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"Graines de France" tente de renouer le lien entre jeunes de cités et policiers

REPORTAGE - L'association "Graines de France" organise des ateliers entre les jeunes de cités et les policiers afin de tenter de renforcer leurs liens.

Des policiers en service (illustration)
Des policiers en service (illustration)
Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Une association propose des ateliers entre jeunes de cités et policiers
04:13
Une association propose des ateliers entre jeunes de cités et policiers
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Alice Moreno

Dans les quartiers dits "sensibles" une fracture entre les adolescents et les policiers est bien présente. Entre interpellations violentes de jeunes ou guet apens tendus à des fonctionnaires, les images relayées par les médias se limitent souvent aux rapports de force entre la police et la population

Une association, "Graines de France" propose de créer des espaces d'échanges afin de renouer le dialogue. Des rencontres entre enfants et adolescents des cités avec des policiers sont alors organisées. RTL a assisté à l'une de ces journées, dans la cité de la Noé à Chanteloup-les-Vignes où 80 enfants et ados se sont réunis dans un gymnase autour de plusieurs ateliers.

L'un des groupes d'adolescents a retiré ses chaussures pour se diriger vers le tatami pour l'atelier libération de la parole. Les jeunes ont partagé leurs expériences avec la police, plus ou moins musclées. Tandis que dans une autre salle, l'ambiance était plus studieuse lors d'un atelier d'écriture : "On est en train d'écrire une histoire sur une femme qui vit dans un pays où la police n'existe plus. Elle va raconter des délits ou des crimes dont elle est témoin, pour montrer qu'elle est contre la suppression de la police." raconte une adolescente.

Des ateliers pour libérer la parole

Alors qu'elle est à l'écart, Maïa 12 ans a déjà des idées très tranchées concernant la police : "Ils sont trop violents quand ils font leur travail. Quand ils contrôlent les grands de chez nous, ils sont méchants." affirme-t-elle. Pour cette jeune fille, le rôle de la policière c'est "de nous faire sentir en sécurité, mais ils font l'inverse. On doit se défendre d'eux au lieu que ce soit eux qui nous défendent."

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Maïa a déjà vu des plus âgés se faire interpeller dans la cité. Les réseaux sociaux finissent de la convaincre : "Il y a des vidéos sur internet où il y a des violences policières." La jeune fille a même mentionné Adama Traoré ou Georges Floyd, morts pendant des interventions de police. Des affaires ancrées dans son esprit mais aussi, dans ceux de nombre de ses camarades.

Des échanges directs avec des policiers

La journée a continué avec des échanges directs avec les policiers. La foule d'enfants s'est alors mis assis en cercle sur le terrain de foot. Avec eux, des policiers municipaux et nationaux sont présents. Les questions ont fusé, sans tabou. 

"Pourquoi les policiers font des bavures policières ? Aussi, ils parlent mal quand ils nous contrôlent." demande un jeune. "Pourquoi il y a des bavures policières ? Parce que le policier, il est humain. Donc l'humain, par nature, il fait des erreurs. Sauf qu'il faut le savoir, le policier qui fait des erreurs a la double, même la triple sanction." répond une policière. Elle est brigadière cheffe de cet équipage qui intervient quotidiennement à la Noé.

Réda Didi, co-fondateur de l'association Graines de France, est aussi présent afin d'animer et de modérer les échanges : "L'idée n'est pas de leur apporter la bonne parole, c'est de leur permettre de repartir chez eux avec plus de questionnement que de réponses en se disant, s'ils ont à faire à des discours un peu caricaturaux ou essentialistes disant 'Tous les policiers sont' et bien, ne pas rentrer dans cette type de logique en disant 'Non, moi j'en ai rencontrer qui n'étaient pas du tout sur ce mode la.'" explique-t-il.

On peut désamorcer beaucoup de situations, tout simplement avec de l'échange constructif

Jérôme Jimenez, délégué UNSA Police Île-de-France

Parmi les policiers participants, Jérôme Jimenez, délégué UNSA Police Île-de-France est également présent : "Avec la disparition de la police de proximité, on a perdu un petit peu ses repères, ses échanges qu'on pouvait avoir. Je crois qu'il faut repasser par des actions de ce type. Il ne faut pas hésiter à les mettre en place. On peut désamorcer beaucoup de situations, tout simplement avec de l'échange constructif." 

Du côté des adolescents présents, les discours a été un peu plus mitigé comme l'explique cette jeune : "C'est bien pour savoir que les policiers ne sont pas tous méchants. Il faudrait que des deux côtés, ils fassent des efforts. Par exemple, que les jeunes, eux aussi, ils ne cherchent pas et que les policiers soient moins violents. Beaucoup moins violents même. Parce qu'ils abusent de leur pouvoir."

Un responsable d'association locale, Bahran El Fakhar, veut quand même croire à un effet positif de ces ateliers : "C'est pas évident on est sur le quartier de la Noé, un endroit où a été tourné des scènes du film La haine. Il y a la méfiance, défiance. On constate aussi que plus tôt on est confronté à un policier, mieux on comprend son travail et plus on appréhende aussi son humanité, moins on aura de chances de lui lancer un pavé de 3kg au visage."  

Lui aussi organise régulièrement des rencontres entre de jeunes adultes et la police locale. Ses actions sont dans l'espoir de maintenir ce lien fragile entre la population et les forces de l'ordre.

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