4 min de lecture Attentats en France

Six mois après l'horreur, quelle trace ont laissé les attentats de janvier ?

Six mois après la fusillade de "Charlie Hebdo" et la prise d'otage à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris, le plan Vigipirate est toujours à son niveau le plus élevé et les musulmans au centre des crispations.

Une manifestation en hommage à Charlie Hebdo à Paris, le 8 janvier 2015.
Une manifestation en hommage à Charlie Hebdo à Paris, le 8 janvier 2015. Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
Mathilde Cesbron
Mathilde Cesbron
Journaliste RTL

Le 7 janvier, la France mettait un pied dans l'horreur avec une fusillade meurtrière perpétrée par les frères Kouachi au siège du journal satirique Charlie Hebdo. Les 8 et 9 janvier, Amedy Coulibaly plongeait totalement le pays dans l'abomination avec le meurtre d'une policière à Montrouge et une prise d'otage sanglante à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris. Le bilan s'élève à 17 morts et la France est sous le choc. Depuis janvier, l'Île-de-France est toujours en alerte attentat et le reste de la France au niveau renforcé. Les mesures et les réflexions pour lutter contre le terrorisme se multiplient, tandis que les crispations se cristallisent toujours autant autour des musulmans.

1 - Un arsenal anti-terrorisme toujours aussi lourd

Depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, porte de Vincennes, à Paris, le plan Vigipirate n'a pas faibli. Dans la foulée de ces actes terroristes, 10.500 militaires patrouillaient partout en France pour protéger 830 "sites sensibles", dont 310 étaient liés à la confession juive, en Île-de-France. François Hollande a annoncé fin avril la pérennisation de ce dispositif renforcé. 7.000 militaires sont encore déployés dans toute la France. Un millier de CRS sont toujours mobilisés chaque jour, rapportent des sources syndicales, citées par Le Point. En Île-de-France, 120.000 policiers, gendarmes et militaires sont en fonction depuis 6 mois

Comme le disait Manuel Valls lors du dernier attentat en Isère, l'objectif est désormais de savoir "quand et où" aura lieu le prochain attentat. Pour ce faire, 300 mesures de protection ont été mises en vigueur : "mise en alerte des services de secours et des forces de l’ordre, interdiction de stationnement aux abords des établissements scolaires, renforcement des contrôles de détection d’explosifs, contribution renforcée des forces armées à la surveillance et le renforcement du contrôle des personnes", énumère l'hebdomadaire français. Le coût d'un tel dispositif ? Des dizaines de milliers d'euros par jour. Les CRS, eux, sont épuisés par ce rythme.

2 - Un arsenal législatif renforcé

Mise en chantier en 2014, l'élaboration de la loi sur le renseignement a été accélérée par l'exécutif au lendemain des attentats de janvier. De la prévention d'attentats à l'espionnage économique, le texte définit un large éventail de missions des services de renseignement, ainsi que le régime d'autorisation et de contrôle de nombreuses techniques d'espionnage (écoutes, pose de caméra ou de logiciel-espion, accès aux données de connexion, etc). La loi a été définitivement adoptée par le Parlement le 24 juin.

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Un point en particulier a cristallisé les débats : la mise en place, sur les réseaux des opérateurs, d'outils d'analyse automatique (un algorithme) pour détecter une "succession suspecte de données de connexion". Pour encadrer ces pouvoirs, le texte prévoit la création d'une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement". Elle donnera un avis préalable à chaque mise en oeuvre de ces techniques, sauf en cas d'urgence, et pourra saisir le Conseil d'État en cas d'abus. 

3 - D'autres pistes envisagées pour lutter contre le terrorisme

Le gouvernement réfléchit à mettre en place un fichier regroupant les données des passagers aériens qui partent ou atterrissent en France. Ces données - les Passenger Name Records dites PNR - seront mises à la disposition de la police et du service de renseignement, comme c'est déjà le cas au Royaume-Uni. Ces données collectées par les compagnies aériennes auprès des voyageurs comprennent le nom, les dates de voyages, l'itinéraire, un moyen de paiement, la nature des bagages, les préférences alimentaires. Avoir accès à ces informations pourrait permettre de détecter un comportement inhabituel chez un voyageur. Ce dispositif pourrait être effectif en France dès septembre 2015.

Manuel Valls avait annoncé en janvier après les attentats de Paris sa décision de regrouper les détenus islamistes dans des quartiers dédiés pour éviter le prosélytisme religieux radical. Mais ce dispositif ne bénéficie pas d'un cadre légal précis et a fait l'objet d'un avis défavorable de la contrôleure des prisons qui voit dans ce dispositif un risque de sur-radicalisation.

4 - Les musulmans au centre des crispations

Le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) constate au premier semestre 2015 une augmentation du nombre d'actes islamophobes de 23,5% au premier semestre 2015 par rapport à la même période de l'an dernier. Les agressions physiques ont surtout augmenté (+500%) ainsi que les violences verbales (+100%). 

Ces chiffres, communiqués le 1er juillet 2015, ne sont pas basés sur les seules plaintes et mains courantes recensées par le ministère de l'Intérieur mais prennent également en compte une islamophobie institutionnelle provenant d'agents publics comme les policiers ou les enseignants.

Pour endiguer cette islamophobie, le gouvernement a organisé mi-juin une instance pour le dialogue avec le Conseil français du culte musulman (CFCM). Elle regroupe 150 personnalités autour du Premier ministre et du ministre de l'Intérieur. Cette instance se réunira une fois par an pour aborder des questions sensibles comme la formation des imams et des questions souhaitées par la communauté.

5 - Où en est l'inquiétude des juifs de France ?

Selon des chiffres remis par les directeurs des organisations juives de France au ministre israélien de l’Immigration et de l’Intégration Zeev Elkin, 5.100 juifs français ont fait leur alyah (Français immigrant en Israël) au premier semestre 2015 contre 4.000 au premier semestre 2014. Selon l'Agence juive, 854 Français ont fait leur aliyah entre début janvier et fin février 2014, contre 274 l'an dernier à la même période.

6 - Le couple exécutif est retombé dans les sondages

Enfin, l'esprit du 11 janvier s'est vite essoufflé pour Manuel Valls et François Hollande. La cote de popularité du président de la République et du Premier ministre n'a cessé de diminuer depuis le mois de janvier après avoir connu un bond spectaculaire après les attentats. D'après un sondage BVA pour Orange et iTélé, le chef de l'État et le Premier ministre ont un point de moins en juin par rapport au mois précédent. Leurs cotes respectives ne sont plus que de 26% et de 40%.

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