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Des joueurs en train de parier dans un PMU (Illustration)
Crédit : JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
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Le gouvernement en fait-il assez contre les risques des paris sportifs ? À la veille du début de la Coupe du monde de football, une période à hauts risques d'addictions pour les joueurs et excessifs, cibles du puissant marketing des opérateurs, le collectif Santé publique a accusé les autorités d'avoir bloqué une campagne de prévention à destination des Français.
Le syndicat, qui rassemble des agents de l’agence sanitaire et des organisations syndicales, s'est dit "consterné" ce mercredi 10 juin par la non-diffusion de la campagne de prévention "Parier, c’est pas rien". Selon lui, cette campagne destinée à sensibiliser aux risques liés aux paris sportifs devait être lancée dès la mi-mai afin de toucher les parieurs avant le déploiement massif des publicités des opérateurs de jeux. Elle devait notamment orienter les joueurs vers le dispositif d’aide à distance "Joueurs info service".
Les syndicats ont affirmé que la campagne n’a finalement pas reçu le feu vert du gouvernement. "Le gouvernement joue avec la santé des Français", dénoncent-ils, rappelant qu’il s’agirait de la troisième action de prévention consécutive à ne pas être diffusée après celle sur les fortes chaleurs et celle liée à la Journée mondiale sans tabac du 31 mai.
Cette polémique survient alors que la Coupe du monde est considérée par les associations spécialisées comme une période particulièrement sensible en matière d’addiction aux jeux d’argent. Les jeunes et les joueurs excessifs sont notamment exposés à une forte pression publicitaire de la part des opérateurs de paris sportifs.
En France, les joueurs présentant un comportement de jeu excessif représentent environ 15% des parieurs, soit une proportion trois fois supérieure à celle observée pour l’ensemble des jeux d’argent. Ces personnes sont particulièrement vulnérables aux campagnes marketing, qui multiplient les incitations à miser à travers les réseaux sociaux, les bonus promotionnels, les influenceurs ou encore les notifications.
Selon Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), les opérateurs devraient consacrer cette année près de 785 millions d’euros à la publicité, dont la moitié sur les supports numériques, un montant en hausse de 25%.
Face à cette montée en puissance du marketing des paris sportifs, plusieurs acteurs ont plaidé pour un durcissement de la réglementation. La présidente de l’ANJ a notamment souhaité interdire les publicités autour des retransmissions sportives, comme c’est déjà le cas au Royaume-Uni.
Pour l’association Addictions France, ces mesures restent insuffisantes. L’organisation a réclamé un élargissement des restrictions publicitaires, mais aussi l’interdiction du sponsoring sportif par les opérateurs de paris. Selon sa responsable du plaidoyer, Myriam Savy, cette omniprésence contribue à banaliser les paris sportifs en les présentant comme une composante naturelle du spectacle sportif.
L’association soutient aussi une proposition de loi portée par le député écologiste Emmanuel Duplessy visant à mieux encadrer les pratiques marketing du secteur. "Les mises ont été multipliées par trois en seulement cinq ans", a-t-il rappelé, jugeant urgent de lutter contre ce qu’il qualifie de "matraquage publicitaire".
Cette controverse intervient aussi dans un contexte de réorganisation de la communication de Santé publique France. Depuis l’annonce, fin janvier, du transfert au ministère de la Santé de certaines missions de l’agence, dont les campagnes de prévention, plusieurs salariés, experts et parlementaires alertent sur une possible reprise en main politique de la communication sanitaire.
Fin mai déjà, les représentants du personnel avaient dénoncé l’absence de lancement d’une campagne sur l’adaptation aux fortes chaleurs pourtant prête à être diffusée. Selon une source proche du dossier, Matignon n'aurait pas validé le programme de campagnes présenté par Santé publique France au mois d’avril.
La Société française de santé publique s’est d’ailleurs inquiétée de voir l’agence dans l’incapacité de déployer ses actions habituelles d’information.
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