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Une page se tourne après 14 années : quel bilan tirer de l'ère Didier Deschamps à l'heure de son dernier match à la tête de l'équipe de France ?

En poste depuis 2012, le double champion du monde va diriger le 187e et dernier match de son mandat aux commandes des Bleus, samedi 18 juillet, avec une petite finale de Coupe du monde contre l'Angleterre à Miami. Ce n'était pas l'issue espérée pour le plus grand palmarès du football français, mais cela ne lui enlève pas un bilan globalement positif.

Didier Deschamps après l'élimination des Bleus contre l'Espagne en demi-finales de la Coupe du monde, le 14 juillet 2026 à Dallas.

Crédit : Lars Baron / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Gabriel Joly

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Cette fois, il s'apprête à rendre son tablier pour de bon. À l'issue de ce match pour la médaille de bronze de cette Coupe du monde contre l'Angleterre, samedi 18 juillet à Miami, Didier Deschamps ne prendra plus place sur le banc de l'équipe de France, lui qui avait fait savoir en janvier de l'année dernière qu'il quitterait son poste de sélectionneur à l'issue du tournoi. La fin d'un mandat glorieux, de loin le plus long pour un coach à la tête des Bleus, qui aura duré quatorze ans.

"Je sais que le clap de fin est demain, a-t-il expliqué vendredi en conférence de presse de veille de match. L’équipe de France va me manquer. J’ai été là-haut avec ce maillot, à connaître des moments magnifiques et d’autres plus douloureux. Le clap de fin arrive mais la vie continue, cela a été la plus belle chose qui me soit arrivée. L'équipe de France a pris 25 ans de ma vie professionnelle. Il reste des souvenirs inoubliables".


Pour ses adieux, il devra se contenter d'une troisième ou d'une quatrième place dans une compétition à laquelle il demeurera toujours associé, dans l'imaginaire collectif. Ce n'était évidemment pas l'issue de rêve souhaitée pour le Basque de 57 ans, qui aurait plutôt aimé boucler ce dimanche, dans le New Jersey pour la finale, ses 187 rencontres en charge des A (185, si l'on retire les deux dirigées par son adjoint de toujours, Guy Stéphan, en raison de deuils). Un chiffre que seuls l'Allemand Joachim Löw (198) et l'Uruguayen Oscar Tabarez (224) ont dépassé avec une même nation dans l'histoire du football international.

Depuis mardi et l'humiliante élimination contre l'Espagne (0-2) avec une impuissance encore supérieure de "DD" que lors de la sortie à l'Euro 2024 contre ce même adversaire (1-2), la petite musique d'un mandat décevant, voire gâché au vu du potentiel du vivier tricolore, a refait surface. Mais le bilan de Deschamps reste tout de même positif depuis son arrivée 2012.

"Les joueurs n'auront plus le droit à l'erreur"

Débarqué dans la fouée d'un championnat d'Europe raté pour remplacer Laurent Blanc, qui avait posé des bases encore fragiles de reconstruction après le fiasco de Knysna deux étés plus tôt, celui qui sortait d'un quart de finale de Ligue des champions avec l'OM est parvenu à remettre de l'ordre au sein de l'équipe de France.

Le désamour était profond dans l'Hexagone, alors Deschamps a établi certaines règles, en bon disciple d'Aimé Jacquet, le guide des Bleus en 1998. "Deux aspects primeront au-delà de la qualité et du talent d'un joueur : la notion de groupe et l'état d'esprit. Les joueurs n'auront plus le droit à l'erreur. Si un joueur peut mettre en péril ou mettre en danger cette valeur-là, je prendrai la responsabilité de ne pas le retenir", posait-il dès son intronisation. Un mantra qu'il appliquera jusqu'au bout, avec sa formule habituelle prévoyant que "l'équipe de France est au-dessus de tout".

Didier Deschamps aux côtés de Noël Le Graët pour son intronisation comme sélectionneur au siège de la FFF, le 9 juillet 2012.

Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP

L'avènement progressif de certains ses futurs cadres entre Paul Pogba, Raphaël Varane, Olivier Giroud et bientôt Antoine Griezmann, aura permis de rapidement reconquérir les cœurs du public.

Du barrage contre l'Ukraine au sacre en Russie

Tout aurait pu se terminer très vite pour l'ancien capitaine de la sélection, qui a tout connu durant onze saisons comme international à partir de 1989, entre la non-qualification au Mondial avec le but d'Emil Kostadinov face à la Bulgarie en 1993, la première étoile et l'Euro 2000.

Mais le barrage face à l'Ukraine pour se qualifier au Brésil en 2013 a finalement été le premier tournant de sa carrière de sélectionneur. Battus 2-0 à l'aller, ses ouailles ont réussi à arracher leur billet pour la Coupe du monde grâce à un doublé iconique de Mamadou Sakho au stade de France (3-0), avant d'atteindre les quarts un an plus tard et de prendre la porte avec les honneurs face à une Allemagne en passe d'être couronnée, au Maracanã (0-1).

La déception en finale de l'Euro 2016 atteinte à domicile (défaite 0-1 a.p. contre le Portugal) a ensuite servi de rampe de lancement vers le climax de sa seconde vie en Bleu : le titre de champion du monde décroché en Russie à l'été 2018. Une allégorie du fameux pragmatisme à la Deschamps, qui a rarement négligé la notion d'équilibre dans son animation, plaçant le milieu Blaise Matuidi sur la gauche de l'attaque française durant le tournoi.

L'équipe de France championne du monde après la finale gagnée contre la Croatie, le 15 juillet 2018 à Moscou.

Crédit : FRANCK FIFE / AFP

Cette deuxième sacre, vingt ans pile après le premier, aura consacré l'assise défensive du technicien, symbolisée essentiellement par la demi-finale tendue contre la Belgique (1-0), et lui aura donné un blanc-seing pour le reste de son aventure, placée sous l’égide de Kylian Mbappé.

Un lien pleinement retrouvé avec le grand public

Certes, les critiques ont été nourries autour d'un Euro 2021 perturbé par le Covid-19. Son choix, très surprenant à l'époque, de rappeler Karim Benzema - écarté depuis 2015 et l'affaire de la sextape avec Mathieu Valbuena - a été salué, sans empêcher de voir le coach remis en cause après l'élimination précoce contre la Suisse en huitièmes de finale, malgré deux buts d'avance à la 80e minute (3-3, 4-5 t.a.b.). Mais c'est bien l'unique fiasco de son passage, que le gain de la Ligue des nations l’automne suivant a permis de mieux digérer.

Car en sélection, le plus beau palmarès du football français s'est démarqué par une régularité folle dans les grands rendez-vous, ce dont attestent d'ailleurs ses records de victoires (20), de capes (27 samedi) et de demi-finales consécutives dirigées en Coupe du monde (trois, comme Helmut Schön).

Passé à une séance de tirs au but d’un back-to-back au Mondial en 2022, Deschamps aura tout tenté lors de la finale face à l’Argentine au bout d’une belle campagne au Qatar, sortant Giroud et Ousmane Dembélé avant la pause pour réveiller les siens, en partie grippés. Malgré le triplé de Mbappé, cela n’aura pas suffi (3-3, 4-2 t.a.b.).

Avec les retraites internationales de Varane et de son capitaine Hugo Lloris et de Steve Mandanda, puis après de Giroud et Griezmann - son homme de base pendant une décennie, frustré par le don du brassard à Mbappé quelques mois plus tôt -, il aura donc été contraint de régénérer son effectif ces dernières saisons. Et ce, en profitant du très bon travail de Thierry Henry aux JO de Paris pour inclure Michael Olise, Rayan Cherki, Désiré Doué ou encore Manu Koné à son groupe pour la Coupe du monde.

Didier Deschamps avec Kylian Mbappé et Antoine Griezmann à Clairefontaine, le 30 mai 2024 avant le dernier Euro.

Crédit : FRANCK FIFE / AFP

À défaut de fonctionner contre la Roja, la formule à quatre offensifs aura eu le mérite de contribuer à redorer le capital sympathie de l’équipe de France et du Bayonnais, dont les cotes n’étaient plus aussi intouchables après le poussif Euro 2024. "Chiante", la sélection aura livré un jeu peu enchantant en dépit d’un dernier carré atteint. Ce à quoi le sélectionneur répondait : "Si les gens n’aiment pas, qu’ils changent de chaîne". En Amérique cet été, plus de 20 millions de téléspectateurs étaient devant la télé pour voir le cru 2026 essayer d’enchaîner une troisième finale consécutive. Et donc échouer.

"Sa philosophie et son message n'ont jamais changé"

À chaud, il est logique d'avoir une certaine amertume, surtout quand la première réponse de l'entraîneur est de charger un arbitrage globalement correct. Peut-être même qu'il n'est pas complètement faux de dire que son mandat aura duré un peu trop longtemps, avec la lassitude que cela engendre chez les fans, surtout au vu des circonstances de sa prolongation longue durée actée unilatéralement par Noël Le Graët, l'ancien président de la FFF, après la finale de 2022.

Pour autant, Deschamps - apôtre de la gagne et meneur d'hommes hors pair - restera celui qui a rétabli l'exigence et le pouvoir d'attraction autour de l'équipe de France par ses résultats. "Le métier de sélectionneur, c'est par à-coups, avec une adrénaline très forte au moment des matchs, et des millions de sélectionneurs en France qui se demandent pourquoi celui-là, pourquoi pas un autre", lui rendait hommage Stéphan, dans le podcast Mon Deschamps à moi sur RTL. "Réussir ce que Didier a fait pendant quatorze ans, c'est énorme. Ça n'a été que très peu fait dans le monde, et pas avec autant de résultats, ça prouve sa stature".

"Il s'est adapté aux générations qu'il a pu avoir. Parce que le DD de maintenant, ce n'est pas le même que quand moi je l'ai connu", saluait aussi Samuel Umtiti, héros de 2018, avant le Mondial. "Il est apaisé, plus souple. Au final, sa philosophie et son message n'ont jamais changé. Mais la manière avec laquelle il le transmet, si", soulignait de son côté Kylian Mbappé dans un entretien exclusif à M6.

In fine, avec 124 joueurs utilisés (dont 89 lancés) et 122 victoires (pour 32 nuls et 32 défaites), il affiche le deuxième meilleur ratio de victoires pour un sélectionneur tricolore avec 65,59% - derrière Jacques Santini (78,57%), mais devant les autres vainqueurs d'un trophée majeur que sont Jacquet, Roger Lemerre (64,15% chacun) et Michel Hidalgo (54,67%) à des époques bien différentes.

Son successeur, Zinédine Zidane, pourra capitaliser sur un sacré héritage pour tenter d'écrire sa propre légende, dès l'Euro au Royaume-Uni et en Irlande dans deux ans. Mais Didier Deschamps, le plus grand sélectionneur de l'histoire des Bleus, aura laissé une trace indélébile.

>>> Retrouvez tous les épisodes du podcast "Mon Deschamps à moi" de Jano Rességuié sur RTL

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