5 min de lecture Terrorisme

Magnanville : Larossi Abballa a revendiqué ses meurtres en direct sur Facebook Live

La diffusion en direct sur Facebook Live de la revendication du double meurtre de Magnanville et de l'allégeance du tueur à l'État islamique pose à nouveau la question de la responsabilité des plateformes qui hébergent les flux de vidéo en direct.

Larossi Abballa, sur le Facebook Live de revendication du double meurtre de Magnanville
Larossi Abballa, sur le Facebook Live de revendication du double meurtre de Magnanville Crédit : Capture d'écran
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Il n'y a pas que dans l'horreur qu'"un cap a été franchi" à Magnanville lundi 13 juin, comme l'a déclaré Manuel Valls devant l'Assemblée nationale au lendemain du meurtre à leur domicile de Jean-Baptiste Salvaing, commandant de police, et de sa compagne Jessica Schneider, secrétaire administrative de la direction générale de la police nationale, par un homme se réclamant de Daesh. Un tournant s'est également opéré dans la communication jihadiste, fournissant une preuve supplémentaire de l'adhésion des terroristes aux dernières innovations technologiques accessibles du grand public. 

Selon les constatations du journaliste de RFI David Thomson, confirmées mardi 14 juin par le procureur de la République de Paris François Molins, Larossi Abballa a revendiqué ses actes et prêté allégeance à l'organisation État islamique à la faveur de l'application Facebook Live, une fonctionnalité similaire à Periscope lancée ces dernières semaines par le réseau social permettant de diffuser en direct sur leur profil des vidéos filmées avec leur mobile. Cet outil lui a permis de signer et de médiatiser quasi-instantanément ses meurtres avant d'être abattu par les hommes du Raid.

Retranché au domicile de ses victimes, le Français de 25 ans a diffusé une vidéo de douze minutes à partir de 20h52 sur un profil Facebook répondant au nom de "Mohamed Ali", comme le montre une capture d'écran publiée sur Twitter par David Thomson. Rendue inaccessible sur Facebook mardi matin, elle a été à nouveau publiée sur YouTube mardi en milieu d'après-midi par l'agence de presse de Daesh, Amaq, délestée des passages montrant le cadavre de la fonctionnaire de police et son enfant de trois ans, et retweetée par des centaines de sympathisants de Daesh.

Un appel au meurtre d'une dizaine de personnalités publiques

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Décrit comme "très calme et souriant" par le journaliste spécialiste des questions jihadistes, Larossi Abballa "commence son enregistrement en prêtant allégeance au chef de l'État islamique Abou Bakr al-Baghdadi puis il s'adresse aux musulmans leur affirmant que le jihad est obligatoire parce qu'il est défensif". Il continue en expliquant "qu'il faut mener des attaques comme l'a demandé le cheikh Abou Mohammed Al-Adnani", porte-parole de l'EI, dans un message diffusé peu avant le début du ramadan appelant à des attaques contre les Etats-Unis et l'Europe pendant le mois du ramadan.

Filmé à l'intérieur de la maison de ses victimes alors que leur enfant s'y trouve encore, "il dit avoir tué un policier et sa femme". Puis il enjoint "à attaquer des policiers, des journalistes, des personnalités publiques, des gardiens de prison et des rappeurs", poursuit le journaliste, précisant qu'"une dizaine de personnalités publiques" sont citées. "Nous allons faire de l'Euro un cimetière", menace ensuite Larossi Abballa, quatre jours après le début de la compétition.

"Il demande à ses 160 abonnés et plus particulièrement à ses contacts de l'EI de faire le communiqué de revendication de son attaque, ce qui explique la rapide revendication par l'EI via l'agence Amaq", explique David Thomson, qui faisait partie de ses abonnés sans le connaître personnellement. Toujours sur ce compte Facebook, il a posté des photos de ses victimes, parmi lesquelles une photo du policier en tenue et une autre du corps de cette fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. 

La vidéo est restée en ligne plusieurs heures

Après la diffusion, la vidéo est restée accessible une dizaine d'heures sur son profil avant d'être rendue inaccessible mardi en début de journée. Entre temps, au cours de la nuit, l'État islamique a revendiqué le meurtre du couple de fonctionnaires de police par l'intermédiaire de son agence Amaq, via un bref communiqué relayé sur Twitter.

Twitter a aussi été le théâtre de la diffusion de photographies de la scène du crime et des corps des victimes qui ont probablement été publiées initialement sur le profil Facebook au nom de Mohamed Ali, a également constaté David Thomson. Ces publications ont poussé la police nationale à appeler dans la soirée les internautes à ne pas contribuer "à la diffusion de photos malveillantes" et à les signaler sur la plateforme gouvernementale Pharos. 

Les défis de la vidéo en direct

Facebook a affirmé mardi "travailler en étroite collaboration avec les autorités françaises qui enquêtent sur ce terrible crime. Les terroristes et les actes de terrorisme n'ont pas leur place sur Facebook. Chaque fois qu'un contenu à caractère terroriste nous est signalé, nous le supprimons aussi vite que possible. Nous traitons les requêtes en application de la loi avec la plus haute urgence", assure le réseau social, désireux de maintenir une plateforme ouverte tout en empêchant la promotion de la violence. Facebook reconnaît néanmoins faire face à "des défis propres au contenu et à la sécurité des vidéos en live" et "travailler dur pour trouver un juste équilibre entre permettre la liberté d'expression et offrir un espace sûr et respectueux".

Taxés d'immobilisme face aux contenus terroristes, Facebook, Twitter, Microsoft et YouTube ont signé en mai dernier un code de bonne conduite devant l'Union européenne les engageant à lutter contre les propos haineux sur leurs plateformes. Ces plateformes se sont notamment engagées à effectuer leur travail de modération en moins de 24 heures, à savoir "examiner la majorité des signalements valides" des internautes et, le cas échéant, de "supprimer ou rendre inaccessibles" les contenus haineux. Une modération a posteriori sans surveillance active qui n'empêche pas les contenus diffusés en direct d'être accessibles au plus grand nombre avant d'être supprimés.

Parce qu'ils offrent la capacité à des centaines de millions de personnes de diffuser des contenus vidéo en direct depuis leur téléphone, Facebook Live et Periscope sont le théâtre de débordements violents depuis plusieurs semaines. Le 10 mai dernier, une jeune femme de 19 ans a mis fin à ses jours en direct en se jetant sur les rails du RER D dans une gare de l'Essonne le smartphone à la main, diffusant un flux vidéo sur l'application Periscope devant près de 1.000 spectateurs. Aux États-Unis, une jeune femme de 18 ans a été inculpée fin mars pour avoir filmé et diffusé en direct le viol d'une de ses amies sur Periscope. Outre-Atlantique toujours, la police enquête depuis début avril sur une tentative d'assassinat diffusée en temps réel sur Facebook Live.

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2016-06-14 19:12:00
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