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Gouvernement Philippe II : pourquoi le remaniement est plus politique que prévu

ÉCLAIRAGE - Le premier remaniement ne devait être qu'une simple opération "technique". Mais les affaires ont changé la donne.

La gouvernement d'Emmanuel Macron a été annoncé le 17 mai
La gouvernement d'Emmanuel Macron a été annoncé le 17 mai Crédit : Montage RTLNET
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Au lendemain de la victoire de La République En Marche aux législatives, Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement, annonçait qu'"un remaniement technique et non d'ampleur" se profilait. Comme le veut la tradition républicaine, le premier ministre est appelé à présenter la démission de son gouvernement à l'issue de cette échéance électorale. Immédiatement reconduit à Matignon par Emmanuel MacronÉdouard Philippe doit à présent composer ce dont l'histoire se souviendra comme étant le gouvernement Philippe II.

Et la tâche s'annonce bien plus corsée que prévu. Depuis la démission du premier exécutif (17 mai 2017 - 19 juin 2017), les rebondissements s'enchaînent. Un peu avant 19h lundi 19 juin, la première grosse annonce émane de l'AFP. Et la formulation a son importance. Emmanuel Macron demande à Richard Ferrand, ministre sortant de la Cohésion des territoires, de quitter le gouvernement pour briguer la présidence du groupe La République En Marche à l'Assemblée nationale.

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Un transfert présenté comme une promotion par le secrétaire général de La République En Marche. Les éditorialistes, eux, sont nombreux à le qualifier d'exfiltration moins d'un mois après l'éclatement de l'affaire Ferrand. En effet, le 24 mai, Le Canard Enchaîné mettait en cause le ministre de la Cohésion des territoires, directeur des Mutuelles de Bretagne au moment des faits, pour des tractations immobilières impliquant sa compagne dans une affaire remontant à 2011. Invité de RTL mardi 20 juin, Richard Ferrand se félicite de la "confiance" que lui accorde le président et garantit qu'il ne s'abritera pas derrière son immunité parlementaire au cas où il serait mis en examen. "Il n'est pas question d'immunité, si le procureur souhaite m'entendre, il m'entendra, cela va de soi, évidemment, évidemment".

MoDem et LR au centre des attentions

Après l'annonce de ce transfert, la Cohésion des territoires cherche donc preneur. Plusieurs secrétaires d'État supplémentaires pourraient par ailleurs être nommés. Le remaniement de l'équipe gouvernementale a pris une tournure politique mardi 20 juin. Sylvie Goulard, ministre des Armées, a indiqué dans un communiqué sa volonté de ne pas rempiler au gouvernement qui sera nommé au plus tard mercredi 21 juin à 18h afin de "démontrer librement de sa bonne foi" dans le dossier des assistants parlementaires du MoDem.

"Le Président de la République a entrepris de restaurer la confiance dans l’action publique, de réformer la France et de relancer l’Europe. Cette entreprise de redressement doit l’emporter sur toute considération personnelle. C’est pourquoi j’ai demandé au président de la République, en accord avec le premier ministre, de ne plus faire partie du gouvernement", écrit ainsi Sylvie Goulard. "Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli", ajoute-t-elle.

La désillusion est sans doute grande du côté de l'Élysée. Ministre des Armées, Sylvie Goulard était la seule femme à avoir hérité du statut de ministre d'État dans le premier gouvernement. D'après BFMTV, elle aurait prévenu le couple exécutif depuis plusieurs jours. Selon franceinfo, la justice pourrait reprocher à l'ancienne eurodéputée d'avoir employé Stéphane Thérou à 75%. Dans le même temps, ce très proche de François Bayrou - le maire de Pau l'aurait imposé à Sylvie Goulard - était un cadre du MoDem en charge de la formation des élus. Deux missions difficilement compatibles, selon les témoignages recueillis par nos confrères.

Bayrou et De Sarnez sous pression ?

Cette démission peut-elle donner lieu à d'autres départs de ministres MoDem au sein du gouvernement ? Interrogé par nos confrères du Monde, François Bayrou, qui "a vocation à rester au gouvernement" selon Édouard Philippe - interrogé avant l'annonce du départ de Sylvie Goulard - a qualifié de "strictement personnelle" la décision de sa collègue. En aucun cas, pour le président du parti centriste, elle viendrait à remettre en cause l'accord de gouvernement conclu avec Emmanuel Macron.

Les rivalités au sein du MoDem sont-elles en train de prendre le dessus ? Sylvie Goulard réfute le caractère personnel de sa décision. Un proche de la désormais ex-ministre, cité par LCI, assure qu'elle "s'applique des critères d'exigence".

Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, n'exclut rien dans les colonnes du Parisien. "Tout est ouvert pour moi. Le gouvernement ou la présidence du groupe MoDem à l'Assemblée. Ce sont deux engagements passionnants."

Corinne Lepage auditionnée

Le calendrier n'est décidément pas à l'avantage des ténors du MoDem. L'ancienne députée MoDem, Corinne Lepage, qui a dénoncé certaines pratiques dès 2014, était entendue comme témoin ce mardi 20 juin dans l'affaire des soupçons d'emplois fictifs du MoDem au Parlement européen. Invitée de RTL, la présidente de Cap 21 assure que François Bayrou et Marielle de Sarnez sont "certainement" fragilisés par le départ de Sylvie Goulard. Selon elle, François Bayrou "pose un problème". "De très nombreux concitoyens ne comprennent pas très bien.et se posent des questions.

Selon Le Monde, l'entourage d'Emmanuel Macron fait pression sur François Bayrou, qui doit défendre le projet de loi de confiance dans la vie publique, "pour le pousser à partir", malgré le soutien affiché du premier ministre. Deux jours après que La République En Marche a obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale - sans le soutien du MoDem - l'entreprise de déstabilisation est en marche.

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2017-06-20 15:29:52
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