En Turquie, les médias et les réseaux sociaux n'ont pas le droit de parler de l'attentat d'Ankara

Pour la troisième fois en moins de six mois, le gouvernement turc a imposé le silence aux médias dans la foulée de l'attaque à la voiture piégée qui a fait au moins 36 morts et une centaine de blessés à Ankara, dimanche 13 mars.

Une violente explosion a fait plusieurs morts dans le centre d'Ankara, le 13 mars
Crédit : EROL UCEM / AFP
Une violente explosion a fait plusieurs morts dans le centre d'Ankara, le 13 mars

C'est désormais une habitude. Comme après les attentats d'Istanbul, le 12 janvier, et d'Ankara, le 17 février, les autorités turques ont imposé un black-out médiatique dans la foulée de l'attaque à la voiture piégée qui a de nouveau dévasté le cœur d'Ankara dimanche 13 mars. "Au nom de la sécurité nationale" et de "l'ordre public", le Conseil suprême de radio et de télévision turques a transmis une "interdiction temporaire de publication" aux médias locaux. Les journalistes accrédités ne peuvent plus se rendre sur les lieux du drame, quadrillés par les forces de police, ni publier des informations en rapport avec l'événement. Seule la TRT, la télévision d'État, est autorisée à couvrir le sujet. La décision a été relayée par de nombreux journalistes locaux et correspondants étrangers.

Le Safety Check activé, Facebook bloqué

La justice a également ordonné sans délai de bloquer l'accès à Facebook et Twitter après que des images de l'explosion ont été partagées sur les réseaux sociaux. Une photo du document envoyé par une cour de justice d'Ankara a rapidement circulé sur Twitter. À l'instar des principaux attentats essuyés par la Turquie ces derniers mois, le gouvernement tient à garder la main sur l'interprétation du drame en livrant très rapidement une version officielle. Moins de 24 heures après le drame, les autorités turques ont en effet pointé du doigt la piste des rebelles kurdes en affirmant que "l'un des responsables est une femme ayant des liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)". La suspecte a été identifiée par ses empreintes digitales comme Seher Cagla Demir par les médias locaux.

Pour contourner la censure gouvernementale, les Turcs sont habitués à utiliser des réseaux privés virtuels (VPN). Ces outils permettent de se connecter à un appareil situé en dehors du pays pour surfer sur Internet sans pâtir des restrictions locales. Mais ils ne permettent pas d'utiliser le Safety Check de Facebook. Cette fonctionnalité, également déployée après les attentats de Paris, détecte les utilisateurs du réseau social susceptibles de se trouver dans la zone touchée par une catastrophe et leur propose de cliquer sur un bouton afin de signaler à leurs proches qu'ils sont en sécurité. La numéro 2 de Facebook a indiqué dimanche que la fonction était à nouveau activée après l'attentat d'Ankara. De nombreux utilisateurs lui ont rétorqué qu'ils étaient dans l'incapacité de l'utiliser après le blocage du réseau social par les autorités.

Les contre-pouvoirs mis au pas

Le blocage des réseaux sociaux est monnaie-courante sous le régime d'Erdogan. Depuis le soulèvement populaire de Gezi, le président turc ne cache plus son hostilité à leur égard. Au printemps 2013, les réseaux sociaux ont joué un rôle essentiel dans le mouvement de contestation de la place Taksim d'Istanbul, où, grâce à Facebook et Twitter, les opposants du régime ont pu s'organiser et contourner la censure médiatique. Alors premier ministre, Recep Tayip Erdogan y a vu un risque de contagion à l'ensemble de la Turquie et a publiquement exprimé son hostilité à leur égard une fois le mouvement réprimé. "La menace aujourd'hui, s'appelle Twitter. C'est là que se répandent les plus gros mensonges. Les réseaux sociaux sont la pire menace pour la société", expliquait-il alors.

Depuis, les Turcs rencontrent régulièrement des difficultés pour accéder à Facebook, Twitter voire YouTube. Le 6 avril dernier, un tribunal d'Istanbul a ordonné le blocage d'une centaine de sites après la diffusion d'une photo de la prise d'otage d'un procureur au tribunal d'Istanbul, décédé des suites de sa séquestration. Bis repetita en juillet après la diffusion d'images de l'attentat de Suruç, près de la frontière turco-syrienne. La Turquie est en tête des demandes gouvernementales de retraits de contenus effectuées auprès de Twitter et deuxième pour celles adressées à Facebook. Le régime d'Erdogan est aussi régulièrement épinglé pour ses pressions exercées sur la presse. Au début du mois de mars, le principal quotidien d'opposition a été mis sous tutelle de façon spectaculaire avant de reparaître sous une ligne pro-gouvernementale.

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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Pour la troisième fois en moins de six mois, le gouvernement turc a imposé le silence aux médias dans la foulée de l'attaque à la voiture piégée qui a fait au moins 36 morts et une centaine de blessés à Ankara, dimanche 13 mars.
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2016-03-14 13:53:00
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