François Hollande peut-il rassembler la gauche derrière lui ?

HOLLANDE 2016 (3/4) - S'il veut conserver une chance d'être présent au second tour de l'élection présidentielle de 2017, François Hollande doit contenir sa majorité pour éviter l'émergence d'une autre candidature à gauche.

François Hollande à l'Élysée le 2 décembre 2015.
Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
François Hollande à l'Élysée le 2 décembre 2015.

2016 est la dernière année pleine du mandat de François Hollande. Comment le président de la République aborde-t-il d’un point de vue politique cette dernière ligne droite ? Depuis son élection en 2012, le paysage a changé en France. Le Parti socialiste, qui dirigeait une écrasante majorité de territoires, a été pulvérisé élection après élection. La droite, elle, a retrouvé un ancrage local puissant mais n'a pas triomphé. En effet, le Front national est lui aussi monté en puissance. Le parti présidé par Marine Le Pen a enchaîné les records de voix, en remportant par exemple les élections européennes de 2014 et en s’adjugeant la première place au premier tour des élections régionales de 2015. Pas suffisant néanmoins pour se retrouver à la tête d’une grande collectivité.

Sur le papier, François Hollande, président le moins populaire de la Ve République, a peu de chances d’être reconduit dans ses fonctions en 2017. Mais à moins de dix-huit mois de l’échéance, le chef de l’Etat ne compte pas abandonner. Cette année sans élection nationale s’annonce éminemment politique et ponctuée de négociations à gauche.

Le chef de l’Etat l’a placée sous le signe de l’union de sa majorité et plus largement de la gauche. S’il veut être assuré d’avoir sa place au second tour de la présidentielle l’an prochain, François Hollande, souvent qualifié d’homme de consensus et/ou de synthèse, doit empêcher les candidatures de se multiplier dans son camp. L’absence de Lionel Jospin au second tour de la présidentielle de 2002 traumatise encore les occupants de la rue de Solférino.

Oui ou non à la primaire à gauche : réponse fin janvier

Certaines personnalités de gauche, les écologistes Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot en tête, perturbent ses plans. Dans une tribune qu’ils ont signée dans le quotidien Libération le 11 janvier 2016, des intellectuels et des politiques, fondateurs du collectif Notreprimaire, réclament une primaire "des gauches et de l’écologie". Ils remettent ainsi en cause l’autorité et la légitimité du président sortant.

L’idée fait son chemin. La gauche de la gauche, critique à l’égard de la politique du gouvernement socialiste depuis son arrivée aux affaires, y voit une opportunité. Dans Libération, Benoît Hamon, bref ministre de l’Éducation nationale du gouvernement de Manuel Valls, explique qu’il trouve l’initiative "salutaire sur le plan démocratique". Elle permettrait, selon lui, de "clarifier" les lignes à gauche. Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste sévère vis-à-vis de l’exécutif, s’imagine déjà candidate. Christian Paul, l'un des leaders des frondeurs, va plus loin. Selon lui, "pour 2016, tout est ouvert"La gauche du PS se prononcera "collectivement" à la fin du mois de janvier sur l'opportunité d'organiser une primaire, qui est, en plus, inscrite dans les statuts du parti.

Primaire à gauche : Solférino n'en veut pas

En participant à une primaire ouverte au-delà des militants du PS, François Hollande a tout à perdre. Jean-Christophe Cambadélis l’a bien compris. Le premier secrétaire du PS préfère "travailler à l’union" de la gauche en 2016 autour de François Hollande dans "une stratégie de dépassement du Parti socialiste". Pas sûr que l’idée enthousiasme les détracteurs de la politique gouvernementale, déçus notamment par les mesures économiques (Accord national interprofessionnel, le Crédit impôt compétitivité emploi, travail du dimanche) prises par le gouvernement et son manque de résultat sur le front de l’emploi. 

Les négociations avec Europe Écologie Les Verts, qui a de nouveau manifesté son hostilité au projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, s’annoncent difficiles. La discussion avec Jean-Luc Mélenchon apparaît, elle, impossible. Le leader du Parti de gauche refuse d'ores et déjà de participer à une quelconque primaire avec François Hollande. "S'il gagne, je n'appellerai pas à voter pour lui", prévenait-il au micro de RTL.

Des divisions accentuées pendant le mandat de François Hollande

Rassembler : la mission paraît impossible compte tenu de l’état des relations entre les différents partis de gauche et du nombre florissant de mouvements à l’intérieur du Parti socialiste. Rue de Solférino, on se souvient qu’en 2014 le mouvement des frondeurs s’est étoffé au Parlement. Certains députés PS s’étaient même abstenus au moment du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale en juillet 2014. Le mois suivant, Arnaud Montebourg, l'un des piliers de l’aile gauche du PS, était remplacé par l’ancien banquier d’affaires Emmanuel Macron au ministère de l’Économie. Un nouveau ministre dont la loi sur la croissance a été votée en trois fois le 10 juillet 2015 grâce à l’article 49-3 de la Constitution.

Après la déroute des élections régionales de décembre dernier, le président de la République, qui n’a pas souhaité s’impliquer dans la campagne, devait mettre en place sa stratégie du rassemblement dès ce début d’année 2016. Il n’en prend toutefois pas le chemin. Avec son premier ministre Manuel Valls, François Hollande est en effet empêtré dans un débat autour de la déchéance de nationalité qui n’en finit plus. D’abord applaudie par l’ensemble du Congrès réuni à Versailles au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, l’idée, qui a avant tout une portée symbolique, divise finalement les parlementaires socialistes. Pour être voté en février, le projet de réforme constitutionnelle devra réunir les trois cinquièmes des parlementaires. Le gouvernement doit donc convaincre son camp. La droite revendique être la première à avoir proposé cette mesure et devrait donc la voter. Une situation paradoxale.

Vers un parti social-démocrate ?

De quelle marge de manœuvre le Président dispose-t-il pour rassembler ? Pendant la vague d’attentats qui a touché le pays en 2015, François Hollande a incarné la fonction de président et de père de la Nation. Aucune voix n’a remis en cause ce statut. Il peut donc capitaliser sur cette posture. Donner des gages à ses soutiens historiques - Europe Écologie Les Verts et le Parti radical de gauche - qui ne pèsent pas lourds à en croire les résultats des élections régionales, peut aussi être un moyen d’éviter une candidature supplémentaire à gauche en 2017. Pour l'heure, un remaniement n'est pas à l'ordre du jour.

Quid de l’idée de Manuel Valls de former un parti social-démocrate ? Au lendemain des élections régionales, le premier ministre avait déclaré : "Si on veut créer un grand parti social-démocrate, il faut que ce soit sur des thèmes que je défends : l'autorité, la sécurité, le sociétal, le régalien. Un parti qui s'adresse en grande partie aux classes moyennes, un parti qui ne fait pas de compromis". "S'il veut réussir, Manuel Valls ne fera peut-être pas l'économie d'une rupture avec le PS", prévient toutefois Alba Ventura, éditorialiste à RTL. En 2016, plus que jamais, la gauche sera divisée ou ne sera pas.

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HOLLANDE 2016 (3/4) - S'il veut conserver une chance d'être présent au second tour de l'élection présidentielle de 2017, François Hollande doit contenir sa majorité pour éviter l'émergence d'une autre candidature à gauche.
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2016-01-16 08:30:00
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