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Une adolescente sur son téléphone portable (photo d'illustration).
Crédit : ROBIN UTRECHT / ANP MAG / ANP via AFP
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Dès les premières frappes israélo-américaines en Iran le 28 février dernier, les réseaux sociaux se sont enflammés. Ces derniers jours, le hashtag #WW3, pour World War 3 - en français Troisième Guerre mondiale - a été utilisé près de 700.000 fois.
Ce réflexe n’est pas nouveau. On l’avait déjà observé en mars 2020, lorsque le président Emmanuel Macron avait déclaré "Nous sommes en guerre" au début de la pandémie de Covid-19, mais aussi au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
À chaque montée des tensions internationales, les réseaux sociaux voient apparaître la même avalanche de blagues et de détournements autour d’une hypothétique nouvelle guerre mondiale.
Sur TikTok et Instagram, les exemples abondent. Certains internautes imaginent des scènes absurdes dans un contexte militaire : un soldat qui essaie de connecter son char au Bluetooth, un autre qui regrette de ne pas avoir encore goûté au "Tasty Crousty" - le plat populaire du moment mêlant riz et poulet croustillant -, ou encore des vidéos qui montrent sa tenue dans les tranchées.
D’autres mèmes jouent sur les clichés entre amis : "Tu es à la guerre et tu vois ton pote le charo essayer de draguer des Iraniennes, et il s’est fait recaler", ou "Ton pote qui arrive en retard le premier jour de la guerre parce qu’il s’est trompé de tranchée". Certaines vidéos mettent en scène "la Corée du Nord qui attend patiemment qu’un missile tombe sur son pays" ou encore un internaute qui explique qu’il montrera ses talents de danse pour éviter de se faire tuer.
Le principe est souvent le même : une image connue, un extrait de film, un personnage paniqué ou un dessin animé, accompagné d’une phrase ironique du type : "Quand tu rigolais des mèmes WW3 et que tu reçois ta lettre de conscription".
Pour Claire Cipriani, psychanalyste interrogée par RTL, cette avalanche de blagues relève avant tout d’un mécanisme de défense psychologique. Selon elle, "on met en dérision une situation qui nous panique. L’ironie nous pousse à rire parce que l’événement est difficile à gérer". Face à une menace anxiogène, le cerveau produit du cortisol, l’hormone liée à la peur.
La spécialiste rappelle aussi que les 15-25 ans forment une génération qui vit largement à travers les écrans. Les vidéos humoristiques deviennent donc un moyen d’interagir socialement. "Quand ils voient que d’autres font les mêmes blagues, cela crée une interaction et une forme d’auto-rassurance", explique-t-elle.
Les jeunes vont être dans une anesthésie émotionnelle. Leur façon de s’anesthésier passe par les vidéos humoristiques.
Claire Cipriani, psychanalyste
"Le cerveau n’est pas programmé pour gérer le doute", martèle Claire Cipriani. La psychanalyste souligne que le cerveau humain n’atteint sa maturité complète qu’entre 22 et 28 ans, ce qui rend les adolescents et jeunes adultes plus vulnérables face à l’incertitude.
D'autant plus que depuis la pandémie du Covid-19, Claire Cipriani observe une hausse importante des troubles anxieux chez les jeunes. Elle évoque notamment 32% d’anxiété grave chez les 18-25 ans, 10% de dépression chez les enfants de 7 à 11 ans, et une forte augmentation des hospitalisations périodiques chez les moins de 15 ans dans certaines associations de psychologues.
"Cette génération grandit sur du sable mouvant", explique-t-elle, avec les crises successives : pandémie, conflits internationaux, instabilité politique. Or, selon elle, "il n’y a rien de pire que l’incertitude pour l’être humain".
Paradoxalement, ces contenus peuvent aussi créer un sentiment de communauté. Les jeunes partagent une référence commune et échangent autour d’une même inquiétude, même si elle est exprimée ironiquement.
Certains créateurs sont allés plus loin avec des montages, plus communément appelés "edits" sur les plateformes. Ils combinent images militaires, extraits de discours politiques et musiques entraînantes. Dans certaines vidéos virales, on y voit un extrait de la récente allocution d’Emmanuel Macron sur les tensions géopolitiques au Moyen-Orient mêlé à des images de l’armée française, du porte-avions ou de scènes d’entraînement militaire, le tout accompagné d’une musique dynamique. Ainsi, la guerre y apparaît parfois sous un angle presque héroïque ou spectaculaire.
Pour Claire Cipriani, cela répond à deux éléments. D'abord cela peut créer un élan patriotique "qui fait du bien" puisqu'il y a un sentiment de "faire communauté, ça crée un élément commun".
Sinon, cela peut répondre à un besoin psychologique : transformer le doute en quelque chose de concret. "Passer de 'il y aura peut-être une guerre' à 'il y a une guerre et je serai patriote' permet de donner une forme de certitude", analyse-t-elle. "C’est faire du concret. C’est ma réalité, ça me sécurise".
En définitive, la spécialiste insiste sur l’importance du dialogue avec les jeunes face au flot d’informations. "Le plus grand service qu’on peut leur rendre, c’est de les aider à se poser des questions, à se créer leur propre opinion plutôt que de subir l’information", conclut-elle. Elle appelle les parents à accompagner leurs enfants face à ces sujets. "Il faut parler aux enfants et les rassurer. Dire simplement 'on verra', ce n’est pas suffisant". Les jeunes doivent, selon elle, être aidés à "trouver leur propre certitude" autrement dit se "connecter à des repères stables".
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