Turquie : après l'attentat d'Ankara, 4 questions pour comprendre la situation dans le pays

ÉCLAIRAGE - Pour la troisième fois en cinq mois dimanche 13 mars, la capitale de la Turquie a été frappée par une attaque terroriste.

Un attentat à la voiture piégée à Ankara a fait au moins 25 morts et 75 blessés
Crédit : EROL UCEM / AFP
Un attentat à la voiture piégée à Ankara a fait au moins 25 morts et 75 blessés

Ankara a de nouveau été le théâtre d'une nuit de cauchemar, dimanche 13 mars. En fin de journée, un attentat à la voiture piégée a frappé de plein fouet le centre-ville de la capitale turque, faisant au moins 37 morts et 125 blessés, essentiellement des civils. Le bilan pourrait encore s'alourdir car 19 personnes se trouvent toujours entre la vie et la mort.

Il s'agit de la troisième attaque meurtrière essuyée par Ankara en cinq mois. Le 10 octobre 2015, un double attentat kamikaze avait tué 103 personnes lors d'un rassemblement pour la paix devant la gare centrale de la cité anatolienne. Le 17 février dernier, un attentat à la voiture piégée contre un convoi militaire avait fait 29 victimes, dont neuf civils. Un mois plus tôt, onze touristes avaient déjà trouvé la mort dans un attentat-suicide dans le cœur historique et touristique d’Istanbul.

1 - Que s'est-il passé dimanche ?

L'attaque a eu lieu en fin d'après-midi dans le quartier de Kizilay, un lieu hautement symbolique où se dressent les bureaux du Premier ministre, le bâtiment de l'Assemblée nationale et le quartier général des forces armées. Avec ses nombreux restaurants et centres commerciaux, Kizilay est également l'une des places les plus fréquentées d'Ankara et le carrefour de nombreuses lignes de bus et d'une station de métro de la métropole. 

Vers 18h45, un véhicule piégé à bord duquel se trouvaient deux personnes, dont une femme, s'est jeté sur un bus municipal qui stationnait sur la place, a affirmé le gouvernement. Sous la violence de la déflagration, les fenêtres des bâtiments alentours ont volé en éclat et au moins trente personnes sont mortes sur le coup. Les images de chaînes d'information locales montraient de nombreuses ambulances dépêchées sur les lieux de l'attaque où les cadavres, les débris et des dizaines de véhicules calcinés dessinaient une scène de chaos. 

2 - L'attentat a-t-il été revendiqué ?

Comme la plupart des attaques qui ont frappé la Turquie ces derniers mois, cet attentat n'a pas été revendiqué. Mais les autorités turques ont rapidement pointé la piste des "terroristes" kurdes. "Nous pensons que l'un des responsables est une femme ayant des liens avec le PKK", a affirmé un responsable turc. Selon la presse locale, Seher Cagla Demir, 24 ans, étudiante à l'université de Balikesir (nord-ouest), a été identifiée grâce à ses empreintes digitales. Les autorités suggèrent la présence à bord du véhicule d'un deuxième "kamikaze".

Le mode opératoire rappelle l'attaque qui a visé des bus transportant des personnels militaires dans le même quartier de Kizilay le 17 février. À l'époque, les autorités avaient pointé du doigt le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les combattants des Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du Parti de l'union démocratique (PYD), la branche syrienne du PKK.

Les deux organisations avaient nié leur responsabilité et l'attaque avait finalement été revendiquée par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupuscule kurde dissident du PKK adepte des actions violentes contre des civils, qui avait alors promis de nouvelles attaques à venir, notamment contre les sites touristiques turcs, afin de "venger les massacres perpétrés par la Turquie au Kurdistan".

3 - Comment réagit le pouvoir ?

Dans la foulée de l'attentat, les autorités turques ont imposé un black-out médiatique "au nom de la sécurité nationale". Les journalistes accrédités ne peuvent plus se rendre sur les lieux du drame, quadrillés par les forces de police, ni publier des informations en rapport avec l'événement. Seule la TRT, la télévision d'État, est autorisée à couvrir le sujet. La justice a également ordonné sans délai de bloquer l'accès à Facebook et Twitter après que des images de l'explosion ont été partagées sur les réseaux sociaux. 

Quelques heures plus tard, l'aviation turque a pilonné en représailles les bases arrières du PKK, dans les montagnes de Qandil, au nord de l'Irak. Lundi, la police a annoncé l'arrestation d'une dizaine de suspects dans la ville de Sanliurfa, dans le sud-est, à majorité kurde, du pays où aurait été acheté le véhicule piégé qui a dévasté Ankara dimanche.

Depuis l'été dernier, le Kurdistan turc est de nouveau le théâtre de la "guerre" qui met aux prises le PKK et les forces de sécurité turques. Après deux années de trêve et l'échec des négociations de paix, les affrontements ont repris en juillet et ajouté des dizaines de morts dans les deux camps, dont de nombreux civils et policiers, aux 40.000 victimes du conflit depuis 1984. L'attaque de dimanche pourrait être une riposte au régime de couvre-feu imposé par le pouvoir dans plusieurs villes du Sud-Est et la marque de la volonté des rebelles d'exporter le conflit à l'ouest du pays dans une logique d'escalade.

4 - Le président Erdogan est-il fragilisé ?

Cette deuxième attaque en moins d'un moins dans le cœur-même du pouvoir turc trahit à nouveau la vulnérabilité de l'appareil sécuritaire du pays. Fragilisé par les attaques à répétition, le ministre de l'Intérieur Efkan Ala a indiqué au début du mois de mars que 18 projets d'attentats ont été déjoués depuis le début de l'année. Après l'attentat contre un convoi militaire à Ankara mi-février, le premier ministre Ahmet Davutoglu avait annoncé la préparation d'un plan d'action antiterroriste visant à renforcer la présence policière dans les zones sensibles.

Les opposants du régime y voient également un désaveu pour le président Recep Tayip Erdogan, qui a remporté les élections législatives du 1er novembre en promettant d'éradiquer la rébellion kurde et en se posant en seul garant de l'unité et de la sécurité du pays, en jouant à fond la carte de la polarisation sur le thème de "l'AKP (le parti présidentiel, ndlr) ou le chaos".

Menacée par la guerre civile, la Turquie est aussi rattrapée par le conflit syrien. Après avoir longtemps servi de base arrière aux jihadistes, elle s'est finalement engagée au sein de la coalition occidentale et fait désormais face à un double défi sécuritaire : celui de l'État islamique, tenu pour responsable de quatre attentats sur le sol turc en moins d'un an, et celui des kurdes du PYD, qui ne cessent d'étendre leur influence au nord de la Syrie, où ils n'ont jamais été aussi près de réaliser leur dessein de créer une région autonome aux portes de la Turquie.

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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2016-03-14 19:17:00
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