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Spécialiste, jihadiste, témoin : qu'est-ce que la fiche "S" et qui concerne-t-elle ?

DÉCRYPTAGE - Depuis les attentats de Paris, la "fiche S" est devenue le symbole des apprentis jihadistes. N'est-elle que cela ?

L'opération a pour cible l'organisateur présumé des attentats, le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud.  (illustration)
L'opération a pour cible l'organisateur présumé des attentats, le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud. (illustration)
Crédit : Thomas Samson
Aymeric Parthonnaud & Camille Kaelblen & AFP

La chaîne d'information en continu BFMTV a décidé de ne "plus faire intervenir" sur son antenne son consultant spécialiste du jihadisme Romain Caillet, a annoncé la chaîne ce vendredi 6 mai après des informations de presse révélant qu'il était fiché "S" par les services antiterroristes. "Depuis fin mars 2016, Romain Caillet est intervenu à quelques reprises sur BFMTV en tant que consultant extérieur sur les questions de jihadisme" pour ses "compétences reconnues sur le sujet", mais il "n'a pas jugé utile de préciser à la chaîne un certain nombre d'éléments importants de son passé, liés directement aux questions qu'il devait évoquer à l'antenne", a indiqué la chaîne dans un communiqué. 

Le magazine TeleObs a révélé que dans les années 2000, Romain Caillet, converti à l'islam, avait séjourné en Égypte où il intervenait sur les forums islamistes en faveur du jihad et fréquentait les milieux extrémistes. Il côtoyait notamment les frères Clain, dont l'aîné, Fabien, vétéran du jihadisme français, est la voix du message revendiquant les attentats du 13 novembre au nom de Daesh. Mis en garde à vue à la Sous-Direction antiterroriste en janvier 2008, il a renié ses convictions passées, au cours d'un interrogatoire dont le magazine s'est procuré le PV. "Sur le jihad, je ne suis plus d'accord avec les Clain" racontait-il aux policiers. "Depuis mars 2007, je ne suis plus pour le jihad parce que je m'oppose au fait d'entraîner des jeunes pour se sacrifier sans avoir acquis au préalable les bases de l'islam. J'espère ne pas avoir été la cause d'enrôlement de jeunes au jihad. J'ai essayé de réparer mes erreurs en postant des repentirs publics" sur internet. De ce passé controversé, Romain Caillet a hérité d'une fiche "S" à son nom, toujours active dans les services antiterroristes aujourd'hui, selon TéléObs

Considéré comme un des meilleurs experts sur le sujet, Romain Caillet est régulièrement sollicité par les médias sur l'Etat islamique et les milieux salafistes. Quelque 10.500 personnes font l'objet en France d'une "fiche S" pour leur appartenance ou lien avec la mouvance islamique, mais "tous ne sont pas des terroristes" ni suivis d'extrêmement près par le renseignement, selon le gouvernement.  

Qu'est-ce qu'une fiche "S" ?

La fiche "S" est le nom donné à l'une des catégories d'un fichier vieux de plus de quarante ans, le fichier des personnes recherchées (FPR). Une base de données créé en 1969, qui contiendrait plus de 400.000 noms d'individus aux profils divers et variés : évadés de prison, militants anarchistes ou écologistes, mineurs en fugue, membres du grand banditisme ou encore terroristes présumés. 
Le FPR est constitué de 21 catégories, chacune associée à une lettre : "M" pour les mineurs en fugue, "V" pour les évadés, "AL" pour les aliénés... Et "S", qui correspond à "Sûreté d'État". Cette fiche regroupe les individus considérés comme les plus sensibles et les plus dangereux, soupçonnés d'être en lien avec une organisation terroriste et qui menacent directement la sûreté de l'État.

Qui est concerné par la fiche "S" ?

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Il existerait environ 10.000 fiches "S", dans les fichiers du renseignements français même si ce chiffre varie selon les sources. Jean-Jacques Urvoas parlait d'une dizaine de milliers de ces notes. Nicolas Sarkozy en comptait 11.500, le 24 novembre dernier, le Premier ministre Manuel Valls annonçait 20.000 fichés "S", dont 10.500pour la seule mouvance islamiste. "Tous les autres peuvent concerner des membres d’autres mouvements considérés comme terroristes: le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), la ligue liée à des mouvements tamouls, la branche militaire du Hezbollah, des militants violents liés à l’ultra droite ou à l’ultra gauche, des hooligans, etc.", décrivait le Premier ministre.

Les personnes concernées par cette fiche ne sont d'ailleurs pas toutes accusées d'avoir commis un attentat. La loi est à ce sujet assez floue : la fiche "S" recense ainsi les individus que la France ou un autre pays européen soupçonne de liens avec le terrorisme, sans pour autant que ces personnes aient commis le moindre délit ou crime. Il peut ainsi s'agir de personnes en lien avec un terroriste connu.

Que contient-elle ?

Selon le décret de 2010 actuellement en vigueur, ce fichier contient l'état civil, le signalement (apparence, sexe, signes distinctifs), la photographie, les motifs de la recherche de cet individu ainsi que la conduite à adopter si cette personne est découverte. En général, c'est la Direction générale de la sûreté intérieure (DGSI) qui produit les fiches "S", mais elles peuvent également être créées à partir d'informations fournies par d'autres pays, ou dans le cadre d'une collaboration internationale.

Quelle est l'utilité d'une fiche "S" ?

Mais contrairement aux fiches "J" et "PJ" qui recensent les personnes recherchées par la justice ou la police judiciaire, toutes les autres catégories, dont la catégorie "S" ne sont pas automatiquement assorties d'une action de coercition (arrestation, garde à vue) à l'égard de cette personne. 
Ces fiches ont plutôt un rôle d'alerte, qui ont pour objectif de renseigner les autorités sans pour autant qu'il y ait arrestation. Par exemple, si l'individu est arrêté à un contrôle, les autorités peuvent associer son identité avec la fiche "S" et interroger l'individu, par exemple, pour en savoir plus sur lui, ses déplacements et rencontres et sur son réseau éventuel.

Les fichés "S" sont-ils coupables

La fiche "S" n'est qu'un outil de renseignement. En aucun cas elle ne saurait se substituer à une décision judiciaire. "La fiche 'S' sert, avec les autres outils à la disposition des services de police, à collecter des informations sur la personne concernée. Les informations recueillies, si elles font présumer l'existence d'une infraction, peuvent conduire le procureur à décider d'ouvrir une enquête préliminaire et éventuellement une information judiciaire", précise le ministère de l'Intérieur.

Les forces de l'ordre ne peuvent arrêter un individu au seul motif qu'il serait concerné par une fiche "S".

La fiche "S" entraîne-t-elle toujours un suivi des personnes fichées ?

Selon le gouvernement, qui publiait un ensemble de documents explicatifs sur la fiche "S", la personne fichée n'est pas surveillée en continu, mais seulement lorsque la fiche "sonne", c'est-à-dire quand le fichier est consulté, par exemple lors d'une arrestation. "C'est à la justice de se prononcer" sur le sort réservé à une personne fichée "S", a précisé le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone sur RTL. 

Le grand nombre de personnes concernées par cette fiche ne permet cependant pas aux services de renseignement d’assurer leur contrôle suivi. "Il y a trop de djihadistes potentiels pour que la lutte antiterroriste soit la plus efficace possible", a d'ailleurs estimé samedi 14 novembre Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des questions de sécurité.

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