Attentats à Paris : où en est la traque des commanditaires et de leurs complices ?

ÉCLAIRAGE - Si les neuf kamikazes sont morts le soir-même ou dans l'assaut de Saint-Denis le 18 novembre, le dernier membre présumé du commando, Salah Abdeslam, et plusieurs complices ont été interpellés au cours des mois suivants.

Attentats à Paris : Salah Abdeslam est sous le coup d'un mandat d'arrêt international
Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Attentats à Paris : Salah Abdeslam est sous le coup d'un mandat d'arrêt international

Impliqué dans les attentats de Paris et de Saint-Denis du 13 novembre, Salah Abdeslam a été blessé et interpellé lors d'un assaut des forces de l'ordre belges à Molenbeek vendredi 18 mars 2016. Ses traces ADN avaient été retrouvées dans un appartement de Forest, en Belgique. Ce dernier avait été perquisitionné mardi 16 mars avant de dégénérer en fusillade, au cours de laquelle Mohamed Belkaïd a été tué par la police. Salah Abdeslam aurait peut-être vécu dans cet appartement.

Les attentats à Bruxelles, qui ont eu lieu mardi 22 mars au matin et qui ont touché l'aéroport de Zaventem et le métro bruxellois, n'auraient pas de rapport direct avec cette arrestation. Au vu de l'ampleur de ces attaques terroristes qui ont nécessité des "moyens importants et paramilitaires", il ne fait aucun doute que tout cela "était préparé à l'avance", selon Roland Jacquart, président de l'Observatoire international du terrorisme. "Malgré la centaine de perquisitions qui ont eu lieu en Belgique, et après toutes les arrestations dont celle de Salah Abdeslam, ces gens avaient quand même planifié une riposte", observe-t-il. Parallèlement à ces attaques, l'enquête sur les attentats de Paris se poursuit. Pour l'instant, aucun individu cité dans ce dossier n'est relié aux attentats de Bruxelles.

Un réseau dense de complices

Près de quatre mois après les attentats sanglants qui ont frappé Paris, l'enquête se poursuit pour démanteler l'ensemble du réseau qui a orchestré ces attaques. Depuis le 13 novembre, les identités des auteurs directs des attentats ont été révélées au compte-goutte mais les enquêtes menées en France comme à l'étranger, et notamment en Belgique, continuent de mettre au jour un réseau dense de complices. Le Monde a révélé le 9 mars qu'un commando "mystérieux", arrêté le 10 décembre dans un centre de réfugiés à Salzbourg (Autriche), pourrait, lui aussi, être directement lié aux attentats perpétrés à Paris.

Le 14 novembre 2015, François Hollande a confirmé que la France venait d'être la cible de l'attentat le plus meurtrier de son histoire, qui a fait au total 130 morts et plus de 350 blessés. En réponse à cette attaque sans précédent, le président de la République avait alors promis que la France serait "impitoyable à l'égard des barbares de Daesh" et agirait "avec tous les moyens, dans le cadre du droit, et sur tous les terrains, intérieurs et extérieurs". En ce début mars, 13 personnes, que les enquêtent associent de près ou de loin aux attaques, sont en détention provisoire.

Salah Abdeslam, le dernier membre présumé du commando, sous les verrous

Après 127 jours de cavale, Salah Abdeslam a finalement été interpellé avec 4 autres suspects au cours d’un coup de filet des polices française et belge dans la commune de Molenbeek, en banlieue de Bruxelles, vendredi 18 mars. Blessé à la jambe, celui que l’on présente comme le logisticien des attentats du 13 novembre a été hospitalisé sous haute surveillance dans l’attente d’un premier interrogatoire par les services de police belge et français.

L'ennemi public numéro un en France et en Belgique, Salah Abdeslam, 26 ans, s'est fait arrêter vendredi 18 mars. Il était visé par un mandat d'arrêt international. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir conduit les trois kamikazes du premier commando au Stade de France, au volant d’une Clio retrouvée dans le XVIIIème arrondissement à Paris, où un autre attentat a probablement été déjoué. Il se serait radicalisé après un séjour en prison pour vol avec effraction et trafic de drogue, en 2010, au cours duquel il aurait côtoyé Abdelhamid Abaaoud. 

En vertu du mandat d'arrêt européen dont il fait l'objet, Salah Abdeslam devrait être prochainement extradé en France. Il sera probablement incarcéré en isolement, dans un quartier de haute sécurité de la prison de Fresnes selon les information du Figaro. Il devrait faire alors l’objet d’une surveillance rapprochée dans l’attente d’un procès exceptionnel aux Assises de Paris.

13 inculpés en lien direct avec les attentats

Ils sont deux en France, Jawad Bendaoud et un dénommé Mohamed S., à être incarcérés depuis leur arrestation à la suite des attentats à Paris. Mohamed S., 25 ans, a été mis en examen le 5 décembre 2015 pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il aurait mis en relation Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abdelhamid Abaaoud, et Jawad Bendaoud, le logeur des terroristes.

Ils sont beaucoup plus nombreux - onze - à se trouver derrière les barreaux en Belgique. Parmi eux figurent Mohamed Amri et Hamza Attou, les complices de Salah Abdeeslam arrêtés le 14 novembre. Comme eux, deux autres individus, Lazez Abraimi et Ali Oulkadi, sont soupçonnés d'avoir aidé Salah Abdeslam dans sa fuite. Les autres individus inculpés en Belgique sont souvent liés de près ou de loin à Salah Abdeslam. Tous ont été arrêtés lors des perquisitions menées à Molenbeek (Belgique). Dans d'autres pays, 5 personnes - une en Allemagne, une en Turquie, deux en Autriche et une au Maroc - ont également été arrêtées.

Mohamed Abrini activement recherché

Mohamed Abrini, Belgo-Marocain de 30 ans, serait l'un des proches de Salah Abdeslam. Il a été filmé deux jours avant les attentats, aux côtés de Salah Abdeslam, dans une station-service de l'Oise, sur l’autoroute A1, en direction de Paris. Il était alors au volant de la Renault Clio retrouvée dans le XVIIIe arrondissement. Ce suspect, présenté comme potentiellement dangereux, l'objet d'un mandat d'arrêt international.

Sur les 9 kamikazes, 7 meurent, 2 prennent la fuite

Les neuf terroristes du 13 novembre étaient déployés en trois commandosLes trois hommes du commando qui a frappé au stade de France sont morts sur place après avoir activé leurs ceintures d'explosifs. Dans le second commando, qui a sévi aux terrasses de bars et restaurants des Xème et XIème arrondissements de la capitale, deux des trois kamikazes sont parvenus à prendre la fuite : Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. Ils seront tués dans l'assaut du 18 novembre, à Saint-Denis. Le troisième commando, celui du Bataclan, le plus meurtrier des trois, a perdu la vie sur place.

L'assaut de Saint-Denis

Le 18 novembre vers 4h25 du matin, un assaut a été donné par les forces de police, à Saint-Denis. Il ciblait les occupants d'un appartement, et notamment Abdelhamid Abaaoud, l'homme du second commando, organisateur présumé des tueries, qui avait pris la fuite le 13 novembre. D'après l'enquête, il aurait rejoint les rangs de l'État islamique en 2013. Au total, trois forcenés sont morts lors de l'assaut à Saint-Denis, parmi lesquels Abdelhamid Abaaoud, mais aussi Chakib Akrouh, dont l'ADN a ensuite prouvé qu'il était l'autre fuyard du 13 novembre et Hasna Aït Boulahcen, cousine d'Abaaoud.

7 personnes interpellées, dont Jawad Bendaoud

Après plusieurs heures, les opérations policières avaient débouché sur huit interpellations, dont celle de Jawad Bendaoud, le logeur des terroristes. Celui-ci a marqué les esprits. Il avait communiqué en direct sur BFMTV avant d'être interpellé. Derrière les parodies de son témoignage se cachent des faits plus alarmants. Il a depuis été placé en détention provisoire, pour association de malfaiteurs criminelle en relation avec une entreprise terroriste et détention en bande organisée d'explosifs et d'armes en relation avec une entreprise terroriste. Sept autres personnes ont été interpellées à la suite de l'assaut de Saint-Denis. Elles ont été relâchées à l'issue de leur garde à vue.

La piste de Molenbeek

Fin décembre, le quotidien Le Monde, qui a eu accès à l'enquête, révèle que l'attaque de la capitale le 13 novembre a été téléguidée depuis la Belgique. Un téléphone portable, jeté par les membres du troisième commando, retrouvé dans une poubelle à proximité du Bataclan, a permis de remonter la piste des complices jusqu'en outre-Quiévrain. C'est de la commune de Molenbeek, en périphérie bruxelloise, que viendraient des individus activement recherchés.

Salah Abdeslam et son frère Brahim, qui s'est fait exploser le 13 novembre en terrasse d'un bar du 11e arrondissement de Paris, sont nés à Molenbeek. Les deux individus sont Français par leurs parents, qui sont originaires du Maroc et ont obtenu la nationalité française après avoir vécu en Algérie française. Le frère de Salah et Brahim Abdeslam, Mohamed, confie avoir observé "un changement de comportement" chez ses frères, six mois avant leur passage à l'acte. Il assure que personne dans leur famille n'était au courant de leur dessein. Salah Abdeslam aurait pu bénéficier de soutiens dans la commune qui l'auraient aidé à se cacher.

Deux amis belges de Salah Abdeslam poursuivis en justice

Le 13 novembre au soir, Salah Abdeslam a appelé deux de ses amis en Belgique, Hamza Attou et Mohamed Amri, pour qu’ils l’aident à repasser la frontière. Vers 3 heures du matin, les deux hommes l'ont récupéré pour regagner la Belgique. Contrôlé à Cambrai vers 9 heures du matin, leur véhicule a été autorisé à repartir car Salah Abdeslam n'était alors pas identifié. 

Arrêtés le lendemain, sans que la police belge n'ait de trace d'Abdeslam, Hamza Attou et Mohamed Amri sont, depuis, poursuivis pour leur soutien logistique dans la fuite de ce dernier. Ils nient être directement impliqués dans l’attaque. Mohamed Amri est toutefois soupçonné d’avoir pu jouer un rôle dans la confection des explosifs, d'après Le Monde.

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par Clémence BauduinJournaliste
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