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Emmanuel Macron : retard, attente et décret... Retour sur sa première semaine

RÉCIT - Entre son premier discours, son premier gouvernement et son premier déplacement en tant que président, Emmanuel Macron a lancé son quinquennat en grande pompe.

Emmanuel Macron lors de son investiture, le 14 mai 2017
Emmanuel Macron lors de son investiture, le 14 mai 2017 Crédit : ALAIN JOCARD / POOL / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La fougue du candidat a laissé place à la solennité du président. Emmanuel Macron a vécu sa première semaine en tant que chef de l'État. "Je ne céderai rien des engagements pris vis-à-vis des Français". Droit dans son costume, le ton grave, le phrasé lent et posé, c'est cette phrase que le chef de l'État a choisi pour s'adresser aux Français. "La responsabilité qu'ils m'ont confiée est un honneur dont je mesure la gravité (...) Le monde a besoin de ce que les Françaises et les Français lui ont toujours enseigné : l'audace de la liberté, l'exigence de l'égalité, la volonté de la fraternité", a-t-il poursuivi.

Durant cette première semaine, le président de la République a posé les bases de son quinquennat en nommant Édouard Philippe à la tête de Matignon. Il a aussi réussi le parti de faire entrer des membres des Républicains au sein de son gouvernement, tout en confiant des postes-clés à ses fidèles. La ligne directrice de son gouvernement est fixée et s'appliquera en commençant par la loi sur la moralisation de la vie publique. Retour sur ces six premiers jours du président de la République.

Dimanche : "Homme de notre temps" et solennité

Son investiture était placée sous le signe de la confiance. Depuis la Salle des fêtes de l'Élysée, Emmanuel Macron l'a affirmé : il a "la certitude intime que nous pouvons ensemble écrire une des plus belles pages de notre histoire. Les Français et Françaises qui se sentent oubliés, se verront mieux protégés (...) J'aurai la volonté constante de réconcilier et rassembler", a-t-il encore promis. Mais le moment qui a le plus illustré l'élection et l'investiture du président élu a été le discours de Laurent Fabius. Le président du Conseil constitutionnel a proclamé les résultats officiels de la présidentielle et scellé son avenir : "En cet instant précis, vous prenez vos fonctions". Ensuite, c'est en citant Chateaubriand qu'il a salué un "homme de notre temps" et souligné le caractère inédit de cette campagne présidentielle.

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Un "chamboule-tout" qui l'a mené à l'Élysée. "Désormais, par le choix souverain de notre peuple, vous êtes aussi et d'abord l'homme de notre pays, chargé de le représenter, partout, en métropole et outre-mer, en Europe et dans le monde (...) président d'une République indivisible, laïque, démocratique et sociale, chargé de la représenter, de la faire progresser, d'en incarner les valeurs et la langue et de la rassembler", a conseillé le président du Conseil constitutionnel, en ajoutant : "Apaiser les colères, réparer les blessures, lever les doutes, tracer la route et incarner les espoirs, voilà pourquoi, monsieur le président de la République, votre réussite sera la réussite de la France et voilà pourquoi nous vous présentons, pour votre mandat, pour vos proches et pour vous-même, nos vœux extrêmement chaleureux de succès". 

Le successeur de François Hollande a tenu à prendre son temps vis-à-vis du président sortant. Emmanuel Macron a raccompagné François Hollande jusqu'à sa voiture, en l'applaudissant. Une attitude qui vient se différencier de celle adoptée par François Hollande à l'égard de Nicolas Sarkozy, il y a cinq ans. L'instant a été immortalisé par des centaines de photographes et de cameramen.            

François Hollande quitte l'Élysée, le 14 mai 2017
François Hollande quitte l'Élysée, le 14 mai 2017 Crédit : YOAN VALAT / POOL / AFP

Lundi : patience à Matignon

Après l'effervescence de l'investiture, la gueule de bois du lendemain. L'attente. L'attente de la nomination du nouveau premier ministre. La pression est à son comble pour Emmanuel Macron, qui a passé une partie de la campagne électorale à établir le portrait-robot du futur occupant de Matignon : rassembleur, élu, capable de porter la campagne des législatives et qui incarne le renouveau. Le perron de l'Élysée est scruté, les bureaux de Matignon sont vidés et tout le monde attend que le secrétaire général de l'Élysée apparaisse pour dévoiler le nom du premier ministre. 

Les heures passent... et finalement Alexis Kholer prend la parole pour sept secondes et annonce la nomination d'Édouard Philippe. Et si ce retard a eu lieu, c'est parce qu'un accrochage entre le premier ministre encore non nommé et le président de la République a déjà eu lieu. Les deux hommes se disputaient autour de la nomination du directeur de cabinet de Matignon. Les tensions sur le choix du directeur de cabinet ne sont pas une nouveauté, selon Alain Duhamel. "À chaque fois que l'on nomme un premier ministre, on peut être certain qu'il y aura un problème autour de cela. C'est hyper classique. Le directeur de cabinet du premier ministre, c'est l'aiguillage des décisions au quotidien", explique l'éditorialiste. Selon les informations de Benjamin Sportouch du service politique de RTL, Édouard Philippe a imposé son choix de directeur de cabinet : il s'agit de Benoît Ribadeau-Dumas. Il a 44 ans et vient du privé. Il a également été conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon.

Dans la foulée, le nouveau premier ministre a pris ses fonctions lors de la passation de pouvoir avec Bernard Cazeneuve. Et c'est sans détour qu'il s'est revendiqué comme étant "un homme de droite". Sur TF1, Edouard Philippe a expliqué avoir accepté le poste de premier ministre en raison de "la situation" du pays, qui impliquait de "tenter quelque chose qui n'a jamais été tenté" avec des hommes de droite, du centre et de gauche au sein d'un même gouvernement. "J'ai réfléchi, j'ai consulté un peu et je me suis dit que la situation dans laquelle nous étions était suffisamment unique pour que nous tentions quelque chose qui n'a jamais été tenté", a déclaré le nouveau chef du gouvernement.

Mardi : l'annonce du gouvernement retardée

Étape numéro 2 du quinquennat Emmanuel Macron : la constitution d'un gouvernement. Mais une nouvelle fois, l'annonce a été retardée. Le président de la République s'est accordé un délai de 24 heures en reportant au lendemain l'annonce du premier gouvernement de son quinquennat, qui devra conjuguer exemplarité, promesses de renouvellement et recomposition politique, après la nomination lundi d'un premier ministre de droite. "Alors que cette première équipe gouvernementale, promise 'resserrée' - une quinzaine de ministres -, paritaire et largement ouverte à la 'société civile' est très attendue, Emmanuel Macron 'a souhaité introduire un temps de vérification afin que la direction générale des Finances publiques et la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) puissent réaliser les diligences nécessaires'", explique l'AFP

L'objectif voulu par le chef de l'État est d'éviter un nouveau cas Thévenoud, le secrétaire d'État nommé en 2014 dans le gouvernement Valls et contraint de démissionner au bout de neuf jours en raison de retards dans ses déclarations de revenus. La HATVP a été créée par loi sur la transparence adoptée en 2013 sous le quinquennat de François Hollande, après le scandale Cahuzac. Elle procède notamment à une vérification fiscale des ministres après leur nomination. 

Mercredi : un gouvernement composé de proches et de membres des Républicains

Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérarld Darmanin... Emmanuel Macron a placé des membres des Républicains à des postes-clés du gouvernement. L'ancien candidat à la primaire de la droite et du centre a obtenu le ministère de l'Économie. Le maire de Tourcoing celui de l'Action et des Comptes publics. Dans la foulée de l'annonce, le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer, a annoncé qu'ils ne s'inscrivaient plus dans le parti. 

Au micro de RTL, Gérald Darmanin déclarait : "Je préfère toujours mon pays à mon parti. Je suis avant tout gaulliste. Le général de Gaulle disait : 'Ce n'est pas la droite la France, ce n'est pas la gauche la France'. Bien sûr, on a des convictions mais il me semble que le président de la République a donné les assurances pour que ces convictions et ces sensibilités existent dans un moment très particulier où les deux grands partis n'ont pas été présents au second tour de l'élection présidentielle".

Édouard Philippe ainsi que les ministres Jean-Yves Le Drian, ministres des Affaires étrangères et François Bayrou, ministre de la Justice, devront démissionner "sous un mois" des exécutifs locaux qu'ils dirigent, a indiqué l'Élysée. Par ailleurs, les ministres candidats aux législatives des 11 et 18 juin devront démissionner de leur poste s'ils ne sont pas élus.

Jeudi : premier conseil des ministres et silence dans les rangs

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a détaillé le premier Conseil des ministres du gouvernement Philippe. Emmanuel Macron "parle aux Français à son rythme, avec son mode d'organisation", a-t-il plaidé, après l'accroc avec la presse à propos du déplacement présidentiel au Mali, qui doit cependant être "réglé" car "la liberté de la démocratie française est en cause". Pour le déplacement d'Emmanuel Macron au Mali, les responsables presse de l'Élysée ont contacté directement les journalistes qu'ils veulent inviter, sans laisser ce choix aux rédactions, ce qui constitue une entorse sans précédent aux relations entre pouvoir et médias. 

La communication verrouillée du nouveau président Emmanuel Macron est critiquée par la presse, qui estime que cela n'empêchera pas les "clashes" au sein de la nouvelle équipe gouvernementale. "La communication de l'Elysée est très verrouillée pour éviter le moindre faux pas avant des législatives cruciales", explique le quotidien économique Les Échos. Chaque ministre "est donc prié de mettre en oeuvre la feuille de route qui lui a été assignée, en observant de strictes règles de confidentialité, de discipline et de solidarité", note Gaëtan de Capèle dans Le Figaro, y voyant un "minimum vital pour restaurer une autorité présidentielle réduite en miettes au cours des dernières années".

Vendredi : limiter la taille des cabinets ministériels

Emmanuel Macron a publié un décret au Journal officiel limitant à dix le nombre de collaborateurs du cabinet d'un ministre et précisé que leur nomination est faite par décret après avoir été soumise au Premier ministre. "Le cabinet d'un ministre ne peut comprendre plus de dix membres. Le cabinet d'un ministre délégué ne peut comprendre plus de huit membres. Le cabinet d'un secrétaire d'État ne peut comprendre plus de cinq membres", stipule ce décret, signé par le chef de l'État et par le Premier ministre Édouard Philippe. Il indique également que "les nominations des membres des cabinets ministériels sont faites par arrêté ministériel après avoir été soumises au Premier ministre". Cet arrêté "précise les titres des personnes concernées et l'emploi auquel elles sont appelées au sein du cabinet". 

"Nul ne peut exercer des tâches au sein d'un cabinet ministériel s'il ne figure sur cet arrêté", est-il aussi indiqué. Tout membre d'un cabinet ministériel doit "adresser une déclaration de situation patrimoniale et une déclaration d'intérêts à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique". Enfin, "nul ne peut être nommé membre d'un cabinet ministériel s'il ne jouit de ses droits civils et politiques". Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, avait indiqué à l'issue du premier Conseil de ministres qu'une "circulaire sur la place des cabinets" ministériels serait présentée prochainement".

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2017-05-20 07:00:00
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