3 min de lecture Notre-Dame de Paris

Notre-Dame : un an après l'incendie, où en est le plan "sécurité cathédrales" ?

Mis en place par le ministère de la Culture en octobre 2019, le plan "sécurité cathédrales" a été lancé afin d'éviter que ne se reproduise un drame tel que l'incendie de Notre-Dame. Selon les experts, ce plan risque d'être insuffisant.

Notre-Dame : un an après l'incendie, où en est le "plan sécurité des cathédrales ?
Notre-Dame : un an après l'incendie, où en est le "plan sécurité des cathédrales ? Crédit : Philippe LOPEZ / AFP
Marie Gingault et AFP

On a encore en tête les images des flammes ravageant la cathédrale Notre-Dame de Paris. À la suite de ce sinistre survenu le 15 avril 2019, le ministère de la Culture a mis en place le plan "sécurité cathédrales", afin d'éviter qu'un tel événement ne se reproduise.

Quelques jours après l'incendie, le ministre de la Culture Franck Riester, avait ordonné un état des lieux "très précis" des systèmes de sécurité des 86 cathédrales, deux basiliques et une église dont l'État est propriétaire. Depuis, le plan "sécurité cathédrales" a été adopté. Celui-ci est doté de 2 millions d'euros en 2020, qui s'ajoute aux 40 à 45 millions d'euros affectés annuellement aux cathédrales.

On y retrouve les problématiques apparues à Notre-Dame. La première consigne est de "porter une attention toute particulière aux installations électriques et aux procédures mises en oeuvre à l'occasion de travaux". Mais aussi de "réduire les risques de propagation" du feu, "faciliter l'action des sapeurs-pompiers", ainsi que "mettre en place un plan de sauvegarde des biens culturels", et enfin "renforcer la formation des acteurs sur la sécurité incendie".

La plupart des incendies qui se déclarent chaque année dans les églises et cathédrales françaises ne sont pas la conséquence d'actes criminels. Les installations électriques défectueuses sont à l'origine de quelque 30% des sinistres. Les départs de feu surviennent assez souvent lors de chantiers : une soudure mal réalisée, une combustion lente non détectée ou un projecteur trop près de la charpente. Mais aussi des cartons de cierges sous un présentoir à bougies ou encore des appareils au gaz derrière de simples rideaux.

Sept cathédrales avaient un avis défavorable début 2020

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Les missions de sécurité-sûreté sont composées de pompiers et de policiers détachés au ministère de la Culture. Tous les cinq ans depuis 1996, ils font des audits. Au début de l'année 2020, les commissions de sécurité qui vérifient les conditions de l'accueil du public, ont donné un avis défavorable pour sept cathédrales.

À Grenoble et à Sées (dans l'Orne), les problèmes sont liés à l'environnement immédiat. En ce qui concerne Saint-Etienne de Toulouse, une sortie de secours passe par la sacristie, où se trouve le trésor. Tandis qu'à Évreux, Bourges, Tulle et Saint-Brieuc, des mises aux normes étaient en cours lorsque la France a été touchée par l'épidémie de coronavirus.

La situation est très changeante d'un site à l'autre. À Rennes par exemple, la cathédrale a récemment été restaurée. Conséquence, elle est désormais dotée d'un système dernier cri, avec des détecteurs de fumée à laser. Cependant, quel que soit leur état de départ, toutes les cathédrales doivent respecter des seuils règlementaires, et s'efforcer d'aller au delà. Mais parfois le "clochemerle" complique tout : bisbilles entre mairie, diocèse, architectes, entrepreneurs et commerçants, ne facilitent pas les choses.

2 millions d'euros suffiront-ils ?

Le ministère indique que sous les mots clés : sécuriser, protéger, évacuer, seulement une vingtaine de plans ont été achevés. Également problématique, les priorités qui différent entre les conservateurs régionaux et les SDIS (Services départementaux d'incendie et de secours). Si les premiers sont plus attachés à la fidélité ou au patrimoine, les pompiers préfèrent quant à eux savoir où sont les oeuvres prioritaires et comment les enlever. Fin 2020, un nouveau bilan des travaux devrait être effectué.

Selon Henry Masson, président du "collège des monuments historiques", un groupe d'experts des professions concernées, la connaissance de ces édifices très complexes. Les relevés qui sont les "outils de base", requièrent beaucoup de "travail, temps et argent". "Mais la question de fond est la présence humaine : quelqu'un qui connaisse très bien l'édifice" et puisse veiller sur lui. Or, le ministère ne prévoit pas d'embaucher des gardiens. "Où ça sonne ? Chez qui ? Qui intervient ? Quel délai entre alarme et intervention ?" : seule cette présence humaine peut le savoir et l'assurer, observe Henry Masson. Selon lui ce sont ces dysfonctionnements humains qui ont aggravé le sinistre de Notre-Dame.

Maxime Cumunel de l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR) salue le plan de Franck Riester mais déplore "le manque d'un état des lieux réel". "2 millions d'euros, j'ai un gros doute que cela suffise. Et qu'en est-il des autres cathédrales, du Panthéon, de la Sainte-Chapelle ? Il faudrait un plan d'action, un objectif, un état des lieux, une feuille de route, un budget, un calendrier".

Pour le ministère, la politique d'entretien de ses cathédrales ne doit pas que préserver le passé mais être tournée vers l'avenir, avec des restaurations audacieuses et l'adjonction de projets contemporains, comme dans la restauration du portail polychrome de Saint-Maurice d'Angers.

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