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Qu’est-ce que le chlordécone, ce pesticide très nocif qui a pollué les Antilles ?

ÉCLAIRAGE - Utilisé pendant près de 4 décennies dans les cultures de bananiers, ce pesticide a contaminé les sols de la Guadeloupe et de la Martinique, a conclu le rapport d'une commission d'enquête parlementaire.

Vue de la plantation de bananes de la commune de Basse Pointe, en Martinique, le 5 novembre 2005.
Vue de la plantation de bananes de la commune de Basse Pointe, en Martinique, le 5 novembre 2005. Crédit : PASCAL PAVANI / AFP
Camille Descroix
Camille Descroix
et AFP

Après 6 mois d'auditions, une commission d'enquête parlementaire a rendu ses conclusions, ce mardi 26 novembre, sur le chlordécone, un insecticide qui a contaminé les sols de Guadeloupe et de Martinique pour des décennies. L'État est "le premier responsable" de cette pollution, déplore ce rapport.

Ce produit soupçonné d'être cancérigène avait été interdit par les États-Unis en 1975. Aux Antilles il n'a pourtant disparu qu'en 1993, alors que des études montraient son aspect toxiques dès les années 60. Aujourd'hui, presque l'intégralité de la population de Martinique et de Guadeloupe sont contaminés, car le sol et l'eau sont toujours empoisonnés.

Cette dernière avait été obtenue afin de lutter contre un insecte appelé le charançon du bananier, qui a l'habitude d'affaiblir le tronc des bananiers, jusqu'à les tuer, rappellent nos confrères.

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Qu’est-ce que le chlordécone, ce pesticide très nocif qui a pollué les Antilles ? Crédit Image : RTL | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :

Un impact environnemental désastreux

Des traces de ce pesticide ont été retrouvées dans les sols, les rivières, le littoral marin mais également sur des animaux et dans les organismes des habitants.

Une pollution source d'angoisse pour la population puisque le chlordécone se retrouve aussi dans l'eau, certains légumes, viandes et poissons, entraînant des interdictions de cultiver certains produits et des interdictions de pêche, aux conséquences économiques importantes.

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Selon Santé Publique France95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais sont aujourd'hui contaminés par le produit, qui a aussi des incidences sur le développement des enfants exposés pendant la grossesse, avec une hausse des risques de prématurité notamment. Il est aussi accusé d'augmenter les risques de cancers de la prostate.

Quelle responsabilité pour l'État ?

Le gouvernement a pris conscience tardivement de ce désastre sanitaire : en septembre 2018 aux Antilles, Emmanuel Macron jugeait cette pollution "fruit d'un aveuglement collectif", dans lequel l'État "a sa part de responsabilité".

Auditionnés par la commission d'enquête, plusieurs ministres ont aussi reconnu la faute de l'État, à "une époque où la Santé publique pesait moins dans les décisions qu'aujourd'hui", a avancé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Dès 1969, les autorités françaises se sont rendues compte de la dangerosité de ce produit et malgré plusieurs alertes, venues d'experts ou d'ouvriers sur le terrain, elles ont laissé faire. En 1991, une directive de l'Union européenne retire l'homologation du produit mais deux ministres de l'Agriculture, sous François Mitterrand, accordent finalement une dérogation pour les Antilles jusqu'en 1993, explique franceinfo.

Quelles réparations ?

"Ce drame environnemental, sanitaire et économique exige donc sans délai réparation", explique Serge Letchimy, député PS de Martinique et président de la commission, qui énumère quelques unes des préconisations du rapport, comme "un plan d'ampleur de dépollution des terres pris en charge par l'État, des indemnisations à la hauteur de la crise pour les agriculteurs et pour les pêcheurs, l'analyse gratuite des sols réalisée dans un délai de cinq ans pour un budget de l'ordre de 25 millions d'euros", entre autres mesures.

Le rapport recommande aussi de faire de la recherche sur le chlordécone une priorité, notamment dans le domaine de la santé, où des questions demeurent sur le caractère cancérogène du produit, mais aussi sur les possibilités de dépolluer les sols, pour l'instant inexistantes.

En matière de réparation pour les malades, la création d'un fonds d'indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques, inscrite dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale pour 2020 récemment adopté en première lecture par l'Assemblée nationale, apporte une première réponse. Mais celle-ci est "limitée" et "incomplète", ont déploré les membres de la commission d'enquête lors des auditions.

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