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Les Prêtres censurés dans le métro parisien, la cathosphère indignée

La RATP et sa régie publicitaire ont censuré une affiche du groupe Les Prêtres dans le métro parisien au motif qu'elle affichait la mention "au bénéfices des chrétiens d'Orient". Les milieux catholiques crient à l'intégrisme laïc.

Le groupe "Les prêtres" en concert à Marseille en 2010
Le groupe "Les prêtres" en concert à Marseille en 2010 Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
et AFP

Après les assiettes des écoliers, les cheveux des puéricultrices de crèches, les bancs de l'université et les halls des hôtels de ville, le principe de laïcité s'invite dans les couloirs du métro parisien. Comme Serge Gainsbourg ou Stéphane Guillon avant lui, le groupe Les Prêtres a vu ses affiches faisant la promotion d'un concert censurées par la RATP et sa régie publicitaire à cause d'une mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient". Le spectacle, qui doit se tenir le 14 juin à l'Olympia, à Paris, est en effet destiné à récolter des fonds au profit de cette population violemment réprimée par l'État islamique au Moyen-Orient.

La RATP invoque le principe de neutralité du service public

La production du trio musical créé par le médiatique Mgr Jean-Michel Di Falco, ancien porte-parole de la Conférence des évêques de France, avait prévu de mentionner par un bandeau, sur l'affiche annonçant sa venue à Paris que ce concert était organisé au bénéfice des chrétiens d'Orient. Mais la RATP et sa régie publicitaire, Metrobus, ont demandé au producteur, TF1 Entreprises, de supprimer cette mention. Dans un communiqué diffusé mercredi, elles invoquent le "principe de neutralité du service public" dans "le contexte d'un conflit armé à l'étranger" pour expliquer leur décision.

Depuis, l'incompréhension domine au sein des milieux catholiques qui cirent au dévoiement de la laïcité. "Je ne comprends pas ce refus", a expliqué à l'AFP Mgr Di Falco, désormais évêque du diocèse de Gap. "Ce n'est pas prendre partie dans un conflit à l'étranger que de vouloir venir en aide à des populations en danger, qu'elles soient chrétiennes, musulmanes ou  autres", a-t-il fait valoir. L'évêque s'étonne en outre de la raison invoquée mercredi par la RATP et Metrobus, à savoir le contexte international plutôt que la laïcité. 

"Dans un mail envoyé auparavant, Metrobus dit clairement que c'est en raison du caractère religieux de la mention des chrétiens d'Orient que les affiches ne pouvaient être apposées en l'état", indique-t-il. "Il ne faut pas confondre la laïcité, que nous respectons, et un intégrisme laïque qui devient une chasse aux sorcières grotesque et ridicule. Jusqu'où ça va aller?" s'interroge Mgr Di Falco. 

La cathosphère enrage

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L'affaire a suscité ces dernières heures beaucoup de réactions dans la "cathosphère" et sur les réseaux sociaux. Plusieurs responsables politiques franciliens sont montés au créneau sur Twitter. Le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi se pose "en défenseur de la République laïque, mais quand la RATP interdit la référence aux chrétiens d'Orient que Daesh massacre [il est] scandalisé". L'ancienne ministre Valérie Pécresse exprime son "incompréhension totale face au refus de la RATP d'afficher au profit des chrétiens d'Orient. Leur sort émeut pourtant le monde entier", écrit-elle dans un tweet affublé du hashtag #faute. Elle indique saisir le président de la RATP en sa qualité d'élue du syndicat des transports d'Île-de-France.

La tonalité est la même du côté de l'association humanitaire L'Oeuvre d'Orient demande à la RATP de revoir sa position. Dans un article intitulé "La RATP préfère-t-elle Gleeden aux chrétiens d'Orient", l'hebdomadaire catholique La Vie s'étonne de cette censure alors que la RATP avait autorisé la campagne publicitaire de Gleeden, un site de rencontres extraconjugales, qui avait scandalisé les milieux conservateurs catholiques ces dernières semaines. Le site Riposte catholique, proche des milieux d'extrême-droite dénonce de son côté un "laïcisme en pleine semaine Sainte", "symptomatique de la haine à l'égard de la religion catholique" et rappelle que "des affiches vantant le Secours islamique de France" avaient été autorisées.

L'évêque de Gap a aussi reçu le soutien du député PRG des Hautes-Alpes Joël Giraud, peu suspect de vouloir transiger avec le principe de laïcité. "J'ai été sidéré par une telle décision, car je ne vois pas en quoi un concert qui a pour objet de venir en aide à un peuple victime d'un génocide que dénonce avec force le gouvernement peut être une entorse à la laïcité", écrit le parlementaire dans ce courrier. Interrogé par Libération, l'Observatoire de la laïcité estime pour sa part qu'il s'agit "d'une interprétation excessive".

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