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Lourdes : les évêques réfléchissent à une prévention de la pédophilie

Les évêques réfléchissent à des moyens de prévenir d'éventuels cas de pédophilie au sein de l'Église.

Des évêques à Lourdes, en novembre 2014.
Des évêques à Lourdes, en novembre 2014. Crédit : REMY GABALDA / AFP
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et AFP

Réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière de printemps, quelque 120 évêques ont réfléchi, avec l'aide de deux experts, à la prévention de la pédophilie dans le clergé. Il y a quinze ans, les premières affaires avaient ébranlé l'Église, mais depuis l'épiscopat français a été largement renouvelé, d'où la nécessité de retravailler sur cette question. 

"En 2000, tout un travail avait été accompli qui avait abouti à une déclaration unanime des évêques. Mais 85 évêques d'aujourd'hui ne l'étaient pas à l'époque. Il nous a paru important de retravailler avec eux", explique à l'AFP Mgr Stanislas Lalanne, qui anime une "cellule de veille" sur ce dossier.

L'actuel évêque de Pontoise occupait le poste exposé de porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF) quand l'abbé René Bissey a été condamné par la cour d'assises du Calvados, en octobre 2000, à 18 ans de réclusion pour des viols, atteintes sexuelles ou corruption de 11 mineurs.

Un mois après, l'assemblée plénière des évêques avait adopté une déclaration remarquée. Sans ambiguïté sur le sort des "prêtres coupables d'actes à caractère pédophile", qui "doivent répondre de ces actes devant la justice". Et affirmant que l'évêque lui-même "ne peut ni ne veut rester passif, encore moins couvrir des actes délictueux".

Un évêque condamné pour non dénonciation de crime

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Quelques mois plus tard, Mgr Pierre Pican, alors évêque de Bayeux et supérieur de l'abbé Bissey, était condamné à trois mois de prison avec sursis pour non dénonciation des faits commis par le prêtre. Il avait plaidé l'option de conscience liée au secret professionnel des ministres du culte, autrement dit celui de la confession, ce qui n'avait pas suffi à le faire relaxer. Signe tout de même d'une prise de conscience de l'épiscopat face aux souffrances des victimes, il n'avait pas fait appel de sa condamnation.

"Aujourd'hui, les choses sont claires, il y a vraiment unanimité des évêques", affirme Mgr Lalanne, évoquant le travail de prévention, la formation des éducateurs travaillant au contact de mineurs, ou l'accompagnement des victimes. L'Eglise de France a été moins médiatisée sur ces questions que celles d'Irlande, d'Espagne ou des Etats-Unis ces dernières années, même si la condamnation en décembre 2011 d'un religieux des Béatitudes a mis en lumière la fragilité de la situation, notamment dans les communautés dites nouvelles.

Le pourcentage de prêtres (pédophiles) est très minime.

Mgr Lalanne
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"Le pourcentage de prêtres (pédophiles) est très minime. Ce n'est pas une raison pour dire que ce n'est pas grave, cela requiert une vigilance de tous les instants", estime Mgr Lalanne qui, en l'absence de statistique, estime à "peut-être une vingtaine, une trentaine de cas" le nombre de prêtres mis en examen ou écroués pour de tels faits. "On ne peut pas s'en satisfaire", ajoute l'évêque.

L'Eglise de France a publié en 2002 une sorte de vademecum à l'usage de ses éducateurs, "Lutter contre la pédophilie". Des directives claires sont venues de Rome, sous Benoît XVI déjà, puis avec le pape François qui, il y a quelques semaines, a créé une commission ad hoc. "Il a été extrêmement clair: tolérance zéro", se réjouit Mgr Lalanne. 

"C'est très important parce qu'on n'imagine pas toujours les effets terribles sur les enfants victimes, qui perdurent quand ils sont adultes. Il y a 25 ans on pouvait dire 'c'est grave mais on va soigner, déplacer la personne coupable'. Non, les dégâts sont très importants", fait valoir l'évêque.

Le secret professionnel ne doit pas être un rempart

"Maintenant, il est bien admis que le secret professionnel ne peut pas être un rempart pour dire, chez les évêques, 'ne venez pas vous mêler de nos affaires'", explique Olivier Echappé, invité cette semaine à Lourdes en tant qu'expert.

Ce magistrat n'a toutefois pas caché la complexité juridique du dossier, droit canonique -celui de l'Eglise- et droit pénal ne disant pas exactement la même chose, en fonction de l'âge de la victime, du statut de la personne impliquée (clerc ou laïc). Il faudra bien d'autres assemblées d'évêques pour démêler cet écheveau: il est déjà prévu que la prochaine, en novembre, revienne sur le sujet.

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