6 min de lecture

"En parler à son enfant dès 18 mois" : comment éduquer au consentement dès le plus jeune âge pour prévenir les violences sexuelles ? Les conseils de spécialistes

La mort de Lyhanna, 11 ans, ou les multiples accusations de violences sexuelles dans le périscolaire à Paris soulèvent des questions chez les parents : comment aborder la notion de consentement avec un enfant ? À partir de quel âge ? Quels mots employer ? Deux spécialistes de l’enfance livrent leurs conseils à RTL.

Une femme et deux enfants (photo d'illustration)

Crédit : THERE ON SATURN / PEXELS

Yasmine Boutaba

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Comment apprendre aux enfants que leur corps leur appartient ? La succession d'accusations récentes repose avec force la question de l’éducation au consentement dès le plus jeune âge. Du scandale du périscolaire à Paris à l’affaire Lyhanna, dans laquelle le principal suspect Jérôme Barella est visé par plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, ces dossiers interrogent parents et éducateurs sur les mots à employer, l’âge auquel commencer et les repères à transmettre aux enfants.

Pour Claire Cipriani, pédopsychanalyste spécialisée dans les traumatismes interrogée par RTL.fr, il est essentiel de déconstruire une idée reçue : le consentement ne se limite pas à la sexualité. "Le consentement, c’est d’abord permettre à l’enfant de comprendre que son corps lui appartient et qu’il est capable de dire non", explique-t-elle. Il s’agit d’apprendre à l’enfant que personne n’a le droit de lui faire mal, de le frapper, de le pousser ou de le toucher sans son accord. En choisissant des mots et une méthode adaptés à son âge.

Dès 18 mois : nommer clairement les parties du corps

Claire Cipriani estime que l'apprentissage du consentement doit commencer très tôt, dès les premiers mois où l’enfant prend conscience de son corps. "À partir de 18 à 20 mois, l’enfant commence à montrer du doigt certaines parties de son corps. C’est à ce moment-là qu’on peut commencer à mettre des mots sur ce qu’il ressent et sur les limites à respecter", souligne-t-elle. C'est aussi l’occasion pour les parents de les nommer clairement, y compris les parties intimes.

Dès 2 ou 3 ans : le dessin de la "bulle de confiance"

Dès 2 ou 3 ans, certains enfants peuvent toucher leurs parties intimes ou vouloir observer, voire toucher le corps des autres. La spécialiste rappelle qu’à cet âge, la curiosité corporelle est normale. "Beaucoup de parents disent à leur enfant qu’il ne faut pas toucher certaines parties de son corps ou les montrer, mais sans jamais expliquer pourquoi", observe-t-elle. 

À écouter aussi

Elle appelle, sans le faire culpabiliser, à lui faire comprendre que certaines parties du corps sont privées et que personne n’a le droit de les toucher sans son accord. "Cette partie intime n’appartient qu’à lui", résume la spécialiste. Le moment du bain est ainsi l'occasion d'expliquer que la nudité "que l'enfant adore à deux ans" - est permise seulement dans ce cadre, avec des personnes de confiance comme les parents. 

Pour ces jeunes enfants, Claire Cipriani recommande de privilégier le jeu plutôt que les longs discours. Parmi les outils qu’elle utilise fréquemment figure le dessin. 

Dès 2 à 3 ans, la spécialiste illustre l'exercice du dessin de "la bulle de confiance". D'abord, "on va le mettre en position assise, on va s’asseoir à côté et le toucher pour qu'il se sente protégé". L’enfant est invité à dessiner une "grande bulle magique des émotions" dans laquelle il va dire ce qu'il ressent. Ensuite, l'enfant va devoir faire un autre rond, à l’intérieur, il va placer les personnes qui lui inspirent confiance : ses parents, un grand-parent, un frère ou une sœur, un enseignant... ou même un animal de compagnie. 

À l'extérieur du cercle, il va dessiner les personnes moins connues ou les inconnus. L’exercice permet de faire comprendre à l’enfant qu’il existe toujours des adultes de confiance vers lesquels se tourner en cas de problème. 

Dès l'âge de 3 ans : habituer l'enfant à se confier au quotidien

Aurélie Callet, psychologue clinicienne et cofondatrice du cabinet Kids and Family, recommande aux parents "de demander à l’enfant, dès l'âge de 3 ans, comment s’est passée sa journée et quelles émotions il a ressenties". Colère, tristesse, peur ou joie : mettre des mots sur ses émotions facilite ensuite la parole lorsqu’un problème survient.

Elle insiste également sur l’importance de ne pas sanctionner systématiquement un enfant lorsqu'il admet une faute. "On leur dit souvent qu’il faut toujours dire la vérité, mais lorsqu’ils avouent une bêtise et qu’ils se font immédiatement gronder, ils peuvent hésiter à parler la fois suivante", prévient-elle.

"Si l’enfant est dans un climat de confiance il va rapidement montrer aux personnes de confiance quand quelque chose ne va pas, parce qu'il sait qu'il sera protégé", explique de son côté Claire Cipriani. "Quand le parent est observateur, il saura. L’enfant va toujours raconter son histoire quand il joue, il va prendre un Lego avec le méchant qui va lui dire des mots qu’il a déjà entendu à l’école par exemple."

Entre 4 et 5 ans : apprendre à distinguer les parties intimes

À partir de 4 ou 5 ans, l’enfant affine sa représentation du corps. Claire Cipriani recommande alors un second exercice basé sur le dessin. Le parent va demander à l’enfant de dessiner un personnage habillé. Il doit colorier d’une couleur les parties visibles du corps - comme les bras ou le visage - et d’une autre celles qui sont habituellement cachées sous les vêtements - comme la poitrine ou les parties génitales.

"On peut alors lui expliquer : là, c’est ton pénis ou ta vulve. Pourquoi est-ce qu’on les cache ? Parce que ce sont des parties intimes", explique-t-elle. "Intimes (aussi) parce que c’est de là que sortent les excréments, le pipi et le caca (...) D’ailleurs, quand on va aux toilettes il faut fermer la porte."

L’intérêt de cet exercice est de laisser l’enfant poser lui-même ses questions. "C'est l’enfant qui va emmener vers les problématiques", décrit la spécialiste. "Il va sûrement demander : pourquoi ne faut-il pas montrer certaines parties du corps ? Qui a le droit de les voir ? Dans quelles circonstances ?"

À ce moment-là, il est essentiel de bien répondre aux questions. Pour ce faire, Claire Cipriani encourage les parents à appliquer "la règle du 3". Le parent doit répéter à trois reprises puis vérifier que l'enfant a bien compris l'information. On peut ensuite lui demander de réexpliquer avec ses propres mots ce qu'il a compris pour vérifier ce qu'il a assimilé. 

Entre 4 et 6 ans : utiliser les situations du quotidien

Dès l'âge de 4 ans, un autre outil conseillé par la pédopsychanalyste est le "jeu de la main". Le parent va prendre la main de l'enfant puis lui montrer - sans toucher - les différentes parties du corps en lui demandant si quelqu’un peut les toucher ou non. "L’enfant comprend qu’il existe des zones privées, qu’on protège avec les vêtements et qui nécessitent son accord", résume Claire Cipriani. 

Entre 4 et 6 ans, les spécialistes recommandent aussi de s'appuyer sur des situations concrètes. La spécialiste illustre ceci avec le fait d'aller observer la nature et les animaux en compagnie de son enfant pour permettre de parler de sujets plus larges. "On a un petit chien à la maison, si on lui touche son sexe, comment il va réagir ? Il va mordre. J’ai pas le droit d’aller toucher ce genre de choses, parce qu'en retour on va se se faire attaquer. Concrètement, l'idée est que les actes ont des répercussions."

Quel que soit l'âge : être attentif aux changements de comportement

Face à des affaires médiatisées comme celle de Lyhanna, la psychologue clinicienne Aurélie Callet appelle à laisser l’enfant s’exprimer. "Il faut d’abord lui demander ce qu’il a entendu, ce qu’il a compris et ce qu’il en pense", explique-t-elle au micro de RTL. Selon elle, les adultes ont parfois tendance à fournir trop d’informations ou à projeter leurs propres angoisses. Mieux vaut partir des connaissances réelles de l’enfant avant d’apporter des explications adaptées à son âge.

Si l’enfant pose directement des questions sur ce qui est arrivé à Lyhanna, il ne faut pas les esquiver. "Il faut lui répondre avec des mots qu’il peut comprendre", insiste la psychologue. Parler à hauteur d'enfant, c'est aussi s'adapter en passant par le jeu. "Par exemple avec des poupées", illustre-t-elle. Sinon il existe des jeux qui sont dédiés à ce type de thématiques comme des jeux de cartes."

Les spécialistes rappellent enfin qu’un enfant en souffrance ne verbalise pas toujours directement ce qu’il traverse. Certains deviennent très silencieux, très sages, se replient sur eux-mêmes. D’autres, au contraire, développent des comportements inhabituels : crises de colère, agressivité ou troubles alimentaires.

"Un changement brutal de caractère est souvent une sonnette d'alarme. Il faut être attentif à ces signaux", insiste Claire Cipriani. Ils ne signifient pas nécessairement qu’il a subi une agression, mais ils doivent inciter les adultes à dialoguer avec lui. "En tant que parent il faut savoir prendre du recul, à travers son comportement mon enfant ou adolescent me dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas."

La rédaction vous recommande
À écouter aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée