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Alma Jodorowsky, l'anti-it girl

GIRL CRUSH - À seulement 25 ans, Alma Jodoroswky conjugue avec brio ses activités d'actrice, chanteuse et mannequin. Son groupe Burning Peacocks vient de sortir son premier album, "Love Réaction", bijou pop.

Alma Jodorowski est la chanteuse de Burning Peacocks, qui vient de sortir son premier album, "Love Réaction"
Alma Jodorowski est la chanteuse de Burning Peacocks, qui vient de sortir son premier album, "Love Réaction"
Crédit : Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

Rien qu'en regardant le CV bien rempli d'Alma Jodorowsky, on en rougirait de honte. Du haut de ses 25 ans, la Parisienne affiche déjà un beau parcours : des rôles remarqués dans des films qui l'ont été tout autant (La Vie d'Adèle, récompensé au festival de Cannes, et Juillet Août, plus récemment), de la musique pop qui scintille (elle chante et écrit les paroles de Burning Peacocks), la réalisation de trois clips (avec l'ambition d'aller plus loin dans ce domaine), et un peu de mannequinat. Mais il n'y a pas que ça. Tout aussi drôle que franche, Alma Jodorowsky nous donne envie de mener notre propre petite révolution intérieure.

En ce moment, elle est totalement occupée par la sortie de Love Réaction, premier album du duo qu'elle forme avec David Baudart, Burning Peacocks. "C'est une nouvelle étape pour moi", affirme celle qui s'est d'abord vouée à être actrice, avant d'ajouter la musique à son arc quelques années plus tard. 

Quand on fait le bilan de sa vie bien remplie, installées sur la terrasse ensoleillée du Palais de Tokyo, la jeune femme ne semble pas le moins du monde débordée : "Comme je fais plusieurs activités, c’est vrai que je suis souvent occupée, reconnaît-t-elle. D’ailleurs, je pense aussi que c’est parce que je n’aime pas avoir des moments de creux que je fais plein de choses. Parce que j’aime bien continuer à entretenir une activité créative. Cela me fait du bien." Il ne faut pas y voir une peur de l'ennui : "J'essaie d’être à l’écoute de ce que j’ai envie de faire. J’ai la chance d’évoluer dans des domaines qui me passionnent, et j’ai envie d’y aller à fond !", assure la jeune femme.

La vocation du jeu

Elle est comme ça, Alma. Elle franchit les étapes une à une, avec beaucoup de travail, une envie débordante et une volonté de fer. Cette persévérance, elle la doit en partie à sa famille d'artistes : des parents comédiens de théâtre et un grand-père qui n'est autre que le réalisateur et auteur de comics culte Alejandro Jodorowsky (Dune). "Ils m’ont surtout encouragée à faire quelque chose qui me plaisait et à ne pas me soucier de le faire pour faire plaisir à quelqu’un, à eux, ou à la société. Quand j’ai décidé de devenir comédienne, ils ont été un peu exigeants. Ils m’ont dit : ‘Ce n’est pas parce que des gens font ça dans la famille que ça va venir tout seul'", raconte-t-elle.

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Ainsi prévenue, Alma Jodorowsky s'inscrit très jeune à des cours de théâtre, dévore pièces et films (son premier choc étant Peau d'âne, de Jacques Demy, avec Catherine Deneuve), suit des cours dans un conservatoire d'arrondissement après le lycée, part 3 mois en stage à New York, avant d'étudier au studio-théâtre d'Asnières. 

Depuis, on a pu la voir dans La Vie d'Adèle, Kids In Love - aux côtés de Cara Delevingne - et dans la série La Vie Devant Elles, sur le destin de trois jeunes femmes dans une région minière, dans les années 70. La deuxième saison sera diffusée au printemps prochain. Cet été, Alma a aussi fait sensation en jouant la grande sœur d'une pré-ado en pleine rébellion, dans Juillet août, de Diastème. Pour Burning Peacocks, elle est même passée trois fois de l'autre côté de la caméra, et a réalisé les clips d'Avril, Tears of Lava et Odyssea.

Ne pas se laisser démonter

Malgré ce beau palmarès, l'actrice doit encore souvent faire face à des personnes remettant en cause son implication. Pour elle, pas de doute, c'est beaucoup lié au fait d'être une femme. "Je sens complètement qu’on ne nous prend pas au sérieux. C’est comme ce truc de 'it-girl'. Au final, il y a plein d’artistes masculins qui ont fait de l’art sous différentes formes, comme Dali ou Cocteau... On ne leur a jamais renvoyé à la gueule qu’ils étaient des it-boys !", s'agace-t-elle en sirotant son café. "D’ailleurs, on n’entend jamais cette expression. Moi je trouve que c’est une manière de me rabaisser : ‘C’est une nana, une jolie fille, donc c’est un phénomène de mode’", ajoute Alma. À ce jour, elle dit "moins y penser" : "Il faut réussir à se détacher de ce genre de réflexion, ne pas se laisser polluer par des choses négatives et puis se concentrer sur faire ce qu’on a envie de faire."

Il y a encore tellement de progrès à faire. On subit le sexisme tous les jours

Alma Jodorowsky

Quand on lui demande si elle d'autant plus confrontée au sexisme à cause de son statut de jolie fille aux multiples casquettes artistiques, sa réponse est sans détour : "Je le ressens dans tout. Il y a encore tellement de progrès à faire. On subit le sexisme tous les jours." La chanteuse évoque ainsi un agent immobilier, offusqué qu'elle se rende à une visite d'appartement sans son petit ami. "Il m'a dit ‘Ah, votre mec vous laisse visiter un appartement toute seule ?’ Parfois on a l’impression d’être dans les années 50 !"

Fan de Lena Dunham et de sa série Girls, Alma Jodorowsky n'a pas peur de se dire féministe, et observe la progression de ces idées avec un entrain réaliste : "Ce qui a été fait autour de Girls et plus largement, le féminisme, le girl power, a parfois été récupéré par des personnes qui ne l’utilisent pas forcément à bon escient, pour faire vendre des choses. C’est un peu con et en même temps c’est quand même plus cool que le féminisme soit à la mode plutôt que les femmes poupées Barbie", explique Alma.

Il y a aussi beaucoup de sexisme chez les femmes, dans la vision que nous avons de nous-mêmes, mais c’est en train de changer

Alma Jodorowsky

Observatrice, elle s'enthousiasme que les choses sont en train de changer "entre les femmes" :"Il y a aussi beaucoup de sexisme chez nous, dans la vision que nous avons de nous-mêmes", explique-t-elle avant d'ajouter : "Par exemple, si on essaie une robe et qu’elle nous fait un gros cul, on ne va pas forcément ne pas l’acheter mais se demander ‘Est-ce que c’est vraiment moche d’avoir des fesses ?’"

Expérimenter en permanence

Pull noir sur jupe grise, long manteau vert d'eau avec col à fourrure, carré volumineux, boucles d'oreilles à fleurs et lunettes de soleil rondes : notre Girl Crush semble incarner le summum de l'élégance à la française. Elle a notamment posé pour Chanel et elle est "égérie" (un mot qui la fait rire) de Lancôme et du bijoutier Chaumet. Mais ne dites pas qu'elle est mannequin : "Je n’ai jamais fait de mannequinat pur et dur, je n’ai jamais défilé, je n’ai pas de lookbook. Ce n’est pas du tout un truc que je considère comme faisant partie de ma vie professionnelle de manière aussi importante que le jeu et la musique", assure-t-elle.

Quand elle était plus jeune, Alma Jodorowsky avoue être passée par "tous les styles" : "Pré-ado, j’étais à fond dans Destiny’s Child, Jennifer Lopez. Je m’habillais en Tamy, la marque teen de Etam, avec des paillettes, des hauts à une seule manche", se souvient-elle en riant. "Après, j’ai fait un virage assez extrême où j’ai commencé à écouter des trucs plus metal comme Korn, Metallica. Je mettais des bracelets à pics. Puis je me suis adoucie. Je pense que Nirvana a fait la transition chez moi vers un rock un peu moins agressif. J’ai découvert le Velvet Underground, qui était un peu mon maître de musique, qui l’est toujours."

La chanteuse signe toutes les paroles de Love Réaction, premier album de Burning Peacocks : "Il parle d’amour mais sous plein de formes différentes. L’amour à deux, l’amour des rapports familiaux et amicaux, et celui qu’on se porte à nous-même. C’est un âge où l'on devient des vrais adultes et il faut apprendre à s’accepter, à être bien dans ses pompes." Elle cite en exemple la belle Tears of Lava : "Cette chanson évoque la peur de l’échec et les choses qui nous retiennent. On se retient nous-même de faire certaines choses, on se crée une prison. Il faut se faire confiance et réussir à la dépasser."

Alma Jodorowsky affirme "ne pas se mettre de but" : "Je trouverais cela un peu bête de se dire que ça y est, je suis la meilleure comédienne du monde, la meilleure chanteuse du monde et j’arrête mon taff. Quand on est artiste, c'est génial de pouvoir continuer à expérimenter et apprendre tout le temps, jusqu’à la fin."

Burning Peacocks, Love Réaction, Choke Industry, déjà disponible
Burning Peacocks sera en concert aux Étoiles, le 8 décembre à Paris

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