VIDEO - Violences à Istanbul devant "Zaman", un journal d'opposition mis sous tutelle

Quelques heures après la mise sous tutelle du journal hostile au pouvoir "Zaman", la police turque a investi ses locaux en utilisant des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les observateurs dénoncent une nouvelle atteinte à la liberté de la presse de la part du président Erdogan.

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Osman Yakut a filmé l'intervention de la police pour évacuer les défenseurs du journal Crédit Image : SIPA

Un "Jour de honte" pour la liberté de la presse, voilà ce qu'ont vécu le journal Zaman et la Turquie, vendredi 4 mars. Le lendemain, le quotidien a donc fait sa une sur les spectaculaires manifestations contre la mise sous tutelle de ce journal d’opposition. En début d'après-midi, vendredi, la police est intervenue pour mettre fin au rassemblement des quelques 500 personnes qui manifestaient devant les locaux stambouliotes du journal, hostile au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. En réponse aux pancartes et au slogan, "on ne fera pas taire la presse libre", les forces de sécurité ont copieusement arrosé la foule de gaz lacrymogène, utilisant également des canons à eau et des tirs de balles en caoutchouc. 

"La Constitution est suspendue", affichait samedi matin Zaman, en une, en gros caractères blancs sur fond noir, après avoir réussi à imprimer une édition réduite avant l'assaut . "La presse turque vient de vivre un des jours les plus noirs de son histoire", accuse le journal, dénonçant "une prise de contrôle organisée par les autorités". Peu avant minuit, la police avait investi le bâtiment, dispersant des centaines de personnes qui s'étaient rassemblées devant les locaux. Samedi matin, un important dispositif policier entourait encore les lieux, contrôlant soigneusement l'identité des employés qui se rendaient à leurs postes de travail. Des administrateurs désignés par les autorités ont déjà pris leur fonction sur place. 

La Turquie courtisée et mise en garde par l'UE

L'Union européenne et les États-Unis ont fait part samedi de leur profonde inquiétude pour la liberté de la presse en Turquie. Une mauvaise nouvelle pour Ankara qui espère négocier une accélération de sa procédure d'adhésion à l'Europe, lors du sommet avec l'Union, lundi 7 mars, en échange d'efforts pour enrayer le flot des candidats à l'exil qui quitte clandestinement ses côtes. 

Le commissaire européen à l'élargissement, Johannes Hahn, s'est déclaré "extrêmement préoccupé par les derniers développements autour du journal Zaman, qui mettent en danger les progrès de la Turquie dans d'autres domaines". Il prévient : "Nous allons suivre de près ce qui va se passer. La Turquie, candidate à l'adhésion, doit respecter la liberté de la presse. Les droits fondamentaux ne sont pas négociables". 

La Turquie, candidate à l'adhésion, doit respecter la liberté de la presse. Les droits fondamentaux ne sont pas négociables.

Johannes Hahn, commissaire européen à l'élargissement

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a donc promis d'évoquer le sujet, lors de sa rencontre avec le Premier ministre Ahmet Davutoglu, en regrettant lui aussi ce "nouveau coup porté à la liberté de la presse en Turquie." 

De son côté, Washington, par la voix du porte-parole du département d'État John Kirby, a dit regretter "la dernière d'une série d'inquiétantes actions judiciaires et policières prises par le gouvernement turc pour cibler des médias et ceux qui le critiquent. Nous demandons aux autorités turques de s'assurer que leurs actes sont conformes aux valeurs démocratiques universelles, inscrites dans leur propre constitution, dont la liberté d'expression et la liberté de la presse", poursuit-il. 

La presse muselée par le pouvoir

Le groupe Zaman, qui possède en plus du quotidien du même nom le journal de langue anglaise Today's Zaman et l'agence de presse Cihan, est considéré comme étant proche de l'imam Fethullah Gülen. Cet ancien allié est devenu l'ennemi numéro un de Recep Erdogan depuis un retentissant scandale de corruption qui a éclaboussé le sommet de l'État fin 2013. Le président accuse l'imam âgé de 74 ans, d'être à l'origine de ces accusations et d'avoir mis en place un "État parallèle" destiné à le renverser, ce que les "gülenistes" nient farouchement. 

Depuis ce scandale, les autorités turques ont multiplié les purges, notamment dans la police et le monde judiciaire, et les poursuites judiciaires contre les proches de la nébuleuse Gülen et ses intérêts financiers. 
Depuis plusieurs mois, l'opposition turque, les ONG de défense des médias et de nombreux pays s'inquiètent des pressions croissantes exercées par le chef d'État et son gouvernement sur la presse et dénoncent sa dérive autoritaire. 

Deux journalistes du quotidien d'opposition Cumhuriyet, Can Dündar et Erdem Gül, doivent ainsi être jugés à la fin du mois pour avoir fait état de livraisons d'armes d'Ankara à des rebelles islamistes en Syrie. Ils risquent la prison à vie. Le gouvernement turc a aussi interdit de diffusion la semaine dernière la chaîne de télévision prokurde IMC, accusée de "propagande terroriste" en faveur des rebelles du Parti interdit des travailleurs du Kurdistan (PKK). La justice turque avait déjà mis en octobre sous tutelle la holding Koza-Ipek, également proche de l'imam Gülen, qui détenait deux quotidiens et deux chaînes de télévision qui ont aujourd'hui mis la clé sous la porte. La Turquie pointe à la 149e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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par Michael DucoussoJournaliste
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Quelques heures après la mise sous tutelle du journal hostile au pouvoir "Zaman", la police turque a investi ses locaux en utilisant des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les observateurs dénoncent une nouvelle atteinte à la liberté de la presse de la part du président Erdogan.
http://www.rtl.fr/actu/international/video-violences-a-istanbul-devant-zaman-un-journal-d-opposition-mis-sous-tutelle-7782212382
2016-03-05 17:25:40
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