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Rétrospective de Roman Polanski : critiquée, la Cinémathèque ne renonce pas

Plusieurs militantes féministes ont manifesté leur colère face à la rétrospective de la Cinémathèque française, consacrée à Roman Polanski.

Roman Polanski lors d'une conférence de presse au Festival de Cannes.
Roman Polanski lors d'une conférence de presse au Festival de Cannes.
Crédit : Laurent EMMANUEL / AFP
Arièle Bonte
Arièle Bonte

Le timing ne pouvait pas être aussi mauvais. D'un côté, des femmes prennent la parole en masse sur les réseaux sociaux pour dénoncer leurs harceleurs et agresseurs via les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, en réponse à l'affaire qui secoue Hollywood outre-Atlantique.

De l'autre, une grande institution du cinéma français organise une rétrospective consacrée à Roman Polanski, réalisateur accusé de viols par cinq femmes à ce jour, il a plaidé coupable de rapports sexuels illégaux avec une mineure de 13 ans, aux États-Unis.

"Honteuse rétrospective de la Cinémathèque française sur Roman Polanski. Ça ne pouvait pas tomber aussi mal" avec l'affaire Harvey Weinstein, écrit Fatima El Ouasdi, présidente de l'association Politiqu'elles sur son compte Twitter.

"C'est en ce moment que la Cinémathèque française a décidé de célébrer Roman Polanski", s'est également indignée sur Twitter Alice Coffin, coprésidente de l'association des journalistes lesbiennes, gays, bi-e-s, trans (AJL) tandis qu'une autre journaliste militante, Eloïse Bouton, juge "indécents" les intertitres choisis par la Cinémathèque en présentation de cette rétrospective. 

Une bataille culturelle

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L'association Politiqu'elles a réagi très vite en demandant la déprogrammation de l'événement à la gloire du réalisateur du Pianiste. Frédéric Bonnaud, président de la Cinémathèque, cité par Le Figaro, a répondu qu'il n'y avait "aucune provocation" de la part de son organisme.

"Nous ne nous substituons à aucune justice. Notre programmation se fait un an à l'avance. Nous savions que Polanski avait un film prêt pour Cannes. Les grands cinéastes ont droit à une rétrospective tous les douze ans", s'est-il justifié. 

Pour Fatima El Ouasdi, contactée par Girls, cette déprogrammation est "essentielle" parce qu'il s'agit d'une "bataille culturelle" qui va bien au-delà du contexte actuel. "La France dispose de tout un arsenal juridique mais les femmes ont du mal à faire entendre leur parole. Soit parce qu'on leur dit que c'est de leur faute, soit parce qu'elles ne savent pas qu'elles ont été victimes d'une agression", explique la présidente de Politiqu'elles. 

On doit être intransigeant

Fatima El Ouasdi, présidente de l'association Politiqu'elles

Pour elle, célébrer Bertrand Cantat en couverture d'un magazine ou Roman Polanski à l'occasion d'une rétrospective c'est envoyer un message aux femmes victimes de violences : parler ne sert à rien, puisque leurs agresseurs seront toujours encensés". D'autant plus lorsqu'il s'agit d'artistes.

"On doit être intransigeant avec ces personnes là", affirme cependant Fatima El Ouasdi, faisant écho au message posté par Marlène Schiappa, secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, au moment de la publication de la couverture de Bertrand Cantat, l'ancien chanteur de Noir Désir condamné pour le meurtre de sa compagne, l'actrice Marie Trintignant. 

Dans un communiquéOsez le féminisme qualifie de son côté cette rétrospective de "misogynie la plus crasse" et accuse l'institution cinématographique de participer "à la culture de l'impunité des violences masculines". L'association appelle à un rassemblement à la Cinémathèque le lundi 30 octobre à 20h, lors de la soirée d'inauguration de l'événement, en présence du réalisateur.

L'engouement du public

Les féministes s'étaient déjà mobilisées cette année lorsque le nom de Roman Polanski avait été annoncé à la présidence de la cérémonie des Césars.

Sous la pression, la réalisateur avait préféré abandonner cette mission, malgré le soutien de plusieurs personnalités dont l'actrice française Catherine Deneuve et Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes.

Cette fois, la Cinémathèque n'a pas l'intention de déprogrammer son hommage au réalisateur, a-t-elle fait savoir dans un communiqué de presse, publié mercredi 25 octobre : "Annoncée dès le printemps dernier, puis détaillée dans notre programme d'automne paru en août, cette rétrospective n'a fait l'objet d'aucun commentaire particulier, sinon un engouement du public perceptible dans les réservations", peut-on lire dans ce texte signé du président de l'institution, Costa-Gavras et des membres du Bureau du Conseil d’Administration dont Nathalie Baye et Olivier Assayas. 

Une intervention de l'État ?

Fatima El Ouasdi reste cependant optimiste dans ce combat : l'organisme est en partie subventionné par l'État français.

"C'est intolérable que l'argent de nos impôts serve à payer une semaine dédiée à cet artiste", s’insurge-t-elle. La Cinémathèque se justifie quant-à-elle dans son communiqué : "Fidèle à ses valeurs et à sa tradition d'indépendance, La Cinémathèque n'entend se substituer à aucune justice. Son rôle de Musée du cinéma ne consiste pas à placer qui que ce soit sur un quelconque piédestal moral. Ceux qui nous reprochent cela ne mettent jamais les pieds dans nos salles et ignorent tout de nos missions de conservation et de transmission".

Qualifiant l'œuvre de Roman Polanski d'"indispensable", les signataires du communiqué ont conclu qu'ils n'avaient pas l'intention de débattre du sujet. 

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