5 min de lecture Terrorisme

Tirs dans un Thalys : ce que l'on sait des premiers éléments de l'enquête

Les enquêteurs continuent d'interroger Ayoub El Khazzani, le tireur présumé qui nie avoir voulu commettre un acte terroriste et dont les influences avec l'islamisme radical sont encore floues.

Des enquêteurs devant le Thalys où l'attaque a eu lieu, le 21 août 2015 à Arras (Pas-de-Calais).
Des enquêteurs devant le Thalys où l'attaque a eu lieu, le 21 août 2015 à Arras (Pas-de-Calais). Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Plus de quarante-huit heures se sont écoulées depuis l'attaque au fusil d'assaut, perpétrée vendredi 21 août, qui a fait deux blessés dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris. Maîtrisé à bord du train et interpellé en gare d'Arras, le suspect, Ayoub El Khazzani, est entendu dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret. Depuis, les premières auditions de ce ressortissant marocain et les déclarations des autorités et des témoins de la scène permettent d'en savoir plus sur cette enquête placée sous la responsabilité de la section antiterroriste du parquet de Paris.

Le déroulement des faits

À Bruxelles, vendredi 21 août, Ayoub El Khazzani embarque à bord du Thalys 9364. Le train, en provenance d'Amsterdam, fait route vers Paris. Il porte sur lui un véritable arsenal : un fusil d'assaut kalachnikov avec neuf chargeurs, un pistolet automatique Luger et un cutter. À 17h50, à l'aide de son fusil attaché en bandoulière, il ouvre le feu à l'intérieur de la rame qui circulait à toute vitesse à hauteur d'Oignies (Pas-de-Calais). 

Un voyageur français de 28 ans, banquier aux Pays-Bas et dont l'identité n'est pas connue, essaye alors de le désarmer. L'assaillant s'échappe et se réfugie dans les toilettes de la voiture 12. Des balles partent entre temps, touchant à la gorge un cinquantenaire franco-américain. Alertés par le bruit de culasse du fusil, deux militaires américains en vacances, Alek Skarlatos et Spencer Stone, se jettent sur Ayoub El Khazzani pour le maîtriser au sol. Un sexagénaire britannique, Chris Norman, s'emploie également. Ils y parviennent même si Spencer Stone est blessé au cutter. "Sa kalachnikov semblait enrayée ou ne fonctionnait pas bien", a expliqué ce dernier. L'agresseur est finalement interpellé sur les coups de 18h30 à Arras, où le Thalys a été dérouté.

Durant l'attaque, la confusion était grande dans le train. Le signal d'alarme est tiré par un contrôleur à bord. Présent lui aussi, l'acteur Jean-Hugues Anglade fait de même mais se blesse légèrement à cette occasion. Il dénonce cependant le comportement des agents du Thalys : "Ils nous ont totalement ignoré", explique-t-il sur RTL. Des accusations réfutées par la directrice de la compagnie ferroviaire. Le contrôleur mis en cause explique, lui, que "Anglade était en voiture 11, l'incident en voiture 12".

Qui est le suspect ?

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Transféré dans la nuit qui suit vers les locaux de l'antiterrorisme à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), l'identité d'Ayoub El Khazzani est formellement établie grâce à ses empreintes digitales, dans la soirée du samedi 22 août. Il s'agit donc d'un ressortissant marocain, né le 3 septembre 1989, d’apparence squelettique, de taille moyenne et sans barbe. "Peu instruit" et "paumé", selon son avocate commise d'office, parle espagnol et arabe, mais pas français ni anglais. 

Selon un enquêteur français, le jeune homme a vécu d'emplois précaires et baigné dans la petite délinquance et la marginalité, à la limite de la rue. Il aurait une personnalité "facilement influençable". Le journal espagnol El Pais croit savoir qu'il a fait l'objet de trois arrestations en Espagne, pour trafic de drogue. Il a été détenu une fois pour ces faits. Il ne dispose en revanche pas d'un passé judiciaire en France.

Quelles sont ses motivations ?

Au cours de ses premières auditions, Ayoub El Khazzani a fait des confidences confuses. Il nie avoir voulu commettre d'acte terroriste mais seulement avoir voulu rançonner les passagers afin de "se nourrir", dixit son avocate Sophie David. Mais les enquêteurs ne sont que très peu convaincus par cette version des faits. "C'est une tête de mule", indique un proche du dossier.

Alors que le passager américain Alex Skarlatos a estimé que le suspect "n'avait clairement aucun entraînement au maniement des armes", l'intéressé dit avoir trouvé dans un parc bruxellois un sac-à-dos rempli d'armes et de chargeurs, là même où il aurait vécu comme un "SDF" et sans-papiers ces derniers temps. Il se donne ainsi l'image d'un vagabond solitaire. Une source proche de l'enquête explique cependant que l'homme "avait des papiers délivrés en Espagne".

Quels sont ses réseaux ?

Signalé aux services antiterroristes français par leurs collègues espagnols en février 2014, le suspect est soupçonné d'appartenir à la mouvance islamiste radicale, comme en témoigneraient ses publications sur les réseaux sociaux et bien qu'il ait nié ce point. En tout cas, après le premier signalement, les services français ont dressé une fiche "S" (sûreté de l'État) afin de le tracer dans ses déplacements. La surveillance était cependant légère et ne l'a pas empêché de sillonner l'espace Schengen grâce à sa carte de séjour espagnole.

Il a ainsi vécu sept ans en Espagne, d'abord à Madrid puis à Algésiras entre mars 2007 et mars 2014. Repéré à Berlin le 10 mai dernier, il aurait embarqué pour la Turquie puis la Syrie avant de revenir en France. Depuis, il habitait en Belgique, d'après les renseignements espagnols.

Les enquêteurs, à la recherche d'éventuels complices, cherchent en tout cas à savoir si Ayoub El Khazzani a agi en solitaire, fait partie d'un réseau et s'il reçoit des ordres. En Andalousie, il aurait notamment fréquenté des mosquées radicales. Une partie de l'historique du Marocain demeure floue, par rapport à son supposé voyage en Syrie. Là-bas, il aurait alors pu prendre des contacts avec les milieux islamistes.

Compte tenu de sa domiciliation en Belgique ces derniers mois, les enquêteurs belges s'interrogent sur des éventuels liens avec les islamistes de la ville de Verviers, l'un des principaux foyers de radicalisation dans le pays.  Il n'y a cependant rien de concret pour l'instant et aucune autre interpellation n'a été effectuée.

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Les enquêteurs continuent d'interroger Ayoub El Khazzani, le tireur présumé qui nie avoir voulu commettre un acte terroriste et dont les influences avec l'islamisme radical sont encore floues.
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