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Le redoublement de retour... Qu'en pensent les élèves et les parents ?

INTERVIEWS - Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, souhaite "autoriser à nouveau le redoublement" dès la rentrée 2017-2018.

Une classe d'un collège (illustration)
Une classe d'un collège (illustration)
Crédit : AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau

Il juge "absurde" son interdiction. Dans une interview au Parisien, le nouveau ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, s'est montré particulièrement critique vis-à-vis d'une mesure prise sous la présidence de François Hollande : interdire, ou du moins rendre exceptionnel, le redoublement. L'ancien directeur de l'Essec affirme : "Il n'est pas normal de l'interdire. Il y a quelque chose d'absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant des retards".

Selon le ministre, cela doit "rester possible quand c'est dans l'intérêt de l'élève, et dans des cas qui doivent rester rares". Il poursuit : "La première des réponses réside dans l'accompagnement tout au long de l'année et dans les stages de soutien que nous créons (...) Autoriser à nouveau le redoublement, ce n'est pas un virage absolu mais c'est une inflexion importante qui a vocation à s'appliquer dès l'année scolaire 2017-2018".

Pourtant, le redoublement est très régulièrement remis en cause par certains spécialistes. Le Conseil national d'évaluation du système scolaire a mené une enquête et écrit : "La grande majorité des pays se sont, depuis les années 1970, ralliés à la promotion automatique des élèves d’une classe à l’autre. (...) La recherche internationale montre que le redoublement, au mieux n’a pas d’effet, ou peut s’avérer nocif pour la réussite scolaire des élèves et pour le développement de leur estime de soi".

"Déclic", "prise de conscience", "évolution"

Mais que pensent les redoublants ou les parents d'élèves ? Interrogés par RTL.fr, bon nombre d'entre eux sont beaucoup moins catégoriques et évoquent parfois un déclic dans leur scolarité ou celle de leur enfant. En France, 22% des élèves ont été contraints de recommencer une année au moins une fois avant l'âge de 15 ans, soit le double de la moyenne des pays de l'OCDE, selon le rapport PISA en 2015. Une chose est sûre, les avis sont nombreux sur ce sujet.

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Émilie*, 30 ans aujourd'hui, a redoublé la seconde mais aussi la terminale. Elle explique avoir pris part à une classe spéciale lors de sa deuxième seconde. "J'étais dans une classe avec vingt élèves, tous redoublants, qui s'étaient inscrits pour suivre cette année. Les professeurs venaient nous voir, prenaient davantage leur temps, s'assuraient que tout le monde avait compris", glisse-t-elle. Si elle a loupé son baccalauréat de peu l'obligeant à faire une nouvelle terminale, elle vante malgré tout les mérites du redoublement. "Cela m'a surtout permis d'apprendre à réfléchir, d'évoluer. Cela m'a fait prendre confiance en moi. Je savais que j'en étais capable et j'en ai pris conscience", explique-t-elle à RTL.fr.

Son redoublement a été la meilleure décision à prendre et je ne la regrette pas du tout

Un parent d'élève à RTL.fr

Si tout le monde n'a pas eu la chance de bénéficier d'une classe spécialisée, d'autres redoublements plus classiques se sont aussi montrés bénéfiques. C'est le cas pour Coralie* qui a également redoublé à deux reprises : "J'avais des lacunes et elles ont disparues. J'étais dans une période 'rebelle' et cela m'a permis d'avoir un déclic. J'ai ensuite obtenu mon bac avec mention, j'ai fait des études supérieures en commerce international... Je pense que c'est, entre autre, grâce à mes redoublements". 

Un sujet de désaccord entre enseignants et parents

Si cela est régulièrement vu comme une "punition" dans un premier temps par les élèves, les parents d'élève y sont souvent favorables. Certains en viennent même à s'opposer frontalement avec l'établissement en cas de désaccord. C'est ce qui est arrivé à Paul*, qui a bataillé pour faire redoubler son année de CM2 à sa fille. "Selon moi, elle n'était pas prête à affronter le collège.. Depuis, elle a franchi toutes les étapes, a réussi son collège et est actuellement en train de réussir son lycée. Son redoublement a été la meilleure décision à prendre et je ne la regrette pas du tout", raconte-t-il à RTL.fr.

L'école estimait pourtant qu'une nouvelle année à l'école primaire n'allait "servir à rien" et que la jeune fille allait "perdre ses repères et ses amis". Le père de famille, qui a menacé de se rendre au rectorat pour obtenir le redoublement, se rappelle alors avoir dû fournir une attention toute particulière à l'éducation scolaire de sa fille. "Je l'ai accompagnée moi-même, soir après soir, car l'école n'a pas fourni d'efforts supplémentaires", lance-t-il. Et s'il y est favorable, ce dernier prône cependant quelques modifications : "Je pense que le redoublement et l'accompagnement doivent évoluer tout en expliquant que cela n'est pas une punition". 

Une remise en cause du système

À l'opposé, certains sont beaucoup plus critiques vis-à-vis du redoublement. François*, aujourd'hui ingénieur de 25 ans, a lui aussi dû refaire sa première année de lycée. Ce dernier, qui regrette notamment que son établissement ne l'ait pas suffisamment orienté, a peu à peu lâché prise en seconde. "J'étais dans une école privée avec une option humaniste. C'était une classe plutôt littéraire, cela ne m'intéressait pas et en plus j'étais victime de harcèlement scolaire. C'est un tout qui m'a fait redoubler", relate l'intéressé.

Sa deuxième année en seconde ne change guère et demeure une nouvelle fois "mi-figue, mi-raisin". S'il confesse qu'il serait probablement passé de 9 à 6 de moyenne dans le cas contraire, François assure que "le résultat final ne correspondait pas du tout aux attentes". Pour lui, il est désormais primordial que les établissements "étudient moins les notes et plus les élèves". "Pour une personne hyperactive, victime de harcèlement scolaire... un redoublement ne changera rien. Il faut adapter au mieux les résultats à chacun. Ce ne sont que des notes, des chiffres", clame-t-il.

Le résultat final ne correspondait pas du tout aux attentes

François, qui a redoublé sa seconde

Une vision qui fait écho à celle de Martin*, professeur qui a travaillé dans cinq établissements différents. Il raconte son expérience professionnelle : "Les élèves qui redoublent n'en profitent pas, hormis quelques cas isolés. En lycée professionnel ou en général, la majorité des élèves n'ont pas saisi leur chance et ils ont attendu simplement leurs 16 ans pour ne pas être soumis à la scolarité", regrette-t-il tout en rappelant que ce n'est pas une vision "universelle" mais bien "personnelle". 

Pour lui, cette annonce de Jean-Michel Blanquer est avant tout une "mesure électoraliste". "C'est une mesure demandée par les parents d'élève, car le redoublement rassure, l'enfant peut rester à l'école", lance-t-il assurant que le redoublement n'avait pas été "interdit" sous François Hollande. Difficile pourtant d'émettre les alternatives à mettre en place : "Il faut que l'école se donne les moyens de son ambition, qu'elle arrête les 'arrangements' avec les notes, qu'on mette fin à certaines absurdités budgétaires, que l'Éducation nationale remédie au manque de moyens humains et matériels". Les effectifs d'enseignements, le nombre d'élèves par classe... Un autre sujet qui fait régulièrement débat et qui pourrait permettre de répondre, en partie, à la question du redoublement.

(*) Les prénoms ont été modifiés.

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