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Attentats : l'opinion française prise au piège de la peur du terrorisme ?

REPLAY - Paris, Bruxelles, Afrique : la multiplication des actes terroristes bouleverse notre quotidien et bouscule nos opinions vis-à-vis de l'autre. Des spécialistes mettent des chiffres sur nos peurs.

Le Bataclan le 22 décembre 2015
Le Bataclan le 22 décembre 2015
Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
L'opinion française prise au piège de la peur du terrorisme ?
02:51
Loïc Farge
Loïc Farge

Ce sont des spécialistes de l’opinion, les sondeurs de l’Ifop, qui ont essayé de mettre des chiffres sur nos peurs. Exercice difficile, périlleux : traduire la peur en chiffres, tenter de rationaliser ces peurs qui, parfois, comportent, malgré la menace réelle, une part d’irrationnel. "Craignez-vous un nouvel attentat terroriste ?", a donc demandé aux Français l’Ifop au début du mois de mars.  Neuf personnes interrogées sur dix disent "oui". C’est un record historique. Mais là, rien d’étonnant. C’est quand on regarde de plus près qu’on a des surprises.
Les habitants des zones rurales ont plus peur d’un attentat que les résidents de région parisienne, pourtant plus directement ciblés. La crainte d’attentat est plus forte chez les plus âgées que chez les jeunes, et chez les sympathisants de droite que chez les sympathisants de gauche. Deux-tiers des Français déclarent qu’il faut éviter tout amalgame entre terrorisme et musulmans, tandis qu'un tiers déclare que "l'Islam est une menace".

L'opinion française à un "point de bascule" ?

Ces chiffres n’ont quasiment pas changé depuis Charlie Hebdo. Mais les choses sont en train de bouger. Des catégories, comme des diplômés, des cadres, jusqu'à alors rétifs à tout amalgame, sont "travaillés par le doute", explique Jérôme Fourquet, de l’Ifop. "Notre étude, dit-il, prouve qu’une nouvelle série d’attentats en France pourrait bouleverser la donne dans l’opinion française".

L'opinion française serait-elle aujourd'hui à "un point de bascule", en particulier pour le rejet de l'autre, la xénophobie ou l'islamophobie ? C’est ce que craignent aussi des chercheurs en sciences sociales. La multiplication des attentats (en Côte d’Ivoire, à Paris ou à Bruxelles, aux portes de la France), l’omniprésence de la menace qui n’est plus épisodique, mais qui est maintenant un bruit de fond permanent qui nous fait multiplier les éditions spéciales et qui paralyse les discours des politiques à qui on demande de gérer notre sécurité et nos peurs : tout cela nous fait rentrer dans l’engrenage recherché par les terroristes.

Une "scission" dans la société

"Ce qui se met en place dans l’opinion, progressivement, c’est le rejet de l’autre, la détestation de la population musulmane", s’inquiète Thomas Arciszewski, un chercheur en psychologie sociale. "Les terroristes ont créé une scission à l'intérieur de notre société, où une partie de la population musulmane - pour l'immense majorité tout à fait légitime et intégrée - se retrouve mise au ban", décrypte-t-il. "C'est un effet tout à fait désastreux, et c'est le noyau de ce drame qui se joue après les actes terroristes en eux-mêmes", ajoute-t-il.

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La mise au ban des populations musulmanes favorise à son tour un repli identitaire et religieux pour certains musulmans : le voile, et parfois la radicalisation. "Le cercle vicieux du terrorisme, l’engrenage est là", dit le chercheur. "Le basculement de l’opinion n’est pas loin", répond le sondeur. Tous les deux disent la même chose : le piège du terrorisme est en train de se refermer sur nous si on ne réagit pas.

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