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"Une très belle idée sur le papier mais totalement inapplicable" : pourquoi supprimer Parcoursup ne réglerait pas tout

Exigée par les organisations étudiantes et une partie de l'opposition, la fin de Parcoursup s'impose comme une des revendications du mouvement lycéen. Mais si la plateforme venait à disparaître, quel mécanisme pourrait la remplacer pour affecter près de 900.000 candidats ?

Le logo de Parcoursup (illustration)

Crédit : Anna KURTH / AFP

Juliette Vignaud

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La plateforme d'orientation post-bac Parcoursup cristallise la colère des lycéens mobilisés depuis plus de quatre semaines. Elle est accusée de trier les élèves et de manquer de transparence, suscitant une large part d'angoisse chez les jeunes. Derrière ce processus, l'un des enjeux est celui du nombre de places dans l'enseignement supérieur public, selon les organisations étudiantes qui en exigent la suppression - également réclamée par le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon.


Mais peut-on réellement supprimer le dispositif ? Et surtout, par quoi le remplacer ? "L'idée selon laquelle un élève devrait pouvoir aller là où il a envie d'aller est une très belle idée sur le papier, mais elle est totalement inapplicable concrètement", affirme Pierre Mathiot, architecte du rapport qui a abouti à la création des enseignements de spécialité du baccalauréat, au micro de RTL. 

Et de renchérir : " Sur le plan des principes, c'est génial. Mais en termes pratiques, je pense que c'est absolument inopérant." S'il reconnaît que Parcoursup n'est pas "optimal", il réfute donc l'idée d'une suppression totale. "La question dans ce cas-là, c'est par quel mécanisme on remplace Parcoursup ?"

Une réponse au "gâchis français"

À l'origine, la plateforme, née en 2018, avec la réforme Blanquer du baccalauréat, visait à "mieux préparer l'avenir des jeunes", selon le ministre de l'Éducation nationale de l'époque. Parcoursup devait remédier notamment au problème de tirage au sort dans les filières où il y avait plus de candidats que de places. "Il y avait un problème d'affectation des élèves", explique Pierre Mathiot

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"La réforme du baccalauréat a servi à mieux préparer l'avenir des jeunes", confirme Jean-Michel Blanquer sur le plateau du Grand Jury. Selon lui, c'était une réponse au "gâchis français par excellence" alors qu'"en 2017, il y avait 60% d'échecs en fin de première année de licence en France". Une donnée ramenée à environ 50% en 2026. 

Parcoursup a ainsi été mis en place pour "que les élèves puissent accéder à l'enseignement supérieur", selon Pierre Mathiot. En ce sens, il considère que "ça ne marche pas si mal que ça". Selon lui, en 2025, trois quarts des élèves qui ont obtenu une affectation Parcoursup s'en sont déclarés satisfaits. "On a ouvert des opportunités qui auparavant ne se voyaient pas", résume Jean-Michel Blanquer. 

Opacité et biais sociaux critiqués par les lycéens

La plateforme est néanmoins jugée trop opaque par les élèves. Et cette problématique n'est pas nouvelle : un rapport du Sénat, en date de 2019, pointait déjà l'opacité des algorithmes locaux qui engendraient de la discrimination sociale. "Il y a certainement des améliorations à apporter", reconnaît Jean-Michel Blanquer. Si "l'université en tire des bénéfices quant à la bonne adéquation des étudiants qui sont là et de l'offre qui est proposée, on peut faire mieux". 

L'architecte du projet Pierre Mathiot rejette toutefois la responsabilité de Parcoursup dans son ensemble, et pointe plutôt les algorithmes spécifiques aux formations. "Parcoursup en soi n'est pas un algorithme. Ce sont les 20.000 formations qui ont chacune un algorithme d'affectation des élèves, de sélection, de choix des élèves", indique-t-il. 

Et de reconnaître : "Beaucoup de formations ne sont pas très précises s'agissant des conditions réelles d'affectations de choix des élèves." Selon lui, il y existe en ce sens un "enjeu de transparence". 

Les lycéens considèrent par ailleurs que Parcoursup renforce les inégalités sociales. Une idée rejetée en bloc par le gouvernement. Selon le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, la plateforme est "le contraire du tri social". Depuis sa création, en 2018, "150.000 jeunes boursiers ont eu le vœu de leur choix alors qu'ils ne l'auraient pas eu autrement".

Le casse-tête du remplacement

S'il existe un consensus autour de la nécessité de corriger ses défauts, la suppression totale de la plateforme est largement rejetée par les experts et le gouvernement. "La question c'est : par quoi on la remplace ?", questionne alors Pierre Mathiot, également directeur de la préparation aux grands concours à Sciences Po Lille. "Vous avez 900.000 jeunes - environ 600.000 bacheliers et 300.000 personnes en réorientation - qui doivent être affectés dans l'enseignement supérieur. Il y a environ 20.000 formations en France entre l'enseignement public et le privé sous contrat", pointe-t-il. 

Alors "comment affecter ces 900.000 élèves ?", interroge-t-il face à la réalité du terrain ? À Sciences Po Lille notamment, il décompte 12.000 candidats par an contre 280 places à attribuer : "C'est le nombre de places qu'on a dans l'amphithéâtre principal de l'école, tout simplement." L'enjeu fondamental semble donc moins résider dans la plateforme elle-même que dans le manque de places et de moyens dans l'enseignement supérieur.

Vers une réforme plutôt qu'une suppression ?

Pour rendre possible une réelle suppression de la sélection, il faudrait changer radicalement d'échelle. C'est ce que réclament plusieurs organisations étudiantes, avec la création de 250.000 places dans le supérieur public. Elles souhaitent qu'une plateforme numérique centralise les formations existantes, mais que les élèves puissent s'inscrire où ils le souhaitent. 

Un rapport parlementaire de février conclut de son côté que le processus actuel "participe de la persistance des inégalités socioculturelles". Pour y remédier, il suggère de supprimer le lycée d'origine, de publier les algorithmes locaux des formations, ou encore d'indiquer à quel stade des candidatures les critères de sélection affichés sont pris en compte. 

Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste s'est dit prêt à "continuer à travailler" sur la "lisibilité de Parcoursup" et sa "transparence". Il doit transmettre des propositions d'ici fin octobre. 

Le gouvernement semble donc privilégier un ajustement du système existant. Reste à savoir si cela suffira à apaiser la colère des lycéens alors qu'un appel à la convergence des luttes se profile pour le samedi 17 octobre.

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