Primaire Les Républicains : pourquoi les femmes de l'opposition ont peu de chances de pouvoir se présenter

ÉCLAIRAGE - Les règles de la primaire à droite contraignent les candidats à obtenir un nombre minimum de voix de la part des parlementaires. Ses soutiens risquent de se diriger principalement vers quelques grands noms.

La relation entre NKM et Nicolas Sarkozy se sont dégradées depuis 2012.
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La relation entre NKM et Nicolas Sarkozy se sont dégradées depuis 2012.

Avec l'annonce de la candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet à la primaire de la droite et du centre, mardi 8 mars, la question de la présence des femmes dans ce scrutin prend de l'ampleur. Leur capacité à se présenter est conditionnée par la "charte de la primaire" et semble menacée par la puissance de certains candidats hommes déjà confirmés, qui accaparent la quasi-totalité des soutiens potentiels.

Pour être validée, chaque candidature nécessite un minimum de soutiens à aller chercher chez les 925 parlementaires français - 577 députés et 348 sénateurs - et chez les adhérents. Des soutiens que Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano, ou encore Michèle Alliot-Marie - potentielle candidate non déclarée pour l'heure - ne sont, à ce stade de pré-parrainages, pas assurées d'obtenir.

Thierry Solère, président du comité d'organisation de la primaire, a récemment déclaré qu'une élection sans candidate ne le dérangerait pas. "Je n'ai pas à vous inventer des candidats qu'on mettrait dans la primaire parce que femmes. Ce serait désastreux et terrible sur la vision des femmes", a-t-il affirmé. Le chemin, de prime abord miné par des règles de candidature fermes, est encore long pour ces éventuelles candidates.

Les règles de la primaire à droite

Le groupe Les Républicains a établi en 2015 sa "charte de la primaire", ouverte aux autres partis de droite ainsi qu'aux éventuels candidats centristes. La charte établit que chaque candidat déclaré, pour voir sa candidature finalisée, doit se soumettre à un certain nombre de conditions. La première est que chacun d'entre eux doit obtenir le soutien "d'au moins 250 élus, répartis sur au moins trente départements". La seconde condition est qu'"au moins 20 parlementaires" - peu importe leur appartenance - figurent dans cette liste des 250 élus. Enfin, le candidat doit aussi pouvoir revendiquer la présentation "d'au moins 2.500 adhérents du parti 'Les Républicains', répartis sur au moins quinze fédérations départementales".

Au vu de ces critères, il apparaît qu'aller jusqu'au bout de la campagne sera a priori plus facile pour les ténors des Républicains que pour les électrons libres. Au premier rang de ceux-là figure Nathalie Kosciusko-Morizet, évincée de la direction des Républicains en décembre, et désolidarisée du chef du parti, Nicolas Sarkozy, depuis 2012.

NKM, seule contre tous

Nathalie Kosciusko-Morizet se lance tout de même dans la course à la primaire de la droite. Elle l'a annoncé officiellement, mardi 8 mars. Celle-ci se trouve "désespérément isolée au sein de sa famille politique, fait toutefois remarquer Marianne. Aucun maire d'arrondissement n'a fait le déplacement" au cours du lancement de sa campagne, ni "aucun député, aucun sénateur".

Cet événement laisse augurer des difficultés que NKM rencontrera à rassembler le soutien de 20 parlementaires Les Républicains, quand beaucoup d'entre eux se rangeront derrière Nicolas Sarkozy - qui patiente avant d'officialiser sa candidature -, Alain Juppé ou François Fillon. Mais la charte ne stipule pas que les parlementaires à séduire doivent appartenir à la droite. NKM l'a bien compris. C'est la raison pour laquelle elle se rapproche actuellement des parlementaires centristes et écologistes, dont quelques-uns pourraient lui porter leurs soutiens.

Nadine Morano, une place de choix

Elle est peut-être mieux engagée dans cette primaire que sa consœur. L'entourage de Nadine Morano, confiant, assure que l'épisode de la race blanche lui a apporté des soutiens spontanés d'adhérents au Républicains ou de parlementaires. L'eurodéputée s'attelle désormais à les convertir en autant de parrainages pour sécuriser les seuils exigés par la charte. Nadine Morano aurait pu prétendre à la primaire à droite au nom du Rassemblement pour le peuple de France, parti qu'elle a créé en 2012 et dont elle est la cheffe. Cela aurait modifié les conditions de candidature à la primaire, différentes pour les micro-partis, de celles imposées aux Républicains. Toutefois, Nadine Morano a tout intérêt à obtenir les parrainages imposés pour les candidats LR, qui, le cas échéant, lui conféreront une légitimité certaine.

Michèle Alliot-Marie à l'ombre des ténors

Michèle Alliot-Marie pourrait, d'après Le Figaro, s'inscrire elle aussi dans la grande course de la primaire. En comparaison à Nathalie Kosciusko-Morizet et Nadine Morano, plus jeunes, l'eurodéputée devra faire oublier la ligne politique de la droite UDF-RPR qu'elle a incarnée. Moins visible sur la scène de l'opposition que NKM ou Nadine Morano, "MAM" pourrait voir ce retrait la ralentir dans l'épreuve. Toutefois, sa fidélité au camp de droite et la connaissance qu'elle a de celui-ci pourraient également convaincre une vingtaine de parlementaires de s'en remettre à elle. Et comme en politique, le retrait a parfois du bon - en témoigne la success story Alain Juppé, autrefois premier ministre abhorré -, son relatif silence lui permet également de revenir en avant tout en ayant fait oublier les polémiques datant de son passage au ministère des Affaires étrangères.

Les hommes ont-ils intérêt à redistribuer leurs soutiens de parlementaires ?

Mardi 8 mars au bureau politique des Républicains, un débat sur les investitures aux prochaines législatives s'est enflammé. Un "problème de femmes" a été évoqué à plusieurs reprises. Il n'y a pas assez de femmes et le parti risque de se voir une nouvelle fois sanctionné. "Ça va encore nous coûter des millions cette affaire", a alors grondé Daniel Fasquelle, trésorier du parti. "Mesdames, vous avez là une opportunité à saisir", a-t-il ironisé. "On avait l'impression qu'ils avaient besoin de leur quota de vaches laitières", a réagi l'une des femmes présentes, indignée.

Ce que ne précise pas, pour l'heure, l'histoire de cette primaire dont l'écriture s'accélère ces dernières semaines, c'est que les hommes en lice qui obtiendront les soutiens de plus de 20 parlementaires auraient tout intérêt à inviter ces parlementaires à reporter leurs soutiens à des candidat(e)s dans le besoin. Reporter son trop-plein de soutiens à une candidate femme serait pour eux l'occasion de démontrer modernité et ouverture d'esprit pour susciter l'intérêt de potentiels nouveaux électeurs, pour les scrutins des 20 et 27 novembre prochains.

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par Clémence BauduinJournaliste
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2016-03-11 12:14:00
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