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Automobile : les parcmètres parisiens, vestiges urbains du "tout-voiture", ont 50 ans

En juillet 1971, le Conseil de Paris vote en faveur du stationnement payant. Au retour des vacances, les Parisiens un peu sidérés assistent à l’installation de ces tirelires sur pied.

Des Parisiens se familiarisent avec les parcmètres, le 06 octobre 1971. Le stationnement payant a été instauré dans la capitale le 1er juillet précédent.
Des Parisiens se familiarisent avec les parcmètres, le 06 octobre 1971. Le stationnement payant a été instauré dans la capitale le 1er juillet précédent.
Crédit : AFP
Automobile : les parcmètres parisiens, vestiges urbains du "tout-voiture", ont 50 ans
03:20
Automobile : les parcmètres parisiens, vestiges urbains du "tout-voiture", ont 50 ans
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Isabelle Choquet - édité par Thomas Pierre

C'est un anniversaire pas du tout anecdotique : les 50 ans du parcmètre à Paris. Pas anecdotique car c'est sans doute là qu'a commencé la lutte contre la voiture. M, le magazine du Monde, retrace ce demi-siècle de chasse au gasoil. Un demi-siècle, et même un peu plus.

Car pour comprendre ce qui se joue en 1971, il faut se souvenir comment c'était avant. 
Paris en ce temps-là était le royaume de la bagnole. Tout lui est dû, on n'imagine pas. Au milieu des années 1950, le préfet a entrepris une grande campagne de coupe d’arbres pour élargir les voies. Les parkings, gratuits naturellement, ont envahi la ville, jusque dans les moindres recoins. Les voitures sont garées le nez au-dessus de la Seine, devant Notre-Dame. La circulation se fait au ras des gargouilles.

"Le Parisien a quatre roues", dit-on, et Georges Pompidou affirme en homme de progrès qu'il faut "adapter la ville à l'automobile". Le premier tronçon des voies sur berge a été inauguré en 1967, les travaux de la boucle périphérique s’achèvent.

La pollution, un débat alors marginal

Déjà pourtant, l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) tente une approche iconoclaste : le développement massif des transports en commun. Les soixante-huitards dénoncent la société de consommation, la pollution...  Mais pour le grand public, c'est un combat d'arrière-garde, un truc de ringards archaïques étanches à la modernité. 

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Pour les politiques, c'est une question sociale : les usines Renault, Citroën, ou Panhard emploient encore 150.000 personnes à Paris et en proche banlieue. "Quand les cheminées fument, la soupe aussi", dit alors le Parti Communiste. En plus, l'auto est un outil de travail pour ceux qui viennent de loin. Faire payer le prolétaire pour se garer est considéré comme une injustice sociale.

En même temps, il faut bien le reconnaître, on n'avance pas. "Ou bien les villes sont trop petites, ou bien il y a trop de voitures", dit un journaliste facétieux. Selon les calculs de l'APUR, la vitesse moyenne n’excéde pas 4 kilomètres à l’heure, à peu près comme aujourd’hui, et surtout à peine plus qu'un piéton pas pressé. 

"La rue appartient à tout le monde !"

Et voilà comment, en juillet 1971, après plusieurs votes contraires, le Conseil de Paris bascule en faveur du stationnement payant. Au retour des vacances, les Parisiens un peu sidérés assistent à l’installation de ces tirelires sur pied. La mesure est appliquée à l’essai, dans un périmètre restreint. 

Mais les automobilistes ronchons comprennent vite que ces bidules sont coulés dans un métal fait pour durer. Alors ça râle. "La rue appartient à tout le monde ! On n'est pas des vaches à lait!. Le Parisien exaspéré passe ses nerfs sur les aubergines. Mais c'est trop tard, le mouvement est amorcé. La plupart des grands projets de voirie sont mis à l'arrêt, ou carrément abandonnés. 

"Paris veut rouler, on va l’aider"

Arrive Jacques Chirac, élu en 1978. Jusqu’en 1986, il va porter le slogan : "Paris veut rouler, on va l’aider", mais dans les faits, ce sera le statu quo. Son successeur, Jean Tiberi, met en place les premières pistes cyclables en 1995. Et tout s'accélère avec l'élection de Bertrand Delanoé en 2001. 

Aujourd'hui, en un demi-siècle, l'approche s'est totalement inversée : l’auto est devenue une atteinte aux libertés des non-automobilistes, et d'ailleurs ils sont désormais majoritaires : 35 % seulement des Parisiens sont motorisés. Mais le Paris populaire a disparu. Avoir une voiture était, il y a cinquante ans, un rêve de pauvre, écrit le Monde. S’en passer est aujourd’hui un choix de riche. Paris et la voiture, 50 ans d'une lente rupture...

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