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Paris : comment la Ville souhaite endiguer le fléau du crack

Face au fléau du crack dans le nord-est de la capitale, la Ville et la préfecture de police veulent mettre en place un nouveau plan afin de mieux accompagner les usagers.

Un tag à Porte de la Chapelle à Paris
Un tag à Porte de la Chapelle à Paris Crédit : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau
et AFP

Accompagner les usagers, renforcer les places d'hébergement, créer un groupe d'enquêteurs... Un nouveau plan de lutte contre le crack à Paris veut endiguer ce fléau dans le nord-est de la capitale.

Il faut dire que dans les environs de la "Colline", véritable repaire pour les personnes dépendantes situé près du périphérique porte de la Chapelle, le crack, dérivé fumable de la cocaïne, poursuit ses ravages alors que six morts ont déjà été recensés depuis le début de l'année. 

En octobre dernier, Anne Hidalgo avait pourtant annoncé le déblocage avec l'Agence régionale de santé (ARS) d'un million d'euros pour assurer la prise en charge des toxicomanes, en augmentant le nombre de maraudes des associations et le financement de lieux d'hébergement spécifiques.

Pour aller plus loin, un nouveau plan, signé ce lundi 27 mai et élargi aux préfectures de police et région et à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), vise notamment à "favoriser le parcours de soins" des toxicomanes et "renforcer les capacités d'hébergement et d'espaces de repos".

3 millions d'euros sur la table

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Un espace de repos en container qui offrira douche, WC et sanitaires doit notamment être mis en place sur la "Colline". "Dormir quelques heures, ça espace les prises de fait", explique l'adjointe en charge de la santé à la mairie de Paris, Anne Souyris (EELV).

Le plan prévoit aussi l'ouverture de 60 places de mises à l'abri à l'hôtel et la pérennisation de 80 places d'hébergement, un renforcement des maraudes dans la rue ou les rames de métro, une équipe dédiée à la médiation avec les riverains, ainsi que la "création d'un groupe d'enquêteurs" spécialisés.

En tout, 3 millions d'euros sont mis sur la table en 2019 pour financer la lutte anti-crack. Ce nouveau plan sera, lui, sera déployé jusqu'en 2021. 

On a tout dans ce plan, sauf l'indispensable

Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction
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Depuis plusieurs semaines, "on arrive à orienter plus de personnes vers des hébergements", témoigne Léon Gomberoff, directeur du centre d'accueil d'usagers de drogues "Espoir Goutte d'Or" dans le XVIIIe arrondissement. "On a une maraude sept jours sur sept contre uniquement deux fois par semaine auparavant", explique ce psychologue.

Un lien quotidien essentiel pour aborder des personnes souvent en errance, dont la méfiance est exacerbée par les bouffées paranoïaques dues au crack. "Avoir des maraudes, des espaces de repos et plus d'hébergements c'est nécessaire, mais il manque des espaces de consommation", nuance Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction. Et de dénoncer : "On a tout dans ce plan, sauf l'indispensable".

L'actuelle "salle de consommation à moindre risque" dans le Xe arrondissement, encore surnommée "salle de shoot", a démontré ses effets mais n'est ouverte qu'aux héroïnomanes, pas aux seuls fumeurs de crack. C'est pourquoi, selon Nathalie Latour, celle-ci ne suffit plus.

Vers l'ouverture d'une nouvelle salle ?

Attendu depuis des mois, l'arrêté du ministère de la Santé qui autoriserait la création de nouvelles salles et en ouvrirait l'accès aux "crackeurs" tarde à venir. Pourtant, "c'est dans ce cadre-là qu'on peut créer du lien, qu'on peut éviter d'avoir des lieux comme Stalingrad ou la 'Colline' et qu'on peut permettre aux gens d'éviter de consommer dans des mauvaises conditions et d'aggraver le phénomène de 'craving' (manque, ndlr)", argue Nathalie Latour.
 
Relayée par plusieurs médias, la rumeur d'ouverture d'une nouvelle salle est démentie par la mairie de Paris, même si l'entourage d'Anne Hidalgo reconnaît le bilan "très positif" du premier dispositif. Un point sur l'expérimentation doit être fait "à la rentrée", par un groupe de travail qui doit "regarder s'il y a un besoin de nouvelle salle".

"Il n'en est pas question", martèle de son côté Emmanuel Grégoire. Les lieux de repos prévus par le plan "ne sont pas des lieux de consommation mais des lieux d'accueil bienveillants", insiste le premier adjoint. Toutefois, une "zone de tolérance" pour fumer du crack autour de certains lieux de repos avec une présence plus souple de la police est envisagée, assurent plusieurs sources. 

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Enquête sur la "colline du crack" à Paris Crédit Image : dailymotion | Crédit Média : M6 | Date :
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