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Guyane : la "Chapelle Sixtine" de l'Amazonie, un chef-d'œuvre en péril

L'église guyanaise de Saint-Joseph d'Iracoubo abrite une fresque absolument incroyable. Un trésor aujourd'hui menacé, rapporte le magazine "Géo".

Illustration de l'église guyanaise de Saint-Joseph d'Iracoubo, surnommée la "Chapelle Sixtine" de l'Amazonie
Illustration de l'église guyanaise de Saint-Joseph d'Iracoubo, surnommée la "Chapelle Sixtine" de l'Amazonie
Crédit : Psu973 / Wikimedia commons
La Revue de Presse du 29 avril 2021
03:31
La Revue de Presse du 29 avril 2021
03:31
Isabelle Choquet

Ce jeudi 20 avril, partons en Guyane à la découverte de ce qu'on appelle la "chapelle Sixtine" de l'Amazonie. C'est le surnom de l'église Saint-Joseph d'Iracoubo, église qui abrite une fresque absolument incroyable, un trésor. Et un trésor menacé, selon le site du magazine Géo

Nous voilà donc dans un petit bourg à mi-chemin entre Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni. L'église Saint-Joseph d'Iracoubo, c'est une bâtisse en bois, façade blanche, toit de tôle rouge, un petit clocher surmonté d'une croix. Une église. Rien de spécial. Mais sitôt franchie la porte, on est saisi par la beauté éclatante du lieu. Un déluge de couleurs du sol au plafond.
 
Les murs, le chœur, la nef, les piliers sont recouverts de peintures. Une symphonie polychrome où se mélangent les grandes figures religieuses. Et une imagerie populaire un peu naïve. Et un Christ en croix, bien sûr, des anges, des saints et des apôtres qui lévitent dans un feu d'artifices de motifs végétaux et de frises chatoyantes. C'est vraiment extrêmement spectaculaire. 

Un travail de bagnard

Chaque année, des milliers de touristes viennent admirer cette église, essentiellement des Guyanais, parce qu'elle est splendide, mais aussi parce qu'elle a une histoire, une histoire d'hommes. Il y a d'abord le père Prosper Raffray. Il est arrivé, lui, à Iracoubo en 1886. À l'époque, le village ne compte que 500 âmes. Il n'y a qu'un seul moyen d'y accéder par la mer. 

Le nouveau curé doit servir la messe dans un ancien hangar à coton, un endroit absolument étouffant. Il décide donc de faire construire un vrai lieu de culte. Et pour la décoration, il s'en remet à Pierre Huguet, un bagnard matricule 23.492. Il est Auvergnat. À l'époque, il n'a pas loin de 40 ans. C'est un tout petit bonhomme. Peintre en bâtiment de profession, il vient d'être condamné à vingt ans de bagne pour une série d'escroqueries et un vol avec effraction. 

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Vingt ans de bagne, mais aussi une relégation, ce qu'on appelle un "doublage" dans le jargon des prisonniers. Ça obligeait les condamnés libérés à rester en Guyane pour un temps égal à celui de leur peine. Pierre Huguet était donc là pour 40 ans. Autant dire pour la vie. Alors, il a tenté de s'évader plusieurs fois, sans succès. Et puis, le père Raffray l'a recruté pour décorer sa nouvelle église. 

Un monument à protéger

Il va s'y consacrer pendant six ans et produire ce chef-d'œuvre improbable : 600 mètres carrés de peintures éblouissantes. Pour la petite histoire, Huguet va se volatiliser sept ans plus tard, en 1900, et on ne retrouvera jamais sa trace. Probablement, il s'est fait la belle. La sixième fois était la bonne. Il a peut-être réussi à gagner l'Eldorado des évadés, le Venezuela, ou il est mort noyé, dévoré par les requins. Allez savoir. Le mystère reste entier.
 
En tout cas, sa fresque lui a survécu. Elle est même devenue monument historique en 1978. Sauf qu'aujourd'hui, cette merveille est menacée. Les soubassements et la structure sont abîmés. Le manque d'aération et l'humidité dégrade les enduits et les peintures des menuiseries sont endommagées. Il y a des fuites. L'eau coule sur les tableaux électriques.
 
On redoute un incendie à tout moment, ans oublier les termites. Bref, il y a urgence. C'est ce que dit Richard Joigny, le président de l'amicale Saint-Joseph d'Iracoubo. Sauf que la facture est salée pour un si petit village : 200.000 euros. 

Heureusement, il y a Stéphane Bern et son Loto du patrimoine. L'an dernier, l'église a été retenue parmi les cinq sites d'Outre-mer. La Fondation doit apporter théoriquement 20% de la somme totale. C'est la part de la commune, le reste étant à la charge de l'État et des affaires culturelles. Sauf que, d'après le quotidien France Guyane, depuis l'été dernier, c'est silence radio. En attendant, la fresque du bagnard commence à pâlir. Un chef-d'œuvre en péril. 

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