4 min de lecture Société

Rentrée scolaire : en maternelle, la méthode Steiner-Waldorf libère la créativité

ÉCOLE ALTERNATIVE (1/3) - À l'occasion de la rentrée, retrouvez notre série sur les nouveaux systèmes d'éducation qui ont fait leur preuve. Focus sur l'un d'entre eux : la pédagogie Steiner-Waldorf.

Une élève d'une école maternelle à Caen, le 31 août 2009 (illustration)
Une élève d'une école maternelle à Caen, le 31 août 2009 (illustration) Crédit : AFP PHOTO MYCHELE DANIAU
Manon Labat
Manon Labat
édité par Marie Zafimehy

Plus d'obligation de s’asseoir, d'horaires stricts et de cours de pré-formation... Certaines écoles sortent des sentiers battus. Dans ces établissements, les éducateurs - l'appellation des professeurs en école alternative - se concentrent sur la découverte et la liberté d'apprendre en fonction de son propre rythme.

La rentrée scolaire est l'occasion de s'interroger sur ces pédagogies alternatives diverses, leur fonctionnement, leurs différences... tout en gardant en tête le coût conséquent de la majorité de ces jardins d'enfants : pour intégrer une école maternelle de la pédagogie Steiner-Waldorf, par exemple, les familles peuvent débourser jusqu'à 410 euros par mois.

"Nous suivons une pédagogie qui prône l'expérience et le fait de jouer, d'agir", explique à RTL.fr Emmanuelle Chesneau, directrice de l'école des Tournesols à Toulouse, qui s'inspire de cette pédagogie Steiner-Waldorf. "À l'école, l'enfant va trouver tout ce dont il a besoin pour expérimenter et découvrir le monde. Il a plusieurs matériaux à disposition comme du bois, des coquillages, du sable... Cette liberté d'agir et de jouer doit lui permettre de déployer son imagination et sa créativité."

On cultive l'entraide et la bienveillance

Emmanuelle Chesneau, directrice de l'école des Tournesols à Toulouse
Partager la citation

Selon elle, la classe maternelle n'est pas le moment de l'apprentissage intellectuel, qui est plutôt le rôle de l'école primaire. "À trois ans, l'enfant est encore dans l'éveil des sens, nous souhaitons le laisser vivre pleinement son enfance et nous l’accompagnons simplement avec une grande confiance." 

À lire aussi
Les gauchers sont-ils des droitiers comme les autres ? société
Journée internationale des gauchers : quels avantages et quels désavantages ?

Pour cela, chaque classe a son propre rythme. "Quand l'enfant arrive à l'école, on l'évalue et sa classe sera définie en fonction de ce critère, pas en fonction de son âge", explique Emmanuelle Chesneau. "Le mélange des enfants est bénéfique : les plus petits imitent les plus grands. Les grands peuvent aider les plus petits. C'est grâce à cela qu'on cultive l'entraide et la bienveillance." Résultat : pas de compétition entre les élèves.

Selon Emmanuelle Chesneau, les enfants doivent pouvoir se mouvoir librement.
Selon Emmanuelle Chesneau, les enfants doivent pouvoir se mouvoir librement. Crédit : AFP / Eric Cabanis

L'emploi du temps d'une classe est malléable. "L'accueil se déroule entre 8h30 et 9h15. L'enfant commence sa journée avec un jeu libre, il peut choisir les matériaux qui l'attirent le plus, puis laisser la part belle à son imagination", décrit Emmanuelle Chesneau. "Ensuite, les professeurs reprennent les rênes avec des activités structurées, comme par exemple des chants, des rondes, des comptines et des histoires." 

On essaye de préserver l'enthousiasme et la curiosité de l'enfant

Emmanuelle Chesneau, directrice de l'école des Tournesols à Toulouse
Partager la citation

"Nous essayons de préserver l'enthousiasme et la curiosité de l'enfant, qui est innée chez lui, et qui devient un véritable moteur dans la vie", insiste Emmanuelle Chesneau. Les valeurs portées par la pédagogie qu'elle promeut sont les suivantes : "Respect de soi, des autres, de la vie et de la nature"

En accord avec la pédagodie Steiner-Waldorf, les élèves ne sont pas notés. "Cela ne veut pas dire que nous sommes moins au point sur leurs avancées ! Sans cette contrainte, nous pouvons avoir un œil sur chacun et partager nos observations." Cette caractéristique permet d'accompagner les élèves plus individuellement : "Si un enfant n'est pas à l'aise sur le langage par exemple, nous allons nous concentrer sur lui pour l'aider à s'exprimer".

Des bilans sont régulièrement faits avec les parents. Ceux-ci sont d'ailleurs très présents. "La différence principale est l'humanisme. On considère les enfants ET leurs parents. Le lien est permanent !". Les parents sont par exemple autorisés à venir plusieurs matinées à la suite le temps que les enfants s'habituent à l'école. "Nous sommes à leur écoute, ils font partie intégrante de l'école, participent aux projets et aux conseils d'administration." Le but est de maintenir une "réelle cohérence éducative".

Le langage est primordial

Partager la citation

Même si elle ne jette pas la pierre aux méthodes de l'Education nationale, avec qui elle a déjà travaillé, Emmanuelle Chesneau y trouve de gros inconvénients. "Je pense que les classes sont surchargées et que les enfants ne sont pas assez entourés, explique-t-elle. J'ai l'impression que les écoles maternelles 'classiques' manquent parfois de cohérence... Le langage est primordial pendant cette période, et dans une classe surchargée, l'enfant n'est pas assez écouté, n'a pas assez de temps pour s'exprimer suffisamment."

Emmanuelle Chesneau estime que passer du système Steiner-Waldorf à l'école classique n'est pas un problème. "De l'école maternelle alternative à la classe de CP il n'y a aucun problème, le saut entre les deux se passe très bien. On a travaillé sur la curiosité donc elle reste omniprésente, ce qui est un plus", justifie-t-elle. 

Selon Emmanuelle Chesneau, les classes surchargées ne permettent pas aux élèves de s'exprimer suffisamment.
Selon Emmanuelle Chesneau, les classes surchargées ne permettent pas aux élèves de s'exprimer suffisamment. Crédit : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Cependant, elle reconnaît qu'une certaine adaptation est nécessaire. "C'est le fait de se retrouver soudainement assis qui peut-être déstabilisant. Mais les élèves Steiner ne sont pas à la traîne."

Une pédagogie controversée

Emmanuelle Chesneau prend l'exemple de ses propres enfants, qui "sont au niveau dans leurs nouveaux établissements". Sa fille "a un niveau parfaitement correct en maths, mais la différence notable est qu'elle sait tricoter ou faire des activités ludiques". Quant à son fils, il est simplement surpris de l'atmosphère dans la cour du collège. "Il réalise qu'il ne peut pas jouer à ce qu'il veut et que le regard des surveillants est plus strict."

La pédagogie Steiner-Waldorf est régulièrement mise en cause pour son lien avec les idées controversées du philosophe autrichien Rudolph Steiner. Face à ces considérations la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a publié un rapport en 2017 à ce sujet. Elle y appelle à la vigilance tout en insistant sur le fait que les écoles qui s'inspirent de cette pédagogie ne sont pas nécessairement liées à des dérives sectaires.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Société Éducation nationale Interview
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants