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Cette mère de famille "à bout" témoigne sur RTL : connecté mais isolé, son fils n'est pas sorti de sa chambre depuis presque 10 ans, "il se laisse mourir"

En France, il y aurait 400.000 "invisibles", ces personnes qui ont décidé de se mettre en retrait total de la société mais qui continuent d'exister à travers les réseaux sociaux. RTL a recueilli le témoignage de deux mères dont les fils ont choisi de se couper du monde.

Un jeune homme sur son téléphone (photo d'illustration)

Crédit : RON LACH / PEXELS

Connectés mais isolés : enquête sur ces jeunes qui se coupent du monde

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Vincent Serrano - édité par Justine Audollent

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On estime qu'il exciterait environ 400.000 "invisibles" en France, des personnes ayant choisi de se retirer totalement de la société tout en continuant d'exister à travers les réseaux sociaux. 
 
Gabriel, 24 ans, fait partie de ces "invisibles". Cela fait bientôt 10 ans que le jeune homme n'est pas sorti de sa chambre. Sa mère Karine a accepté de témoigner sur RTL mais uniquement par téléphone. "Il a subi pas mal de harcèlement scolaire par exemple parce que justement il a la protection de l'écran. En fait, il se renferme petit à petit. Il ne se sent pas à la hauteur des autres jeunes", raconte-t-elle.

En 2016, le jeune homme a été déscolarisé à l'âge de 14 ans. "Pour moi, il était à l'abri, il était au chaud, il était à la maison. Il y a eu des stades où il sortait pour aller aux toilettes, pour faire sa toilette, par période", confie sa mère au micro de RTL. 

Karine doit apporter à son fils sa nourriture directement sur le pas de la porte de sa chambre et elle n'a pas entendu le son de sa voix depuis plusieurs mois maintenant. "Ça le rassure de vivre comme ça. C'est vraiment leur cocon, il ne faut pas y toucher", explique-t-elle.

Mon fils se laisse mourir. Ma plus grande peur, c'est qu'un jour, je rentre et qu'il soit passé à l'acte.

Karine

Mais cet isolement total s'accompagne de désagréments. "Il ne nettoie pas sa chambre. Je sens que ça vire à l'insalubrité", indique Karine en évoquant même le syndrome de Diogène, un trouble du comportement qui se caractérise par une accumulation massive d'objets. "Avec un matelas par terre, avec un lit debout. Les murs qui à la base sont chocolats vont devenir blancs. Je les ai déjà lessivés plusieurs fois. Le sol va être jonché de cheveux", décrit-elle.

Sur RTL, Karine se dit être "à bout" et "ne plus en pouvoir". Elle estime que son fils "se laisse mourir". "Ma plus grande peur, c'est qu'un jour, je rentre et qu'il soit passé à l'acte, qu'il ait fait une bêtise. Des fois, j'allais délicatement vérifier que mon fils respirait encore dans son sommeil", confie-t-elle avec émotion. Elle finit, elle-même, par voir de moins en moins de monde. 

Un isolement pour se sentir en sécurité

Lors de notre enquête, nous avons également rencontré Christine. Sur RTL, la mère de Thomas raconte ce qu'a vécu son fils sur les réseaux sociaux : le regard des autres, le sentiment de ne pas être à la hauteur vu ce qu'il y voyait (des hommes riches, beaux, qui ont du succès). Un adolescent qui se retranche totalement de 14 à 18 ans et pourtant "c'est peut-être ce qui lui a sauvé la vie", estime sa mère.

"C'est ce qui lui a permis de maintenir un fil avec l'extérieur. De se retrouver dans son cocon, dans sa chambre, avec ses copains, sur Internet qui ont des problèmes similaires. Parce qu'en fait, il avait envie d'avoir des contacts, mais il ne pouvait pas, il n'y arrivait pas. Il me disait 'Mais maman, je veux aller au collège, mais je ne peux pas'. Dans sa chambre, dans son cocon, il le dit lui-même, c'est l'endroit où il sent sécurité", explique Christine au micro de RTL. 

400.000 personnes concernées par le retrait social

Comment expliquer ce retrait social ? Si Thomas et d'autres continuent de regarder les réseaux sociaux, c'est qu'ils en sont dépendants. "Ils se rattrapent au niveau de leur estime d'eux-mêmes. Ils ont besoin qu'on continue à les regarder, être tout seul sans être perçu est probablement dépersonnalisant, psychotisant. C'est la télévision qui finit par vous regarder quand vous la regardez pendant 5, 6, 7 heures", expliquent les docteurs Corcos et Shadili, spécialistes de ce phénomène de retrait social.

Cet isolement ne concerne pas que les adolescents, il touche également de très jeunes personnes. "On a des demandes pour des jeunes de 7, de 9 ans qui sont enfermés depuis 2-3 ans", indiquent les spécialistes. Jeunes et adultes confondus, ils estiment à 400.000, le nombre d'individus concernés par cette situation. 

Selon eux, il faut au plus vite interdire les réseaux sociaux, a minima au moins de 15 ans. Et surtout, ne pas tarder à aller consulter un spécialiste si l'on sent que son enfant s'enferme un peu trop longtemps dans sa chambre.

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