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Pourquoi le langage est le premier bastion (oublié) de l’égalité

ÉCLAIRAGE - À l'occasion des Assises de l'école maternelle, Jean-Michel Delacompté, écrivain et auteur de "Notre langue française", explique l'échec de l'école républicaine.

Les Assises de l'école maternelle se déroulent du 27 au 28 mars au CNAM
Les Assises de l'école maternelle se déroulent du 27 au 28 mars au CNAM Crédit : iStock / Getty Images Plus
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

"S'attaquer à la difficulté scolaire à la racine", c'est l'ambition du gouvernement dévoilée à l'occasion des Assises de l'école maternelle, qui se déroulent du 27 au 28 mars au Conservatoire national des arts et des métiers (CNAM), en présence d'Emmanuel Macron, président de la République, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, et Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre. 

Ces Assises permettront au ministre de l'Éducation nationale de mettre en avant des techniques pédagogiques et éducatives qui ont fait leur preuve en France comme à l'international, peut-on lire dans un communiqué du ministère, publié ce lundi 26 mars. 

Au programme de l'événement : l'apprentissage de la musique, l'importance du sommeil chez l'enfant ou encore la prise en charge des troubles de la coordination. Ces deux journées de travail seront toutefois plus particulièrement orientées vers des discussions et conférences autour du langage, l'un des premiers bastions de l'égalité entre citoyens et citoyennes, comme le confirme à RTL Girls Jean-Michel Delacompté, écrivain et auteur de Notre langue française (paru aux éditions Fayard).

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Explications avec un fervent défenseur de la langue française comme socle de référence et d'appartenance à une nation qui a tendance à l'oublier.

L'apprentissage d'une langue de qualité est une nécessité absolue

Jean-Michel Delacompté, écrivain
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RTL Girls : Peut-on vraiment dire que le langage est l'un des premiers bastions de l'égalité ?
Jean-Michel Delacompté : Vous avez puissamment raison, le langage est le premier outil de communication et ce, quel que soit l'âge des locuteurs. Savoir parler, partager une langue, c'est la condition même pour pouvoir partager, pacifiquement, un espace.

Je ne connais aucune communauté dont le premier instrument de communication ne soit pas la langue. Auquel cas, on a des enfants sauvages. Ils crient, pleurent, mordent, griffent mais ne parlent pas. Ils n'existent pas sous cet angle d'humanité, puisque aucune communication n'est possible.

L'apprentissage de la langue, d'une langue de qualité, capable d’exprimer des pensées, des sentiments, des nuances est une nécessité absolue pour avoir une société assez cohérente et une cohésion. C'est pour cela qu'il faut toujours rappeler que la langue de la République est le français. Sans cette langue française partagée, il n'y a pas de République.

Jean-Michel Delacompté explique l'échec de l'école républicaine
Jean-Michel Delacompté explique l'échec de l'école républicaine Crédit : iStock / Getty Images Plus

Peut-on dire aujourd'hui que nous sommes en France dans une inégalité du langage ?
Oui, pour des raisons familiales d'abord. Il y a des enfants qui naissent dans des familles qui ont le soucis de la langue française, c'est-à-dire qu'elles y prêtent une attention particulière. Dans d'autres familles, on parle sans faire attention à la qualité de langue. Enfin, il y a des familles, en France, où l'on ne parle pas français. Ce n'est pas dramatique à condition que l'école assure cet apprentissage de façon dynamique, positive, volontaire, en faisant beaucoup d’effort. Cela veut dire qu'il faut consacrer beaucoup d'heures au français. Or, aujourd'hui, il n'y en n'a pas assez.

Ce ne sont pas les gens qui posent problème, c'est la République qui ne fait pas son boulot

Jean-Michel Delacompté, écrivain
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Est-ce pire qu'avant ?
C'est difficile à juger mais j’aurai tendance à dire oui. Les questions d’immigration peuvent poser un problème linguistique si l’État ou la République ne s’en préoccupent pas. Les inégalités ne peuvent que progresser lorsque vous êtes un jeune de l’immigration dans les cités : on voit qu’il y a un problème de transmission.

Mais attention, ce ne sont pas les gens qui posent problème, c'est la République qui ne fait pas son boulot. Il nous faudrait entreprendre un vrai travail d’accueil, par exemple. Toutes ces recommandations, on les connaît depuis des années mais peu de choses ont été faites.

Quelles sont les conséquences de ces inégalités sur la vie des Français et des Françaises et sur l'ensemble de la société ?
Ces inégalités se répercutent sur du chômage. Vous cherchez du travail, vous maîtrisez très mal la langue, cela va affecter vos capacités à trouver du travail, c’est évident. Dans le pire des cas, c'est le terrorisme, orchestré par des personnes qui n'ont pas le sentiment d'appartenir à la communauté nationale républicaine. On voit alors qu'une langue mal partagée est un problème politique fondamental. 

Le ministre de l'Éducation Nationale a exprimé son souhait de réformer l'école
Le ministre de l'Éducation Nationale a exprimé son souhait de réformer l'école Crédit : iStock / Getty Images Plus

Dans votre livre, vous parlez de la réédition du Club des cinq, dont l'écriture a été très simplifiée...
La traduction française de 1995 du Club des cinq valorisait la langue écrite. Celle de 2006 a été transformée vers un français oral. Elle se présente alors comme un appauvrissement stupéfiant de la langue, c'est une sécheresse, une misère et je suis étonnée que l'on ne s'en préoccupe pas d'avantage. 

Ce cas est très révélateur du français : une langue fondamentalement orale qui trouvait sa plus haute valorisation dans la langue écrite et qui désormais favorise la langue orale. 

L'école doit avoir cette volonté de resserrer les liens en resserrant l'apprentissage de la langue

Jean-Michel Delacompté, écrivain
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Comment réduire les inégalités dans la société, dans et avec le langage ? 
C’est ce qu'essaie de faire le ministre de l'Éducation Nationale. Dans le diagnostic et le souhait de réforme, une volonté s’exprime. Comment cela va-t-il se traduire dans les faits ? Je ne sais pas mais c'est positif et encourageant car il y a une vraie prise de conscience du sujet. Les Français l'approuvent dans les sondages. Les gens sentent qu'il y a une question de fonds là-dedans.

L'école doit avoir cette volonté de resserrer les liens en resserrant l'apprentissage de la langue et de la lecture. C'est bien connu, quand on n’a pas les mots pour le dire, on y va à coups de poing, la violence remplace les mots qui manquent. Le langage doit être élaboré et cela passe par l'école maternelle. Il n'y a que là où l'on peut corriger l’inégalité de la transmission par les familles.

L'amour de la langue est une nécessité pour Jean-Michel Delacomptée
L'amour de la langue est une nécessité pour Jean-Michel Delacomptée Crédit : iStock / Getty Images Plus

Cette importance du langage a été mise sur le devant de la scène avec le documentaire du concours d'éloquenceÀ voix haute, ou par Camelia Jordona sur la scène des César lors de son discours de remerciement pour le prix du meilleur espoir féminin pour Le Brio, film de Yvan Attal qui raconte aussi l'amour des mots.
Oui, il y a un amour de la langue, une façon de jouer avec les mots que l'on observe beaucoup, même dans le rap ou le slam. Ce n'est pas toujours terrible mais il faut tirer ces mouvements vers le haut pour une meilleure prise de conscience.

Joey Starr qui récite du Victor Hugo, c’est également extraordinaire et formidable. Prendre la vitalité de cette langue des cités, la complexifier, l’améliorer et lui donner plus de corps, c’est une forme d’inclusion intéressante pour tous ces jeunes. Le jour où l'on arrivera vraiment à cela, la langue se revitalisera.

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