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Journée mondiale de lutte contre le sida : les idées reçues ont encore la vie dure

INTERVIEW - Charles Roncier est rédacteur en chef adjoint du site vih.org. En cette journée mondiale de lutte contre le sida, il revient pour RTL.fr sur les idées reçues qui entourent encore la maladie et le virus.

Sida : les idées reçues ont encore la vie dure
Sida : les idées reçues ont encore la vie dure Crédit : YASUYOSHI CHIBA / AFP
Charlie Vandekerkhove
Charlie Vandekerkhove
Journaliste RTL

Chaque année, le 1er décembre, a lieu la journée mondiale de lutte contre le VIH/sida. À cette occasion, les derniers chiffres sont publiés. Cette année, on apprend par exemple que le sida est la première cause de mortalité chez les adolescents en Afrique, et la deuxième au niveau mondial. Selon l'Unicef, depuis 2000, le nombre d'adolescents morts des suites du sida a même été multiplié par trois. En France, les contaminations au VIH ne baissent pas, et on les évalue, pour l'année 2014, à 6.600 cas, d'après l'Institut de veille sanitaire.

Mais derrière les chiffres, beaucoup d'idées préconçues continuent d'être véhiculées, sur les personnes vivant avec le VIH, sur les modes de transmission du virus, mais aussi sur les termes eux-mêmes, VIH et sida. Charles Roncier est rédacteur en chef adjoint du site vih.org, un portail d'informations animé par des journalistes spécialisés et des scientifiques. Âgé de 38 ans, il vit avec le VIH depuis plus de 15 ans. Pour RTL.fr, il commente quelques-unes de ces idées reçues.

Idée reçue n°1 : "Le sida et le VIH, c’est la même chose"

Les termes de "VIH" et "sida" sont régulièrement et faussement assimilés. Si les deux sont évidemment liés, ils ne renvoient pas à la même chose. Le VIH est le virus de l'immunodéficience humaine, celui dont sont infectées les personnes séropositives, et celui dont il est question quand on parle du nombre des contaminations. Le sida est la phase tardive de l'infection à VIH. Elle se caractérise par la perte progressive des défenses immunitaires de l'organisme. Si l'on meurt des suites du sida, on ne meurt pas du sida à proprement parler. Comme le rappelle le glossaire disponible sur le site de Sidaction, en Europe, le sida est défini cliniquement par la survenue d'une complication appartenant à une liste de pathologies, établie d'après l'observation des personnes séropositives non traitées.

"En 2015, en France, on n’a pas tellement de raison de parler de sida", explique Charles Roncier. "Des gens en meurent encore, mais en France il est plus correct de parler de personnes vivant avec le VIH, car ces personnes ne sont pas malades au quotidien". Du fait de l'évolution des traitements, l'infection à VIH tend à devenir une affection de longue durée, et n'est en tout cas plus directement mortelle pour les personnes traitées et dépistées assez tôt. "La vie des personnes infectées n'est plus ce qu'elle était ne serait-ce qu’il y a cinq ans, la recherche fait que la qualité de vie s’améliore", poursuit Charles Roncier. 

Idée reçue n°2 : "Être séropositif, c’est être condamné"

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Aujourd'hui, se découvrir séropositif, ce n'est plus être condamné, comme cela a pu être le cas à l'apparition de l'épidémie, dans les années 80. "La condamnation vient du fait de découvrir trop tard son statut sérologique", explique le journaliste. "Si on attend trop, il peut y avoir un effondrement du système immunitaire, des complications, des cancers...". Pour lui, c'est la raison pour laquelle le dépistage devrait être dédramatisé. "Se faire dépister, ce n'est pas risquer sa vie, c'est prendre soin de soi, cela doit devenir une routine, pour tout le monde", estime Charles Roncier. 

Le terme 'malade' ne correspond pas à ma réalité.

Charles Roncier, rédacteur en chef adjoint de Vih.org
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"Il est possible de vivre avec le VIH de manière relativement normale, poursuit-il. Moi j’ai une pilule par jour, qui n’a aucun effet secondaire, ma charge virale est indétectable, j’ai des problèmes bien sûr, mais ce serait indécent de me plaindre. Je suis conscient du sérieux et de la gravité de l’infection, mais je suis très conscient de ma chance de vivre avec le VIH en 2015. Je me souviens d’une fois où quelqu’un a insisté pour me qualifier de malade, je ne me vis pas comme malade, je suis contaminé mais le terme 'malade' ne correspond pas à ma réalité."

Plusieurs études, menées notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ont montré que parmi certaines catégories de populations, les personnes séropositives dépistées précocement et traitées avaient une espérance de vie égale voire parfois plus élevée que celle des personnes séronégatives, moins bien suivies médicalement.

Idée reçue n°3 : "Les personnes séropositives sont forcément contaminantes"

"Ce n'est pas très connu, mais cela pourrait changer la vision que l'on a des personnes séropositives : les personnes traitées ne transmettent plus le virus, elles ne sont plus dangereuses", explique Charles Roncier. En effet, les personnes traitées durablement ne sont plus contaminantes si leur charge virale est indétectable : c'est-à-dire quand le VIH est en trop faible quantité dans l'organisme pour être détecté par les tests de dépistage.

70% des contaminations au VIH viennent de gens qui ignorent leur propre contamination.

Charles Roncier
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D'ailleurs, comme le rappelle Charles Roncier, l'indétectabilité de la charge virale est l'un des trois piliers de la stratégie "90-90-90" fixée par l'ONUSIDA pour mettre fin à l'épidémie : le but est de faire en sorte que 90% des personnes atteintes soient dépistées, que 90% des personnes atteintes soient traitées, et que 90 % des personnes traitées aient une charge virale indétectable.

"Les personnes sous traitement n’alimentent pas l’épidémie. 70% des contaminations viennent de gens qui ignorent leur propre contamination", explique Charles Roncier. Le reste étant composé de personnes dépistées et positives au VIH mais non traitées, et dont la charge virale n'est ainsi pas contrôlée.

Idée reçue n°4 : "Dans un couple monogame, on court moins de risques"

"La plupart des contaminations ont lieu dans des couples monogames ou stables", explique Charles Roncier. Comme le dit l'un des slogans couramment utilisés dans les campagnes de prévention, la fidélité ne protège donc pas du VIH/sida. "C’est une maladie arbitraire, qui s’infiltre dans les failles, les non-dits", poursuit le journaliste.

Pour le dire autrement, le risque de contracter le VIH ne dépend pas du nombre de partenaires mais des pratiques sexuelles. C'est ce qui explique qu'il y ait une prévalence dans certaines groupes, comme chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. "Un homosexuel qui ne se protège pas a 200 fois plus de chances de contracter le VIH qu'un hétérosexuel", précise Charles Roncier. Cependant, comme il le souligne, il ne faut pas forcément se sentir protégé si l'on n'appartient pas aux catégories les plus touchées, car elles ne fonctionnent pas en vase clos : "Une communauté n'est jamais un groupe fermé, il y a des rapports humains qui font que tout le monde est concerné."

Idée reçue n°5 : "Les autotests font peur, car on est seul face au résultat"

"Les autotests permettent de toucher des gens qui n'iraient pas faire de dépistage", analyse le journaliste. "Il faut atteindre des populations hétéroclites, qui n’ont pas forcément accès à un centre de dépistage ou un médecin de famille", explique-t-il, lui qui voit dans ce moyen de dépistage, disponible sur internet ou dans les pharmacies, "un soulagement, de l’empowerment". Une prise de pouvoir, une manière de prendre sa santé en main.

Ce qui devrait faire peur aux gens, c’est ne pas savoir.

Charles Roncier
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"On dit qu'avec les autotests les gens découvrent seuls le résultat, mais dans la plupart des cas de dépistage classiques, les gens passent par des laboratoires privés, du coup ils reçoivent les résultats seuls de toute manière. Ce qui devrait faire peur aux gens, c’est ne pas savoir. Savoir doit soulager : une prise en charge précoce, c’est l’assurance de vivre une vie quasi normale, y compris sexuelle et sentimentale", insiste Charles Roncier. "Les gens sont capables de prendre soin d’eux quand on leur en donne les moyens. C’est un sujet qui n’est pas que triste, il faut que les gens prennent leurs responsabilités".

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