge antiterroriste. 

Quatre jours après l'attaque, la ministre de la Justice Nicole Belloubet s'est rendue sur place et a annoncé qu'elle reviendrait "dans deux mois". Le secrétaire UFAP-UNSA des Hauts-de-France, Guillaume Pottier, raconte qu'ils n'ont "pas les moyens humains et matériels pour le prendre en charge. Nous ne sommes pas formés à la gestion des détenus radicalisés. Les collègues sont donc très remontés". 

Et pour cause, ce mardi 23 janvier, des surveillants se sont enchaînés aux grilles de la maison d'arrêt, avant d'être délogés par la police. Selon La Voix du Nord, "le directeur adjoint a tenté de sortir pour discuter avec les manifestants. Impossible lui a-t-on répondu". Prochainement, un quartier d'évaluation de la radicalisation (QER) doit ouvrir au sein de la prison de Vendin-Le-Vieil. Et en février prochain, Salah Abdeslam, dernier rescapé des commandos du 13 novembre 2015 se trouvera dans cette prison, le temps d'être transféré pour procès en Belgique. 

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Une vingtaine de détenus pour deux agents

Vincent est surveillant de prison depuis 19 ans. Il travaille depuis un an au sein de la maison d'arrêt de Vendin-Le-Vieil. Ce lieu est "le symbole d'une nouvelle génération de prisons 'ultramodernes' et 'ultrasécurisées'", décrit Libération. Mais derrière tout cela se cache une autre réalité. Cette prison accueille 90 détenus. "Tous ont été condamnés pour des peines longues", explique Vincent, joint par RTL.fr. Au quotidien, les surveillants travaillent trois jours d'affilé puis disposent de trois jours de repos. Les deux premiers jours, leurs horaires vont de 7 heures à 20 heures, ce qui représente des journées de travail d'une durée de 13 heures. Et le dernier jour, de 20 heures à 7 heures. 

"Il y a une vingtaine de détenus pour deux agents", nous raconte Vincent, qui a choisi d'exercer son métier parce que son frère était surveillant. "J'avais envie de faire ce métier parce je trouvais que c'était un beau travail d'équipe, et ça permettait de bouger géographiquement". Et pour lui, pas de doute : les conditions de travail des surveillants de prison se sont détériorées. "J'ai commencé à travailler en 1999 et, depuis, tout s'est dégradé. Nous n'avons plus d'autorité, nous ne sommes plus suivis. Personne ne nous aide", confie-t-il.

On entre le matin dans la prison et on ne sait pas si on ressort le soir

Vincent, surveillant de prison à RTL.fr
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Quand on lui demande de décrire son poste, Vincent explique sobrement qu'il "gère le quotidien des détenus". Un quotidien rude qui n'est qu'une accumulation de "conflits, d'insultes, de menaces au quotidien et de pression des détenus sur la direction de l'établissement, décrit-il. On entre le matin dans la prison et on ne sait pas si on ressort le soir. À force, on se rend compte que le conflit fait partie intégrante de notre quotidien. On ne sait plus faire que ça", affirme Vincent. 

Entre sentiment d'injustice et d'incompréhension

Ce gardien de prison est envahi par un profond "sentiment d'injustice et d'incompréhension". "C'est le monde à l'envers dans cette prison. On se remet en question mais quand vous pesez le pour et le contre, que vous mettez dans la balance votre salaire, face au risque de se prendre un coup de lame... Vous vous demandez pourquoi vous êtes là", ajoute-t-il. Au quotidien, tout peut créer un conflit entre les surveillants et les détenus. "Nous sommes dans un régime de détention 'porte fermée', c'est-à-dire que les détenus ne peuvent pas circuler au sein de la prison. Ils restent dans leur cellule. Et quand ils sont transférés ici, ils n'y sont pas habitués. C'est là que ça crée un conflit. C'est déjà arrivé qu'ils bloquent les portes".

Le soir en partant, on se dit 'c'est un p***** de boulot'

Vincent, surveillant de prison à RTL.fr
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Et la direction dans tout cela ? "Elle minimise les choses et les portes peuvent rester ouverte. Elle s'achète la paix sociale et le fusible, c'est le surveillant", selon Vincent, qui ajoute que "deux prises d'otage ont eu lieu ici en trois ans". Et quand il quitte la prison pour rentrer chez lui, Vincent raconte : "Le soir en partant, on se dit 'c'est un p***** de boulot'". 

Mais à peine après avoir prononcé ces mots, Vincent pense à ses collègues : "C'est un travail d'équipe. Heureusement qu'on est soudé entre nous pour tenir. Il y a une bonne ambiance. Et on en rigole. Ça nous aide à prendre du recul".

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2018-01-23 16:49:00
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