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"Il faut vraiment ne pas y aller" : faut-il interdire le ski hors-piste après le week-end dramatique dans les Alpes ?

Six skieurs ont perdu la vie ce week-end dans des avalanches sur les massifs alpins, alors que le risque était classé "très élevé". Malgré des consignes, certains pratiquants ont choisi de s’aventurer hors des pistes sécurisées, relançant le débat sur une éventuelle interdiction du hors-piste.

Une piste de ski (image d'illustration).

Crédit : Hassan AYADI / AFP

"Quand on dit que le hors-piste est fortement déconseillé, il ne faut vraiment pas y aller", martèle Adrien Sauvé, directeur général adjoint de La Plagne

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Amandine Bégot & Raphaël Vantard

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Le bilan est lourd. Six personnes sont mortes le week-end du 10 janvier dans des avalanches survenues à Courchevel, Arêches, Val d’Isère, Valorcine et La Plagne. Sur l’ensemble des Alpes, le manteau neigeux était jugé "extrêmement instable", avec près d’un mètre de neige fraîche par endroits, un vent glacial et un risque d’avalanche classé à 4 sur 5. Un danger qui, selon les autorités, reste encore bien présent en ce début de semaine.

À La Plagne, l’un des drames a mobilisé une cinquantaine de secouristes après la disparition d’un skieur britannique évoluant en hors-piste. Une opération longue et périlleuse, rendue encore plus complexe par l’absence totale d’équipement de sécurité.

"Il faut vraiment ne pas y aller"

Invité de RTL Midi, Adrien Dauvet, directeur général adjoint du domaine skiable de La Plagne, a rappelé que les messages de prévention avaient été clairs et répétés. "Le ski hors-piste était fortement déconseillé depuis vendredi 9 janvier" a-t-il exprimé au micro de RTL, en raison du risque très élevé d’avalanches sur l’ensemble du massif alpin. Interrogé sur une éventuelle interdiction pure et simple du hors-piste, il s'est abstenu de trancher. 

Pour lui, cette décision relève du "pouvoir public ou du législateur". Mais sur le fond, le message est sans ambiguïté. "Il faut le bannir dans les consciences" a-t-il insisté. Lorsque le risque atteint 4 sur 5, il s’agit selon lui du niveau maximum acceptable avant une fermeture quasi totale du domaine. "Il ne faut vraiment pas y aller. Vraiment."

Des secouristes exposés à des risques majeurs

Au-delà du danger pour les skieurs eux-mêmes, les conséquences sont lourdes pour les équipes de secours. À La Plagne, pisteurs, agents des remontées mécaniques, moniteurs et moniteurs stagiaires ont été mobilisés pendant des heures pour tenter de retrouver le skieur enseveli sous une épaisse couche de neige.

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Adrien Dauvet a expliqué au micro de RTL que l'un des skieurs décedé "n’était pas équipé de détecteurs de victimes d’avalanches", obligeant les équipes à procéder à des "sondages manuels", centimètre par centimètre. D'autant plus que "le fort cumul de neige sur lui a rendu l'opération compliquée" a ajouté Luc Nicolino, le directeur sécurité de la piste. 

L'opération demande beaucoup de personnes pour localiser la victime puisqu'il faut [manuellement] sonder, à l'aide de grandes tiges, qui vont pénétrer la neige tous les 30 cm pour trouver un corps, dont on peut aussi passer à côté.

Luc Nicolino, directeur sécurité sur la piste de La Plagne

Le directeur de la sécurité des pistes, a décrit des situations humainement éprouvantes. "C’est dur par rapport à la personne et surtout l’accompagnement de tout l'entourage" a-t-il ajouté au micro de RTL. Le skieur retrouvé était enseveli sous près de 2,50 mètres de neige. "Les chances de survie diminuent très vite", soulignant qu’au-delà d’un quart d’heure, elles chutent de manière exponentielle. 

Même constat du côté des forces de l’ordre. Corentin Haussmann, chef d’escadron du peloton de gendarmerie de haute montagne de Savoie, a rappelé une règle essentielle souvent mal comprise par les pratiquants. Le hors-piste commence dès l’instant où l’on quitte une piste balisée, même si les jalons ou les remontées mécaniques restent visibles. "Quand les pisteurs ferment une piste, c’est que la piste n’a pas été sécurisée" a-t-il martelé, appelant les skieurs à la prudence et à la responsabilité. "Soyez responsables. Vous êtes les premiers acteurs de votre sécurité."

Une prévention qui ne serait plus entendue ?

Les professionnels de la montagne se sont interrogés. Adrien Dauvet a reconnu que, malgré la multiplication des messages d’alerte, ceux-ci ne semblaient pas faire l'effet escompté. "On a le sentiment que malgré tout, nos messages de prévention ne sont pas forcément entendus".

Un sentiment partagé par certains auditeurs. Au micro de RTL, l’un d’eux se dit "scandalisé" de voir des skieurs braver les interdictions : "qu’ils prennent des risques pour eux-mêmes, c’est leur problème, mais qu’ils fassent prendre des risques aux sauveteurs, c’est totalement inadmissible".

Interdire le hors-piste, une fausse bonne idée ?

Pour Louis Bodin, météorologue sur RTL, l’émotion ne doit pas conduire à des décisions radicales. S’il s'est dit "en colère" face à l’inconscience de certains pratiquants, il a refusé l’idée de restreindre un espace de liberté à cause de comportements irresponsables de certains.

Selon lui, le problème réside davantage dans une perte de sensibilité à l’environnement montagnard. "Il y a des gens qui ont l’impression d’être dans un monde virtuel, alors que le milieu reste bien réel, avec ses difficultés". Certains skieurs auraient l’illusion d’un terrain de jeu sans danger, oubliant que la montagne reste un milieu réel, imprévisible et parfois mortel. "Il y a des moments où on n’y va pas", a-t-il souligné, soulignant que la pratique du hors-piste suppose de savoir renoncer.

Alors que le manteau neigeux demeure instable et que le redoux attendu pourrait encore fragiliser les pentes. Ce lundi, à nouveau, pisteurs, secouristes et guides de haute montagne l'ont souligné : le ski hors-piste reste déconseillé pour les jours à venir.

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