3 min de lecture Corse

Il n'y a pas de "racisme corse", selon les sociologues, mais un climat de tension dans toute la France

En Corse, l'agression de pompiers dans un quartier sensible, jeudi 24 décembre, a suscité une vague de manifestations à Ajaccio. Des actes islamophobes ont été perpétrés en marge de celles-ci. Les sociologues refusent de parler de "racisme corse".

Des Corses défilent à Ajaccio après les affrontements, le 27 décembre 2015
Des Corses défilent à Ajaccio après les affrontements, le 27 décembre 2015 Crédit : YANNICK GRAZIANI / AFP
Marie de Fournas

Vendredi 25 décembre, au lendemain d'une agression de pompiers dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, des Corses en colère sont descendus dans les rues. Parmi les débordements : des slogans racistes scandés par certains manifestants, comme "Arabi fora (les Arabes dehors) !" et le saccage d'une salle de prière musulmane. Des actes islamophobes propres à l'île de Beauté, selon certains. Pour les sociologues, il ne faut pas basculer dans cette idée de "racisme corse", qui masque en fait un problème national. 

Sans faire de généralités, certains médias ont décrit, lundi 28 décembre, les actes racistes perpétrés en Corse comme étant, en certains points, propres à l'île. "C’était l’occasion de surfer sur une colère de nature très insulaire, en ce sens où la "vendetta" y est une loi au-dessus de toutes les autres", peut-on lire dans l'édito de La République des Pyrénées. Pour Le Républicain Lorrain "l'affirmation identitaire constitue une force et un danger, celui du rejet de l'étranger". Le Journal de la Haute-Marne, a évoqué dans son édito "l’addition d’un mal qui ronge la France en général et d’une dérive purement insulaire en particulier", indiquant que "cela fait des décennies qu'une partie des nationalistes corses s'en prend à tout ce qui n'est pas corse". 

C'est un phénomène de concentration avec une faible mixité sociale qui engendre des tensions

Marie Peretti N'Diaye, sociologue, à propos de la Corse
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Pour les sociologues, il y a bien certains facteurs régionaux à prendre en compte dans les dérives racistes qui ont eu lieu ce vendredi. Marie Peretti N'Diaye, sociologue et auteure de l'ouvrage Le racisme en Corse : quotidienneté, spécificité, exemplarité, a évoqué sur France Info la forte et récente urbanisation de la Corse. "En trente ans, on a vu les agglomérations ajaccienne et bastiaise absorber 67% de la croissance démographique. On a donc une inquiétude sur le développement du fait urbain et les images que les gens peuvent recevoir, via leurs téléviseurs, des violences urbaines en France font écho à cette inquiétude-là", a-t-elle expliqué.

Autre facteur régional : l'histoire de la Corse et sa forte immigration venue du Maroc et de la Tunisie. Liza Terrazzoni, sociologue au centre d'analyses et d'interventions sociologique, spécialiste des relations interethniques en Corse, a indiqué sur RTL que "la moitié de la population étrangère est de nationalité d'un des pays du Maghreb". "Une immigration concentrée dans des poches, comme sur la plaine orientale. Un phénomène de concentration avec une faible mixité sociale qui engendre des tensions", a complété Marie Peretti N'Diaye sur Médiapart. 

On est dans un climat de tension identitaire extrême en France et je crois que la Corse en est un petit peu la manifestation symptomatique

Liza Terrazzoni, sociologue
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Mais pour les deux sociologues, le racisme n'est pas plus implanté en Corse que sur le reste du territoire. "L'attaque de salle de prière : effectivement c'est spectaculaire, effectivement il y a une certaine intensité, mais il faut quand même rappeler que depuis le 13 novembre, on saccage des mosquées partout en France. Sur les murs d'Évreux il était écrit, il n'y a pas longtemps, "mort aux musulmans"", a rappelé Liza Terrazzoni. La sociologue invite plutôt à se pencher sur le climat ambiant qui règne dans toute la France. "On ne devrait pas regarder ce qui se passe en Corse dans ce qu'il y a de spécifique. On s'empêche de voir ce qu'on partage avec les Corses aujourd'hui, a-t-elle expliqué. Ce qu'on partage c'est le glissement de la société française. On est dans un climat de tension identitaire extrême en France et je crois que la Corse en est un petit peu la manifestation symptomatique".

Quant à l'arrivée des nationalistes à la tête de la région le 13 décembre dernier, Marie Peretti N'Diaye, balaye d'un revers de main tous liens avec les débordements islamophobes à Ajaccio. "Les événements ont été condamnés très vite par les responsables politiques locaux, notamment ceux qui viennent d'être élus à la tête de la région", a-t-elle indiqué sur France Info. Effectivement, le leader indépendantiste corse Jean-Guy Talamoni a affirmé sur France Inter que l'île ne pouvait pas accepter qu'il y ait des dégradations de lieu de culte. "C'est quelque chose d'absolument incompatible avec notre tradition politique, avec notre culture", a-t-il poursuivi. Concernant les slogans racistes comme "Arabi Fora" il a jugé que c'était en quelque sorte "profaner la langue corse que de s'en servir pour dire des choses pareilles".

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