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6 min de lecture
Kylian Mbappé, Lamine Yamal et Harry Kane.
Crédit : AFP
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On va enfin être fixés. Après près de deux mois d'un actif battage médiatique, le Ballon d'or va rendre son verdict ce lundi 26 octobre à l'occasion de la 70e cérémonie de remise du prix créé par France Football, qui s'exporte pour la première fois outre-Manche, au théâtre Palladium de Londres.
De l'alternance entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo pendant plus d'une décennie au boycott du Real Madrid en 2024, furieux que Rodri ait été adoubé devant son protégé Vinicius Junior, les débats n'ont pas manqué en 70 ans d'existence de cette suprême récompense. Pour autant, ce cru 2026 a marqué un tournant, les différents prétendants n'hésitant pas à faire valoir leurs bilans respectifs, parfois avec une très forte insistance.
Évidemment, cela s'explique par le caractère indécis de l'actuel scrutin, aucun joueur ne s'étant particulièrement détaché à la fois en Ligue des champions et en Coupe du monde. Sur le papier, ils sont sept à pouvoir légitimement croire au titre de meilleur footballeur de la saison : Lamine Yamal (Barcelone/Espagne), Harry Kane (Bayern Munich/Angleterre), Kylian Mbappé (Real Madrid/France), Ousmane Dembélé (PSG/France), Khvicha Kvaratskhelia (PSG/Géorgie), Rodri (Manchester City et Barcelone/Espagne) et Fabian Ruiz (PSG/Espagne).
Et ce, tandis que Lionel Messi (Inter Miami/Argentine), Michael Olise (Bayern Munich/France), Jude Bellingham (Real Madrid/Angleterre), Declan Rice (Arsenal/Angleterre) ou encore Erling Haaland (Manchester City/Norvège) ont également des arguments à faire valoir, ce qui promet une certaine dispersion des voix des 100 journalistes invités à se prononcer - un pour chacune des 100 nations les mieux placées au classement Fifa.
Autrement dit, il ne faut pas s'attendre à un plébiscite comme Luka Modric ou Karim Benzema ont pu connaître en 2018 et 2022, certains pouvant l'emporter à la pondération.
"Cette campagne est assez inédite par son bruit médiatique", selon Pascal Ferré, ancien directeur de la rédaction de France Football et auteur de La face cachée du Ballon d'or (Albin Michel), interrogé par l'AFP à la clôture des votes le 28 septembre dernier. Non seulement les clubs, les entraîneurs et les coéquipiers poussent pour leur favori - ce qui est pour le coup assez commun - mais celui-ci en vient désormais à prêcher lui-même sa paroisse.
Le principal instigateur de cette tendance ? Un certain Kylian Mbappé, dont le bilan collectif n'est pas à la hauteur de ses concurrents puisque les armoires à trophées du Real Madrid et de la France sont demeurées vides cette saison. Alors il a fallu plaider sa cause et appuyer sur les statistiques impressionnantes qu'il cumule pour compenser, car les "performances individuelles" couplées à un "caractère décisif et impressionnant" restent le première critère, devant le palmarès et le fair-play.
"Pour qui je vote ? Pour moi. C'est un trophée individuel. Il n'y a pas meilleur que moi la saison dernière", soulignait le capitaine des Bleus dans un entretien XXL avec France Football, dans la foulée de l'annonce des 30 nommés le 8 septembre. "Quand on regarde les arguments, quand on regarde la concurrence… Je regarde, et je me dis que ouais, ça ne serait pas volé".
"Les gens disent que je n'ai pas gagné de trophée ? Je n'ai jamais vu de Ballon d'or, à l'unanimité, qui cochait tout à chaque fois. Être meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde [22 en trois éditions, 10 cet été], c'est quelque chose qui brûle la rétine. Finir meilleur buteur de toutes les compétitions les plus importantes [Liga, Ligue des champions et Mondial], je ne sais pas si ça a déjà été réalisé. Je pars toujours du principe que l'histoire doit être récompensée", ajoutait-il encore avec ses 42 buts marqués en 43 matchs au Real. Et ce, pour ensuite multiplier les interviews à CNN, AS, The Athletic ou encore RFI, où il promettait de dédicacer son éventuel sacre à l'Afrique, manière de draguer les jurys issus du continent.
Au passage, il n'a pas manqué de ternir ses relations avec Dembélé, également en course pour sa propre succession, le présentant "comme un joueur de talent", par opposition à lui, "toujours vu comme l'élu". "Je n'ai jamais été l'élu, mais j'ai bossé", lui a répondu le double champion d'Europe parisien sur Ligue 1+, avant de balayer l'impact de ces "petites guéguerres sur les réseaux sociaux" quelques jours plus tard en sélection, assurant - sans qu'on soit très convaincu - qu'il n'avait pas de problème avec "Kyks".
Au PSG, qui compte à lui seul un tiers des nommés, on a joué plus humble, mettant en avant "Ous" et "Kvara", le meilleur joueur de la dernière C1 mais pas qualifié au Mondial avec la Géorgie, dans des entretiens croisés. Sans oublier non plus d'associer Ruiz, le seul à avoir remporter les deux compétitions majeures, sans les disputer intégralement. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits.
Pas le plus maladroit en termes de communication, le prodige barcelonais Lamine Yamal a lui opté pour la technique plus "bourrine", tentant d'imposer un storytelling à la sauce Clasico, se présentant comme la seule alternative à Mbappé. "Je ne pense pas que j'ai besoin de me vendre, je ne veux pas vous faire penser que je le mérite, chacun est libre de penser ce qu'il veut. Nous avons été champions du monde [avec la Roja], nous avons gagné la Liga une deuxième fois [en club], je ne peux rien demander de plus", lâchait-il début septembre, ne voulant pas "se mettre à supplier" les journalistes de le choisir.
L'ÉMISSION - Tout le monde s'arrache le Ballon d'Or 2026
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Puis revirement, auprès de Movistar+ : "Selon moi, Mbappé et moi sommes les deux meilleurs joueurs du monde. C'est très clair, et tous ceux qui regardent les matchs le savent. Mais je crois que cette année, ce serait moi qui le mériterais", rabâchait l'ailier de 19 ans le 14 septembre, appelant à ne pas minimiser sa Coupe du monde disputée en retour de blessure, en dépit de son seul but marqué en poules.
Le Ballon d'Or récompense "un joueur différent", qui "n'a rien à voir avec le nombre de buts qu'il marque", a encore martelé celui qui pourrait devancer le Brésilien Ronaldo comme plus jeune lauréat de l'histoire.
Un concert de prétendants qui a viré à la cacophonie, éloigné de la campagne bien plus sereine pour le Ballon d'Or féminin, durant laquelle l'Espagnole Alexia Putellas - favorite pour un troisième trophée - a argué à l'AFP que "le football parlait pour [elle]", après son titre en Ligue des champions, avant de quitter Barcelone pour les London City Lionesses.
La preuve aussi que la compétition reste "une machine à fantasme, à pression, à intrigue" chez les hommes, dixit Pascal Ferré, votant français de 2016 à 2022. "Sincèrement, pour en avoir discuté avec quelques jurés, je n’ai pas l’impression que Mbappé ait fait un carton. Ils ont le sentiment qu’on leur force la main alors que ce sont de grands garçons, avec de l’expérience, qui vont aller juger ce qu’ils ont vu et pas entendu. Là, la ficelle est un peu grosse. Ça peut se retourner contre lui : un Ballon d’or ne se gagne jamais sur le terrain médiatique mais peut s’y perdre", commentait-il néanmoins sur Eurosport il y a deux semaines.
Si les jurés voulaient prouver que le prix tant convoité n'est pas un concours de vacarme médiatique, il n'y aurait d'ailleurs pas meilleur moyen que de le décerner à Kane, vainqueur du triplé national avec le Bayern et troisième du Mondial, en ayant été légèrement éclipsé par Bellingham chez les Three Lions.
Avec 73 buts en 64 matchs toutes compétitions confondues, l'Anglais avait de quoi insister sur son bilan. "Je n'ai jamais aimé trop parler de moi. La seule chose que je dirais, c'est que la saison dernière a été incroyable, tant sur le plan personnel que pour l'équipe. En ce qui me concerne, elle appartient au passé. Le Ballon d'or ne dépend pas de moi", s'y refusait-il toutefois auprès de France Football durant la période des votes.
"Lundi pourrait être une soirée spéciale. Évidemment, j’adorerais pouvoir accomplir quelque chose comme ça. Ce serait une étape énorme dans ma carrière, c’est certain. Je pense que ma femme préférerait déjà être au courant, ma famille est très stressée", y est-il revenu après le nul des Munichois contre Arsenal en Ligue des champions mercredi (2-2). En l'état, il est le favori des bookmakers du monde entier, mais au vu de la configuration, il ne serait pas étonnant que les pronostics soient bousculés. Réponse sur les coups de 23 heures.
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