3 min de lecture Attentats en France

La prise d'otages de Paris relance la polémique franco-israélienne

Alors que Benjamin Netanyahu assure qu'Israël est leur foyer, pour Manuel Valls "la France sans les juifs de France n'est pas la France".

Manuel Valls le 10 janvier 2015 à porte de Vincennes.
Manuel Valls le 10 janvier 2015 à porte de Vincennes. Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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La prise d'otages meurtrière ayant visé un supermarché casher de Paris relance la polémique franco-israélienne, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu estimant que le "foyer" des juifs est en Israël tandis que son homologue français Manuel Valls assure que la place des juifs de France est en France.

Au lendemain du meurtre de quatre juifs, le chef du gouvernement français, venu avec de nombreuses personnalités politiques, religieuses et associatives Porte de Vincennes sur les lieux du drame a voulu tenir un discours tout d'abord compassionnel : "Les juifs de France, depuis de nombreuses années, ont peur", proclamant aussi "nous sommes tous aujourd'hui Charlie, tous policiers, tous des juifs de France"."La France, sans les juifs de France, n'est plus la France", a-t-il aussi ajouté.

Pour Manuel Valls, il s'agissait de prendre le contrepied de son homologue israélien Benjamin Netanyahu, présent ce dimanche pour la marche républicaine, qui avait lancé plus tôt dans la journée : "A tous les juifs de France, tous les juifs d'Europe, je vous dis : Israël n'est pas seulement le lieu vers lequel vous vous tournez pour prier. Israël est votre foyer".

Une polémique pas si nouvelle

Polémique nouvelle ? C'est en fait l'exacte réplique d'une passe d'armes verbales, en octobre 2012, entre le président François Hollande, et le chef du gouvernement israélien, quelques mois après la tuerie perpétrée par l'islamiste Mohamed Merah à Toulouse dans le sud-ouest qui avait visé des juifs. "Venez en Israël!", avait déjà plaidé le Premier ministre israélien. "La place des juifs de France, c'est d'être en France", avait rétorqué le chef de l’État français, s'engageant à "pourchasser, poursuivre et éradiquer l'antisémitisme".

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L'attaque du supermarché de la porte de Vincennes n'a pas qu'achevé dramatiquement trois jours d'horreur en France. Elle fait suite à plusieurs attaques qui ont touché la communauté juive ces dernières années : la torture, pendant trois semaines, d'Ilan Halimi en 2006, qui avait succombé à ses blessures, le meurtre de trois enfants et un enseignant dans une école juive de Toulouse en mars 2012 par l'islamiste Mohamed Merah...

Augmentation des actes antisémites en France

Selon le service de protection de la communauté juive (SPCJ), il y a eu au cours des sept premiers mois de 2014 une montée des actes antisémites en France, dont le nombre a presque doublé (+91%) par rapport à la même période de 2013.

En juillet, des cris de "Mort aux juifs" avaient aussi été lancés lors de manifestations organisées pour dénoncer l'offensive israélienne alors en cours à Gaza.

Les juifs de France troisième communauté juive au monde

Alors que cette année, pour la première fois depuis la création d'Israël en 1948, la France a été le premier pays d'émigration vers l’État hébreu avec plus de 6.600 arrivants contre 3.400 en 2013, le président de l'Agence juive Natan Sharansky s'était interrogé durant l'été, sur fond de guerre à Gaza, sur le fait de savoir "s'il y a un avenir pour les juifs en France".

Estimés à 500.000 ou 600.000 membres, les juifs de France représentent la première communauté juive d'Europe et la troisième au monde, derrière Israël et les Etats-Unis.

Depuis 1948, plus de 90.000 juifs de France ont fait leur aliyah, littéralement "la montée", vers Israël.

L'immigration des juifs de France une priorité pour Israël

L'immigration des juifs de France est même devenue une priorité pour les autorités israéliennes, dans un climat d'inquiétude sur une montée de l'antisémitisme en Europe. Samedi soir, selon les médias israéliens, Benjamin Netanyahu aurait chargé un comité ministériel de discuter durant la semaine de moyens d'encourager cette immigration et celle des juifs européens.

Mais cet échange s'inscrit aussi dans des relations qui ont récemment connu un accroc
: le gouvernement israélien, déjà échaudé par le vote d'une résolution symbolique de reconnaissance de la Palestine votée par le Parlement français fin 2014, avait convoqué fin décembre l'ambassadeur français après le soutien apporté par Paris à un projet de résolution palestinienne à l'ONU visant à accélérer la résolution du conflit israélo-palestinien.

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