10 min de lecture Législatives 2017

VIDÉOS - L'Assemblée a changé, l'opposition aussi... Comment s'y retrouver ?

DÉCRYPTAGE - Après ces élections législatives, les rapports de force ont évolué au sein de l'Assemblée nationale. Les Républicains, Front national, France insoumise, Parti socialiste... Que vont devenir les partis d'opposition ?

Jean-Christophe Cambadélis, le 11 mars 2013 Crédit : THOMAS SAMSON / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Le paysage politique français n'a de cesse de se transformer. L'élection présidentielle a, en premier lieu, vu l'arrivée à l'Élysée d'un homme politique sans mandat et à l'origine d'un mouvement politique créé un an auparavant. Les élections législatives, ensuite, ont entraîné une profonde transformation de l'Assemblée nationale, avec l'avènement d'une nouvelle génération politique.

Les Décodeurs du Monde ont fait les comptes : sur les 577 députés élus en 2012, "seuls 145 ont été reconduits". Ainsi, 75% de l'Assemblée nationale a été renouvelée, avec le scrutin qui s'est tenu le 18 juin. Pour cette nouvelle législature qui s'annonce, la chambre basse connaît un record du nombre de députées. Elles sont 223 contre 155 en 2012. La moyenne d'âge des députés baisse, elle, de cinq ans, passant de 54 ans en 2012 à 48 ans et 8 mois en 2017.

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Cette nouvelle Assemblée sera donc constituée de nouveaux visages. Les résultats des élections législatives s'inscrivent aussi dans la démarche de renouvellement des partis politiques qui, après la présidentielle, avaient déjà entamé leur phase de transition.

Baroin : des législatives délicates après une présidentielle harassante

KO après la présidentielle - une élection qui leur était pourtant promise, selon les dires de ses cadres -, Les Républicains se sont jetés dans la bataille des législatives. Exit François Fillon et son programme. Bonjour François Baroin, accompagné d'un projet recentré sur la baisse des impôts et les retraités. Le "plan B" de la présidentielle s'est mué en chef de file et a attaqué avec férocité le programme de La République En Marche ainsi qu'Emmanuel Macron. Mais face à l'entrée de trois membres des Républicains à des postes clés du gouvernement - Édouard Philippe premier ministre, Bruno Le Maire ministre de l'Économie et Gérald Darmanin ministre de l'Action et des Comptes publics -, le parti s'est retrouvé face à un dilemme : s'allier au président de la République ou se recentrer sur son électorat de droite ?

Les Républicains sont désormais divisés entre "les constructifs", qui revendiquent haut et fort leur envie de collaborer avec Emmanuel Macron, et les autres. Parmi eux figurent notamment Jean-Pierre Raffarin, Thierry Solère et Franck Riester. Selon eux, "Emmanuel Macron a tout intérêt à pouvoir s'appuyer le cas échéant sur un groupe de centre droit autonome pour maintenir l'équilibre de sa politique". L'ancien premier ministre ajoute dans Le Figaro que les constructifs soutiendront le gouvernement sur les "quelques grands sujets sur lesquels il y a accord avec Macron : Europe, entreprises, École".

Ce rapprochement n'est pas du goût du reste des Républicains. Brice Hortefeux expliquait sur CNews, ce lundi 19 juin, que "nous devons tout mettre en oeuvre pour faire prévaloir cette unité, parce qu'il n'y a pas de perspective de rebond, de reconquête si nous ne sommes pas unis (...) Il faut être raisonnable. Je ne partage pas à titre personnel, la démarche de ceux qui se baptisent 'constructifs'. Je trouve qu'au contraire le risque est grand et peut être destructif". Même son de cloche chez Nadine Morano, qui les qualifiait de "démolisseurs" sur France info : "Ils ont tenté de nous démolir. Ils sont les artisans de la défaite de certains de nos amis parlementaires, qui aujourd'hui devraient être à l'Assemblée nationale (...) Ce sont des naïfs, des supplétifs parce qu'Emmanuel Macron n'a pas besoin d'eux. Il va s'en servir, les essorer et les jeter (...) Ces personnes doivent faire un choix. On ne peut pas dire : 'D'un côté j'appartiens à une famille politique mais en même temps, je soutiens le président de la République'". Selon nos informations, certains auraient conseillé à François Baroin de charger "les constructifs" lors de son discours à l'issue du second tour des élections législatives. Ce que l'ancien ministre a refusé de faire.

Et maintenant pour Les Républicains ?

Selon Alain Duhamel, invité du #RTLsocialstudio, "Les Républicains font un score tout à fait honorable. Évidemment, ils avaient un nombre d'élus plus important en 2012 mais ils tiennent plus qu'on ne l'imaginait". Comment expliquer l'élection des 131 députés Les Républicains ? "Certains sont très bien implantés sur le territoire. Le thème de cet entre-deux-tours a été : 'Ne donnons pas tous les pouvoirs aux mêmes. Équilibrons un peu, laissons la majorité à Emmanuel Macron et mettons des contre-pouvoirs en face. Ça a été entendu", ajoute l'éditorialiste.

Le directeur de la rédaction du Figaro Magazine, Guillaume Roquette, indique que le parti "n'a pas été éliminé, contrairement aux socialistes. Malgré la division profonde qui existe chez Les Républicains, ils ont réussi à sauver les meubles. Il y a un socle électoral solide, c'était celui de François Fillon au moment de la présidentielle et celui des Républicains au premier tour des législatives. Cela va leur permettre de continuer à exister, bien qu'une partie soit dans l'opposition et une autre soit ralliée plus ou moins ouvertement à Emmanuel Macron". Dans le #RTLsocialstudio, le journaliste ajoute que "le plus difficile commence pour Les Républicains (...) C'est parce qu'ils n'avaient pas réussi à se mettre d'accord sur une ligne claire lors de la présidentielle qu'ils ont perdu et qu'une partie des électeurs est allée au Front national ou chez Emmanuel Macron". 

Mélenchon : une opposition franche pour se remettre de la désillusion

Après la désillusion de l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon n'a eu qu'un objectif : incarner l'opposition face à Emmanuel Macron. L'ancien candidat à l'élection présidentielle doit redorer son image, écornée auprès des électeurs et de ses Insoumis pour ne pas avoir donné de consignes de vote claires lors de l'élection présidentielle. "Je suis une personne libre. Moi j’irai voter. (…) Ce que je vais voter, je ne vais pas le dire. Mais il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce que je vais faire. Pourquoi je ne le dis pas ? Pour que vous puissiez rester regroupés. Pour que chacun d’entre vous, quelle que soit la décision qu’il va prendre, puisse rester en cohérence avec le vote qu’il a fait à la présidence pour moi, qu’il soit fier de ce vote", expliquait-il dans une vidéo postée sur son compte YouTube.

Le 16 juin à l'antenne d'Europe 1, Jean-Luc Mélenchon interpellait les électeurs : "Les gens ont préféré faire la grève froide du vote en n'allant pas voter plutôt que de nous désigner comme la force d'opposition. Je leur dis : la force d'opposition c'est nous. Si vous ne le faites pas, vous allez terminer avec le parti unique et 570 circonscriptions Macron. C'est de la folie !". Il a alors décidé d'affronter sur le terrain le candidat socialiste Patrick Mennucci dans la 4ème circonscription de Marseille, car son objectif est clair : "Pas affaiblir le Parti socialiste, mais le remplacer". À ceux qui l'accusent de parachutage. il fait savoir qu'il ne jouera pas au "petit modeste (...) Comme s’il fallait demander un passeport pour venir (...) Dans cette ville, il n’y a que des parachutés !". 

Jean-Luc Mélenchon a été élu dans la 4ème circonscription de Marseille avec 59,85% des voix contre 40,15% pour Corinne Versini, la candidate de La République En Marche. Alexis Corbière, élu député dans la 7ème circonscription de Seine-Saint-Denis, a déclaré au lendemain de la victoire de la France Insoumise : "Ce que nous voulons, c'est faire un groupe qui est clair (...), un groupe d'opposition clair, pas un groupe où il y a de tout, comme ce groupe socialiste où il y a des socialistes élus en disant qu'ils sont macron-compatibles et d'autres qui ne le seraient pas". Le porte-parole de la France Insoumise a ajouté sur France inter qu'il souhaitait que ce groupe soit "présidé par Jean-Luc Mélenchon".

Et maintenant pour la France Insoumise ?

À l'annonce de sa victoire, Jean-Luc Mélenchon a mis en garde la majorité La République En Marche. "Cette majorité boursouflée constituée à l'Assemblée nationale n'a pas à nos yeux la légitimité (...) pour perpétrer le coup d'État social qui était en prévision, c'est-à-dire la destruction de tout l'ordre public social par abrogation du Code du travail", a-t-il expliqué. "Sur la forme, son discours était remarquable. J'ai trouvé que le caractère rugissant de Jean-Luc Mélenchon tranchait avec le côté funèbre de Jean-Christophe Cambadélis. La dynamique à gauche est plus du côté de la France Insoumise que du Parti socialiste. Cependant, il dit qu'il est prêt à former un groupe à l'Assemblée nationale et en même temps, il remet en cause la légitimité. Ça ne tient pas, on ne peut pas être dedans et dehors. Paradoxalement, le fait que la France Insoumise ait un nombre suffisant d'élus pour former un groupe et que Jean-Luc Mélenchon soit élu, ça démonétise l'argument selon lequel cette Assemblée ne serait pas représentative des Français", analyse Guillaume Roquette.

Selon Alain Duhamel, "Jean-Luc Mélenchon voulait être l'opposition. Il veut toujours être la personne. Il a été élu et bien élu. C'est une nouveauté pour lui car il n'a jamais été élu à l'Assemblée nationale (...) On l'entendra. Je souhaite bon courage au futur président de l'Assemblée nationale et aux vice-présidents qui présideront les séances pour le couper quand il aura commencé un discours".

Le Pen : séduire une partie de l'électorat FN, déçu de la présidentielle

Décrédibilisée auprès d'une partie de son électorat, Marine Le Pen doit gérer une crise au sein du Front national. La ligne dite "Philippot" est remise en cause depuis l'échec de la candidate à l'élection présidentielle. Cependant, pas question pour la présidente du Front national de laisser le doute s'immiscer à l'intérieur de son parti. En 2012, Marine Le Pen s'était présentée aux élections législatives dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais. En 2017, l'ancienne candidate pour la course à l'Élysée a obtenu 58,60% des voix contre son adversaire, la candidate de la République en Marche, Anne Roquet (41,40%). En parallèle, le vice-président du parti a lancé Les Patriotes, une association présentée comme une "boîte à idées au sein du Front national pour aider à la refondation" et "perpétuer cette dynamique de rassemblement de patriotes". La nouvelle a été accueillie fraîchement chez les membres du parti.

De son côté, Jean-Marie Le Pen indiquait dans un entretien au Figaro que "le changement de nom, c'est comme le changement du climat, c'est bidon". Il a aussi détaillé "un certain nombre de failles, y compris sur le plan technique puisqu'il y a eu des problèmes d'affiches et de bulletins de vote (...) Je constate que le Front national est probablement le seul parti politique au monde qui n'a pas de journal". Il ajoute : "La pensée politique si Marine Le Pen quitte le terrain de l'euro, sans doute se privera-t-elle des services de monsieur Philippot. Mais cela peut se faire dans le cadre d'un congrès". 

Ce lundi 19 juin, Marine Le Pen a appelé à la refondation du Front national. D'après elle, ce débat doit avoir lieu "avec courtoisie et camaraderie". "Ce débat, je vais l'organiser, je veux que nous puissions l'avoir - et j'espère le faire d'ailleurs à la fin du mois de juillet. Je souhaite qu'il y ait une forme de séminaire, avec des réunions de réflexion sur toute une série de sujets. Nous devons nous poser la question de ce qui a bien marché, de ce qui a moins bien marché, de ce qui a créé des dynamiques et de ce qui a freiné des dynamiques, c'est notre obligation de le faire".

Et maintenant au Front national ?

Selon Guillaume Roquette, la victoire du Front national dans le nord du pays s'explique par le fait qu'il existe deux courants au sein du parti : "Celui du Nord, qui est vraiment social, et celui du Sud, qui est très identitaire. Le Front national a obtenu ces meilleurs résultats dans le Nord car le clientélisme socialiste ne fonctionnait plus. La loi El Khomri a sûrement joué. Le tournant social-libéral de François Hollande est mal passé chez ces électeurs-là. Marine Le Pen a réussi à trouver un réservoir d'électeurs mais ça n'est pas tout le Front national".

À l'antenne de RTL, Louis Aliot a confié qu'il n'y avait "aucune raison" que les huit députés frontistes "ne s'associent pas avec d'autres personnalités pour former un groupe" à l'Assemblée nationale. "J'ai vu que Nicolas Dupont-Aignan est élu, j'ai vu qu'il y avait des députés indépendants. Je ne les connais pas, je ne sais pas qui ils sont, on verra bien comment tout cela se passe, a estimé le député des Pyrénées-Orientales. Sait-on jamais, peut-être que d'ici-là, un groupe se formera. Après tout, il suffit de s'entendre sur un projet d'opposition, il n'y a aucune raison que nous ne nous associions pas avec d'autres personnalités pour former un groupe".

Cambadélis : le constat de la "déroute du Parti socialiste"

La déroute du Parti socialiste aux élections législatives semble être le prolongement de la lourde défaite de l'élection présidentielle. Avec 32 députés élus, le Parti socialiste enregistre un résultat historiquement bas, en-deçà du score obtenu en 1993 (57), mais qui devrait lui permettre de former un groupe à l'Assemblée, contrairement à ce que certains responsables craignaient ces derniers jours. "Ce soir, malgré une abstention alarmante, le triomphe d'Emmanuel Macron est incontestable ; la défaite de la gauche est incontournable; la déroute du Parti socialiste, sans appel", a concédé Jean-Christophe Cambadélis.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, "qui avait accédé à la tête du parti en 2014 et qui avait été sèchement battu au premier tour des législatives dimanche dernier, a annoncé son départ de la direction du parti : 'La gauche doit tout changer, la forme comme le fond, ses idées comme ses organisations (...). J'accompagnerai ce combat décisif avec volonté mais je ne le ferai pas en tant que Premier secrétaire du Parti socialiste', a-t-il dit", indique l'AFP. Une direction collégiale sera mise en place "dans les plus brefs délais", a-t-il précisé. Selon l'une des porte-paroles du PS, Corinne Narassiguin, le Bureau national du PS devrait discuter mardi du calendrier de ces changements. 

Et maintenant pour le Parti socialiste ?

Dans le #RTLsocialstudio, Olivier Mazerolle explique qu'au Parti socialiste, "ils sont tous à terre". "Jean-Christophe Cambadélis a été très digne dans la défaite. il a souvent été critiqué, parfois à juste titre, parce qu'il avait des propos compliqués et tacticiens. C'est un adepte de la politique politicienne. Il a fait un discours de responsable politique. Il a reconnu la défaite, sa part de responsabilité dans la défaite et il a démissionné. Il a reconnu la réalité", ajoute-t-il.

Le journaliste politique estime que le Parti socialiste "doit définir ce qu'est la gauche aujourd'hui. Quelle est sa vocation. La social-démocratie a fonctionné sur la redistribution mais à oublier qu'avant de redistribuer, il fallait produire. Elle doit trouver une autre manière de fonctionner. Cela va prendre du temps". 

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2017-06-20 12:54:00
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