2 min de lecture Consommation

Pénurie d'essences : "fuel run", ou quand la peur du manque provoque le manque

ÉCLAIRAGE - L'amplification de la pénurie de carburants dans l'Hexagone émane d'une théorie sociologique intitulée "prophétie auto-réalisatrice".

De nombreuses stations services sont fermées depuis le 19 mai faute d'approvisionnement
De nombreuses stations services sont fermées depuis le 19 mai faute d'approvisionnement Crédit : AFP
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
Journaliste

"Fuel run" ressemble au nom d'un jeu vidéo de course automobile, mais il s'agit en fait d'une ruée, bien réelle, vers les pompes à essence. Depuis le 19 mai, les stations services font face à un manque d'approvisionnement, généré par le blocage des huit raffineries françaises. Ce blocage a été voulu par la CGT, qui appelle à une mobilisation massive contre la loi Travail. 

La ruée vers l'or noir a commencé, et les Français paniquent face au manque de carburant. Si le manque d'approvisionnement est bien réel et que la France puise dans ses réserves comme tel est le cas depuis deux jours, la panique des automobilistes ne fait qu'amplifier le phénomène. En sociologie, ce lien de cause à effet a un nom : la prophétie auto-réalisatrice. "C'est quand il suffit d'anticiper quelque chose pour que cela arrive", explique en toute simplicité Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de la banque Natixis, au Huffington Post.

"Fuel run" après "bank run"

L'expression "fuel run" désigne la course aux carburants actuellement vécue dans l'Hexagone. Elle a pour conséquence l'épuisement des ressources pétrolières après un afflux massif des automobilistes en panique. "Fuel run" est un dérivé de "bank run" - course aux banques -, expression utilisée pour traiter de la pénurie de billets dans certaines banques après des retraits massifs, comme lors de la crise de la dette grecque en 2011 ou dans l'affaire de la Northern Rock Bank (Royaume-Uni), comme le rappellent nos confrères du Huffington Post.  
Le "fuel run" provoque la prophétie de la panique auto-réalisatrice : les automobilistes craignent la pénurie tandis qu'ils doivent se rendre au travail, emmener les enfants à l'école, assurer ses déplacements professionnels, partir en vacances... Ils se ruent alors sur les pompes à essences, mais ce réflexe qui, a priori, obéit au bons sens, crée un déséquilibre entre le besoin réel - surestimé au vu de la pénurie - et l'offre. Ne pas céder au mouvement moutonnier et opter pour un recours réfléchi aux stations-service permettra peut-être de répondre le plus calmement possible à la panique, sans avoir à faire face, dans 96 jours, à l'assèchement total des réserves de carburant.

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