3 min de lecture Justice

Var : accusé d'avoir promu son amante, un maire se défend devant la justice

Interrogé par les juges sur la promotion éclair d'une amante, bombardée directrice générale des services à plus de 5.000 euros mensuels, un maire varois s'est défendu mardi de toute prise illégale d'intérêt.

La justice (illustration)
La justice (illustration) Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
Jérémy Billault et AFP

"La gestion d'une ville, ce n'est pas un roman à l'eau de rose !". Ferdinand Bernhard, maire de Sanary-sur-Mer (Var) depuis 31 ans et réélu dès le premier tour en mars, est jugé depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour une série d'infractions économiques et financières commises durant ses mandats. 

Parmi elles, une possible "prise illégale d'intérêt" pour avoir promu une contrôleuse de gestion avec laquelle il sortait comme sa principale collaboratrice, dotée de l'un des trois plus hauts salaires de la mairie. Lors de son arrivée en 2009 à la mairie de cette commune balnéaire, après diverses expériences de comptable dans le privé, Sybille Beaufils n'avait quasiment jamais rencontré Ferdinand Bernhard. Si ce n'est lors de son propre mariage, que le maire en personne avait célébré. 

Recrutée sans une question sur ses compétences ni sur son CV, elle aurait immédiatement brillé en découvrant un trou de trois millions d'euros dans les comptes de cette cité balnéaire. De quoi doubler son salaire de 2.500 euros en la promouvant rapidement collaboratrice de cabinet, assume le maire. 

Le sexagénaire assure qu'"à aucun moment, le choix n'a été fait parce que j'avais des sentiments avec elle ou une relation. C'était largement mérité". Face aux juges qui pointent les coïncidences de dates avec la relation amoureuse qui se noue entre eux, l'édile, qui a tombé la veste après deux heures d'interrogatoire, s'insurge : "Il est totalement indécent de considérer qu'une femme puisse avoir sa carrière parce qu'elle a eu une relation avec quelqu'un !". "Quand une personne a des qualités, il faut regarder ces qualités avant d'aller voir dans la salle de bains", tonne l'élu, qui avait reconnu avoir déjà eu une relation amoureuse avec une précédente directrice.

"Il méprise les gens, il se comporte comme un roi"

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Avant 2017 et la loi sur la moralisation de la vie publique, prise dans la foulée de l'affaire Fillon et de l'élection d'Emmanuel Macron, l'embauche d'un concubin par un maire n'était pas interdite, concèdent les juges. Avant de pointer le fait que Sybille Beaufils faisait simplement "fonction de" DGS, chef d'orchestre au quotidien d'une administration de plus de 200 agents, n'ayant pas le diplôme (Bac+5) nécessaire pour prétendre officiellement à ce titre. Elle ne pouvait ainsi pas signer les documents officiels. 

"J'ai fait un bilan, en me disant 'Non, c'est impensable pour moi que je sois recrutée pour autre chose que mes qualités personnelles'. Je suis peut-être tombée au bon moment, j'ai eu de la chance. Mais j'ai aussi mérité ce poste", assure aujourd'hui Sybille Beaufils, qui comparaît pour recel. Mais deux ans d'une relation "compliquée et en dents de scie" plus tard, quand le maire a appris qu'elle avait une liaison avec le jardinier, leur rupture conduira à sa mise "au placard", raconte Sybille Beaufils, 49 ans. 

Devant les gendarmes, elle s'était épanchée sur ce maire que des dénonciations d'habitants à propos de sa gestion, puis un signalement de la chambre régionale des comptes, ont finalement conduit devant la justice. "Il méprise les gens, il se comporte comme un roi, il ne supporte pas d'être contredit et mis face à ses responsabilités !", s'emportait-elle alors. "M. Bernhard a du caractère", reconnaît-elle simplement aujourd'hui.

Lui n'en démord pas : entre vie privée et vie professionnelle, n'en déplaise "aux tordus" qui pensent le contraire, "on peut séparer les choses, sans pour autant se priver du bonheur d'être ensemble". Dix ans après les faits, le maire vit désormais avec sa secrétaire mais celle-ci ne sera "jamais" promue directrice, jure-t-il : "Dieu m'en garde !".

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