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"Le marin bien équipé a remplacé celui qui suit son intuition" : comment les skippers de la Route du Rhum se préparent-ils à affronter les éléments ?

Le 1er novembre débutera la 13e édition de la course de voiliers en solitaire, qui se déroule tous les quatre ans. Au départ du port de Saint Malo, 118 skippers se préparent à naviguer jusqu'à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Les météorologues Cyrille Duchesne et Louis Bodin expliquent sur RTL.fr l'importance de la météo dans le bon déroulement de la course.

Sodebo Ultim 3 au départ de la Route du Rhum 2022

Crédit : Team Sodebo Ultim

Marie-Lys de Fremond

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Le périple de la Route du Rhum dure entre six jours et trois semaines selon les classes de bateaux, les participants mais aussi l'environnement. Partis le 1er novembre de Saint-Malo, les premiers voiliers sont attendus à partir du 5 novembre. Au cours de cette course qui compte plus de 6.000 km à travers l'Atlantique, les 118 participants seront confrontés à des perturbations hostiles comme le vent, la houle des vagues, la pluie. Pour autant, celui qui maîtrise les éléments peut aussi en en faire un garant de sa vitesse, de son confort, voire de sa sécurité. 

La tempête Austen survenue en France le weekend du 24 octobre avait provoqué la fermeture du Village les 21 et 23 octobre en amont de la course. Si le départ de cette 13e édition devrait se dérouler sous un ciel clément, les navigateurs seront ensuite soumis au bon vouloir des éléments. Afin d'y faire face, ces professionnels suivent une formation ainsi que des méthodes spécifiques. 

Louis Bodin, météorologue et routeur de la navigatrice de légende Florence Arthaud lors de sa victoire à la Route du Rhum en 1990, considère que l'apprentissage des prévisions météorologiques a évolué ces dernières années. "Aujourd'hui, la tradition du marin aguerri qui a l'intuition des éléments a plutôt été remplacée par la réalité du terrain", explique-t-il à RTL.fr. "Le skipper bien préparé est celui qui possède un matériel de qualité comme des écrans dernier cri, ou qui s'aide d'un routeur pour l'aider depuis la terre ferme."

Le routage météorologique consiste à calculer la trajectoire optimale en combinant les données météo, les contraintes de navigation et la performance du bateau.

Les méthodes de prévision dépendent des classes de voilier

Cyrille Duchesne, chef du service prévision de Météo consult (partenaire officiel de La Route du Rhum) et responsable météo de la 13e édition, précise à RTL.fr les modalités de formation des participants : "Chaque skipper fait partie d'une classes de voilier. Ils préparent le suivi de la météo quelques jours avant le départ de la course avec leur équipe de routage, composée notamment d'un météorologue professionnel chargé de les conseiller sur la route à suivre selon le temps annoncé". 

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Il poursuit : "Les participants eux-mêmes sont bien équipés, ils accèdent en direct aux données météo via Starlink, et peuvent travailler en permanence depuis leur bateau." Les méthodes de prévision dépendent de ces classes de bateau. "Si les navigateurs sont tous habitués à décrypter les informations météorologiques par eux-mêmes, ceux des classifications en lice pour la traversée la plus rapide sont aidés par des équipes de routage spécifiques", souligne le responsable météo de la course. 

C'est notamment possible pour les classes Ultimes (celle qui tente de battre des records de vitesse), Océan Fifty, Vintage Multi et Vintage Mono. Cependant, le routage météorologique est interdit pour les Imoca et Class 40. Il s'agit ici davantage d'une philosophie, celle du skipper seul maître à bord. Quant à Class 40, c'est la classification qui se veut la plus accessible. Ne pas avoir d'équipe de routage permet donc de garder un budget moindre. 

Les navigateurs ne disposent pas des mêmes équipements

De son côté, l'ancien routeur admet que si les outils d'analyse et les technologies sont plus ou moins chers, cela peut creuser un écart entre les participants. "On peut dire qu'avant la course, il y a déjà une forme d'inégalité entre les navigateurs. Ils ne sont pas tous au même niveau selon leur équipement et donc selon leurs sponsors. Si le premier tiers des skippers aguerris favoris est souvent celui qui possède le meilleur matériel, le reste des participants ne bénéficie pas forcément des mêmes conditions de départ." 

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Concernant les différences d'équipements, Cyrille Duchesne confirme au micro de RTL.fr : "Selon ses sponsors et ses budgets, chacun est libre de choisir son équipement pour traiter de la météo. En dehors des données d'internet, il existe différents logiciels de routage, comme Adrena qui est le plus connu. Les marins entrent leurs fichiers de données météo, comme les paramètres de vent, sur ces logiciels qui vont ensuite calculer les routes à suivre." 

La spécificité de la météo en mer, bien différente des conditions terrestres

Louis Bodin ajoute : "La vraie chance des marins, c'est que le temps en mer est bien plus facile à prédire que celui sur terre. Le paramètre vent, qui influence beaucoup la météo en mer, est celui qu'on prévoit le mieux. On a par exemple plus de mal à anticiper le mouvement des nuages."

Pour le chef prévision de Météo consult, cette discipline est très précise. "La prévision en mer est différente de la prévision sur la terre, puisque les vents y sont freinés par le continent. Ici, les changements de régime de vent sont plus rapides. En général, les fronts perturbés sont plus actifs. Les navigateurs doivent suivre très précisément l'évolution des vents, des perturbations sur l'océan, les zones de pluie et les zones d'orage, et ils doivent scruter l'état de la mer de près. Nous menons donc également des prévisions d'état de la mer, afin de les prévenir si à tel endroit il y a tant de mètres de houle ou de vagues. Il faut être très spécifique pour les aider dans leur navigation."

Après la tempête Austen, les conditions seront beaucoup plus calmes pour le départ de la course.

Cyrille Duchesne

Après les perturbations de la semaine précédente, Cyrille Duchesne donne ses prévisions sur le départ de la course prévu le 3 novembre : "Après la tempête Austen, le temps évolue vers des conditions beaucoup plus calmes. Des conditions anticycloniques vont s'installer sur l'Europe de l'Ouest, et le cœur de l'anticyclone sera placé sur les îles britanniques. Les skippers seront donc sous un vent de secteur nord-est modéré pour le départ. Ce sont de très bonnes conditions qui les attendent, grâce à un petit vent portant et modéré."

Des prévisions fiables seulement une semaine à l'avance

En tant que partenaire, l'équipe de Météo consult sera en étroite relation avec la direction de la course tout au long du périple. "Notre rôle est de les prévenir des phénomènes météorologiques qui pourraient être violent au cours de la course", explique son chef prévision. 

"Nous observons les zones où il y pourrait y avoir des conditions très fortes, des tempêtes, etc. Nous produisons des prévisions jusqu'à sept à huit jours à l'avance, sachant que plus l'échéance est lointaine et moins la fiabilité est précise. Il est d'ailleurs possible de consulter chaque jour les prévisions de Météo consult sur le site internet de la Route du Rhum", précise-t-il. 

Louis Bodin ajoute que si les conditions météo ne sont prévisibles qu'une semaine à l'avance, c'est une contrainte que les marins connaissent et face à laquelle ils savent s'adapter. Le ciel ne devrait donc pas les empêcher de tenter de battre des records durant cette course en solitaire. 

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