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Le Marocain Achraf Hakimi et le Sénégalais Idrissa Gueye au duel lors de la finale de la CAN à Rabat, le 18 janvier 2026.
Crédit : Abdel Majid BZIOUAT / AFP
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Des Lions de l'Atlas ou de la Téranga, qui sera le champion d'Afrique ? Dix mois après la finale de la CAN, le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine jeudi 8 octobre le recours sénégalais contre la victoire du Maroc sur tapis vert. Depuis ce matin à Lausanne, sur les rives suisses du Léman, la juridiction suprême du sport tentera de démêler un litige inédit, aucune sélection n'ayant jamais perdu de cette manière un titre conquis sur le terrain.
Il faudra s'armer de patience pour connaître à la fois les arguments échangés et le dénouement, puisque l'audience se tiendra à huis clos, à la demande des parties, sans que la date de décision ne soit pour l'heure connue. Mais après une finale au scénario fou, se dessine déjà un débat mêlant bataille juridique autour des principes fondamentaux du sport et de l'arbitrage, et questions sur la gouvernance du football.
"Il faut lire l'affaire dans un cadre plus large", rappelle à l'AFP Thibault Ulrich, chercheur en droit du sport à l'Université de Lausanne : au-delà du continent africain, la levée sans motif de la suspension de l'Américain Folarin Balogun en pleine Coupe du monde a accentué les soupçons de "décisions politiques" par les instances disciplinaires.
Le 18 janvier dernier à Rabat, le Sénégal avait été sacré champion d'Afrique en dominant le Maroc (1-0) au bout de la prolongation et du chaos : contestant un penalty accordé aux Marocains dans le temps additionnel, finalement manqué par Brahim Diaz, une grande partie des Sénégalais avaient quitté le terrain, et n'y étaient revenus qu'un quart d'heure plus tard.
Saisi par la fédération marocaine, le jury d'appel de la CAF avait prononcé le 17 mars la défaite par forfait du Sénégal, sur un score de 3-0, en se référant aux articles 82 et 84 du règlement de la CAN qui interdisent de "quitter le terrain avant la fin réglementaire du match sans l'autorisation de l'arbitre".
La FSF avait dénoncé "le braquage administratif le plus grossier de l'histoire de notre sport", présentant même le trophée aux supporters de sa diaspora, fin mars au Stade de France, avant de se tourner vers le TAS.
Trois options sont possibles, alors que la décision du TAS ne sera connue que dans quelques semaines : soit le Maroc est confirmé vainqueur, soit le tribunal valide le résultat initial de la finale et la victoire du Sénégal. Il peut aussi renvoyer le dossier à la CAF, même si c'est sa décision, qui a amené les deux sélections en Suisse.
Selon Thibault Ulrich, le jury d'appel de la CAF a fait une "lecture extrêmement stricte" du règlement de la CAN, qui ne tient aucun compte du fait que l'officiel congolais de la finale, Jean-Jacques Ndala, a laissé la rencontre reprendre après le retour des Sénégalais.
Or la "Loi du jeu" n°5.2 de l'International Board, qui s'impose à tous les acteurs du football, prévoit que "les décisions de l'arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives, y compris la validation d'un but et le résultat du match". Écho encore plus direct au scénario de la finale, "l'arbitre ne peut pas changer une reprise du jeu" même s'il réalise "qu'elle est incorrecte", ajoute l'IFAB.
Cette règle est renforcée par la "doctrine du terrain de jeu", consacrée de longue date par la jurisprudence du TAS : à moins de prouver que l'arbitre est corrompu ou de mauvaise foi, ses décisions sportives ne peuvent être remises en cause.
"L'objectif est de préserver l'intérêt des compétitions, décrypte Thibault Ulrich. Leur résultat doit être décidé sur le terrain et sur le moment, pas par des juges a posteriori, sinon on va perdre tous les supporters."
Parallèlement, le gouvernement sénégalais avait réclamé le 18 mars l'ouverture d'une enquête internationale "pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes" de la CAF, . En réponse, l'institution panafricaine avait loué "l'indépendance" de ses instances disciplinaires.
Sans jamais en expliquer la raison, la confédération a néanmoins limogé, quinze jours avant la décision d'appel, le juriste djiboutien Yassin Osman Robleh, chargé depuis six ans de garantir l'intégrité de ses procédures.
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