4 min de lecture Cancer

Papillomavirus : l'histoire d'un vaccin qui prévient un cancer

Le vaccin contre le papillomavirus est l'un des rares à pouvoir prévenir un cancer grave, contre lequel il n'y a pas de traitement lorsqu'il se déclare.

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TOUS LES VACCINS ONT UNE HISTOIRE - Papillomavirus : l'histoire d'un vaccin qui prévient un cancer Crédit Image : iStock | Crédit Média : Odile Pouget | Durée : | Date : La page de l'émission
Odile Pouget édité par Ryad Ouslimani

Gros plan sur le vaccin contre le cancer du col de l'utérus. Et par rapport à tous les autres, ce vaccin-là a une originalité. "C'est l'un des seuls vaccins qui sait prévenir un cancer, qui est un cancer grave", rappelle Alexandra Lery, oncologue médical à l'institut Gustave Roussy. "Les cancers du col, même si c'est une maladie relativement rare puisqu'on en a 3.000 par an, on a plus de 1.000 décès", explique-t-elle.

L'histoire du vaccin contre le cancer du col de l'utérus est extrêmement récente comme en témoigne le professeur Jean-Luc Mergui, gynécologue obstétricien et responsable de l'unité de colposcopie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. 

"Quand j'ai commencé à m'occuper du cancer du col et de ses précurseurs, c'était dans les années 1980. On ne savait même pas quelle était la cause ce cancer. On savait que c'était probablement dû à une maladie sexuellement transmissible, puisque les femmes qui n'avaient jamais eu de rapport n'avaient pas de cancer", raconte-t-il.

Un vaccin efficace

À l'époque en effet, les chercheurs privilégient la piste de l'herpès génital, comme déclencheur grâce aux travaux d'un Allemand, Harald zur Hause couronné par un prix Nobel des années plus tard en 2008, on découvre que ce cancer responsable de 230.000 décès dans le monde est dû à un virus, très fréquent, chez les filles et les garçons appartenant à la famille des papillomavirus humains, le fameux HPV.

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"C'est un virus qu'on attrape presque tous au début de notre vie sexuelle, entre 18 et 25 ans. 80% d'entre nous l'attrapent, et environ 90% d'entre nous s'en débarrassent spontanément. On sait que les Égyptiens en ont retrouvé sur les momies. Ce fameux papillomavirus, quand on l'a découvert, on le retrouve sur des personnes qui sont mortes il y a des milliers et des milliers d'années", explique le Dr Mergui.

Les premiers essais cliniques ont lieu au début des années 2000. Le vaccin cible les HPV 16 et 18, responsables de 70% des cancers du col. 400 femmes volontaires vont recevoir 3 injections. L'efficacité et la tolérance se révèlent très bonnes. "Grâce à la biologie moléculaire, on est arrivé à fabriquer l'enveloppe de ce virus. On arrive, en l'injectant, à créer une défense immunitaire et donc à se défendre activement contre le virus", détaille Jean-Luc Mergui, qui rappelle qu'il n'y a aucun traitement contre le virus. 

Fin 2006, le vaccin reçoit une autorisation de mise sur le marché. Il sera commercialisé en France sous le nom de Gardasil, 450 euros, les 3 doses. En 2007, il est remboursé à 65% et recommandé aux jeunes filles à partir de 14 ans, avant le début des relations sexuelles.

Une polémique qui plombe la couverture vaccinale

Quelques années plus tard, la polémique éclate. Des jeunes filles accusent le vaccin d'avoir provoqué chez elles des maladies auto immunes, lupus, sclérose en plaques... Un combat judiciaire s'amorce, incarné par Marie-Océane Bourguignon, une jeune landaise de 18 ans. Marie-Océane, témoigne ce jour-là sur RTL, avec ses parents Evelyne et Jean-Jacques.

"Au bout de la première injection, dans les 15 premiers jours, je commençais à sentir des fourmillements au bras et à la jambe. Ma jambe je ne la sentais plus", raconte la jeune femme. "À chaque fois qu'on l'amenait d'hôpitaux en hôpitaux, on la ramenait de moins en moins bien", confie son père. "Encore aujourd'hui elle est tout le temps fatiguée, elle ne fait pas des semaines entières de cours. Je ne sais pas ce qu'elle va devenir", s'inquiétait la maman. 

Les plaintes seront classées sans suite. Pas de lien de causalité entre le vaccin et des pathologies du système nerveux central. Les études scientifiques sont formelles. À l'époque Daniel Floret, président du comité technique de vaccination, prend la défense du Gardasil. "Il n'y a aucun signal de ce côté-là en France. Les données de pharmacovigilance à l'international ne montrent pas non plus de lien entre ce vaccin et une quelconque maladie auto-immune", explique-t-il. 

L'Australie avant-gardiste

"Des millions de doses ont été distribuées. On monte en épingle des effets pervers éventuels, on oublie ce qu'apporte le vaccin", relève Daniel Floret. Une polémique qui laissera des traces. La France est l'un des pays ou la couverture vaccinale est la plus faible. Moins de 25% des jeune filles ont reçu les 3 doses. Quant aux garçons, eux aussi concernés par un tiers des cancers lies aux papillomavirus (pénis, anus, amygdales et  gorge), la Haute Autorité de santé vient tout juste de recommander leur vaccination, entre 11 et 14 ans. 

"Cette infection touche autant les hommes que les femmes, d'ailleurs les hommes sont souvent asymptomatiques, ce sont ce qu'on appelle des porteurs sains. Ils vont contaminer une jeune femme, qui elle aura des symptômes. Donc il paraît logique de vacciner tout le monde si on veut éliminer le virus d'une population", éclaire Alexandra Lery

C'est le pari de l'Australie où des campagnes de vaccination massives et gratuites sont organisées dans les collèges. En 10 ans, le taux de femmes porteuses des deux papillomavirus les plus dangereux a chuté spectaculairement. L'Australie qui promet que  dans moins de 20 ans, grâce au vaccin, le cancer du col de l'utérus ne sera plus qu'un mauvais souvenir.

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