3 min de lecture Éducation nationale

L'école aggrave la ségrégation sociale

Au collège et au lycée, les meilleurs éléments sont aussi ceux qui appartiennent aux classes sociales privilégiées, selon une étude du Conseil national d'évaluation du système scolaire.

Une classe de collège (illustration)
Une classe de collège (illustration) Crédit : DAMIEN MEYER / AFP
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L'école encourage-t-elle la ségrégation sociale en France ? Elle est en tout cas  "importante" au collège et au lycée, selon une étude publiée jeudi 28 mai. Pire, certains établissements trieraient leurs élèves selon leur niveau. Pourtant, l'objectif de mixité sociale est inscrit dans la loi sur l'école de 2013. 

La ségrégation sociale mesure le degré de mixité des élèves en fonction de leur origine sociale. Son évaluation s'appuie sur les déclarations des familles lors de l'entrée de l'enfant au collège - de telles données n'existent pas pour les écoles maternelles et élémentaires.

L'étude réalisée par deux chercheurs de l'École d'économie de Paris, Son Thierry Ly et Arnaud Riegert, pour le compte du Conseil national d'évaluation du système scolaire (CNESCO), a quantifié ces ségrégations en se basant sur des données administratives collectées sur six ans par les académies, pour les établissements publics et privés du secondaire. 

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Ségrégation résidentielle

Et les effets de cette ségrégation sont dévastateurs sur les apprentissages des élèves et sur les indicateurs de cohésion sociale (croyance dans les institutions, civisme, comportements en matière de santé...). C'est ce qu'explique la sociologue Nathalie Mons, présidente du CNESCO. "Le consensus est que la ségrégation sociale est très nuisible pour les apprentissages des élèves les plus en difficulté, qu'elle renforce les apprentissages des élèves les plus favorisés et qu'elle est neutre pour les autres"

Mais elle "nuit à tous les élèves, quels que soient leur classe sociale et leur niveau scolaire, en termes de cohésion sociale, attitude citoyenne et tolérance", ajoute la sociologue. 

L'importance de la ségrégation sociale s'explique "en grande partie" par la ségrégation résidentielle (quartiers où les familles habitent), au collège comme au lycée, note l'étude, dont les conclusions définitives seront publiées à l'automne.

Les élèves triés au sein des collèges et lycées

Mais les collèges et lycées auraient aussi leur part de responsabilité. Les classes bilangues et l'option latin, que la réforme du collège prévoit de supprimer, sont un facteur "significatif" de la ségrégation sociale et scolaire. 

Dans les collèges qui proposent ces options, "la classe qui contient le plus d'élèves appartenant aux classes sociales élevées (CSP+) ou le plus de 'bons élèves' est le plus souvent une classe bilangue ou une classe latiniste", note l'étude. 

Toutefois, le regroupement des élèves ayant choisi ces options dans des classes dédiées est "loin d'être systématique", nuancent-ils. 

Importantes disparités

S'il n'y avait aucune ségrégation sociale, chaque collégien compterait dans sa classe 22% d'élèves appartenant aux catégories socio-professionnelles supérieures (chefs d'entreprise, cadres, professions intellectuelles, enseignants et professeurs des écoles). Or aujourd'hui, un élève issu d'un famille CSP+ en compte 34% et les autres élèves seulement 18%. 

Ces taux moyens cachent d'importantes disparités. Quelque 5% des collèges comptent 3% ou moins d'élèves CSP+, et à l'inverse, 5% de collèges ont une proportion d'élèves issus des classes aisées trois fois supérieure à la moyenne nationale.

Moins de ségrégation à la campagne

Cette faiblesse de la mixité sociale se retrouve surtout dans les zones urbaines, car les établissements en zone rurale recrutent sur un rayon plus important. À la campagne, tous les enfants d'un même secteur, quel que soit leur milieu, vont dans le même établissement car il n'y en a qu'un. 

S'il n'y avait pas de ségrégation scolaire, les meilleurs élèves (ceux qui n'ont jamais redoublé et se situent dans le quart supérieur des résultats au brevet en fin de 3ème) devraient représenter 22% dans une classe. Or les meilleurs élèves comptent 36% de très bons élèves dans leur classe et les autres seulement 18%.

Les inégalités s'aggravent au lycée

Cette ségrégation s'accroît fortement lors du passage au lycée en raison de l'orientation, puisque souvent les élèves les plus faibles vont en lycée professionnel.

Le CNESCO est un organisme indépendant créé en 2013 et chargé d'évaluer l'organisation et les résultats du système scolaire.

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Au collège et au lycée, les meilleurs éléments sont aussi ceux qui appartiennent aux classes sociales privilégiées, selon une étude du Conseil national d'évaluation du système scolaire.
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2015-05-29 12:42:00
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